Bourdet Gildas né en 1947 [01] Durringer, c’est pas un magnétophone sur pattes, c’est un auteur de théâtre. C.Q.F.D. !

Publié le par Maltern

 

Bourdet Gildas né en 1947 [01] Durringer, c’est pas un magnétophone sur pattes, c’est un auteur de théâtre. C.Q.F.D. !

Mise au point sur les écritures du réel et la question de l’auteur

 

Préface de Gildas Bourdet à Ball-Trap 1990

 

 
« On va dire : « Durringer, c’est pas dur à faire c’qu’y fait, c’est du réalisme ! Il écrit comme on cause : il a un magnétophone dans la tête avec les deux oreilles pour faire les micros et après il a plus qu’à recopier ». Sauf que c’est pas vrai : parce que comme on cause tout le temps, ses pièces à Durringer, elles devraient jamais s’arrêter. Et ça serait plus des pièces, ça serait des bandes magnétiques recopiées sur du papier qu’auraient pas de début pas de milieu et pas de fin. Et les pièces à Durringer jusqu’à nouvel ordre elles ont un début, un milieu et une fin. Donc, Durringer, c’est pas un magnétophone sur pattes, c’est un auteur de théâtre. C.Q.F.D. !

 

 

 

On va dire : « N’empêche que Durringer, c’est quand même du réalisme, c’est pas dur. Il prend la réalité, il donne un coup de ciseaux pour faire le début, un autre pour faire la fin et forcément entre les deux, y’a un milieu, ça lui fait une pièce et le tour est joué ! » Sauf que c’est pas vrai non plus, vu que la réalité, si ça pouvait rentrer dans une feuille de papier pour faire une pièce, ça se saurait et y’aurait pas à se casser la nénette pour savoir où ça se passe, qui c’est les personnages, qu’est-ce qu’ils se disent et comment ça finit. En plus, ça serait pas forcément intéressant, vu que la réalité, dans la réalité on y fait pas tellement attention en général.

 

Sauf quand on se la rappelle ; et quand on se la rappelle, c’est déjà plus la réalité, c’est des souvenirs où y a pas tout, c’est connu. Or Durringer, ce qu’il écrit c’est intéressant ; et si c’est intéressant, c’est parce que Durringer, il imagine des pièces où on croit que c’est la réalité et c’est là que ça devient intéressant. J’espère qu’on me suit, donc je continue. Et pourquoi on croit que c’est la réalité, alors qu’on sait très bien que ça l’est pas, vu que c’est du théâtre avec un début, un milieu et une fin et donc que c’est du faux ? Peut-être que c’est parce que Durringer ça cause pas comme dans les livres où c’est tout expliqué c’que les gens pensent. Et dans la vie quand les gens vous expliquent c’qu’ils pensent, on peut être sûr que c’est du flan ou alors Sigmund peut aller se faire recapitonner son cercueil et c’est pas demain la veille !

 

En plus, les personnages à Durringer, ils ont autre chose à foutre qu’à nous expliquer c’qu’ils pensent vu qu’en général ils ont pas fait les études pour. D’ailleurs, même ceux qui ont fait des études dans la vie, ils y arrivent pas non plus mais ils croient que si. C’est la différence ou alors ils vont sur un divan.

 

Les personnages à Durringer, ils savent pas trop c’qû ils pensent et ils savent pas qu’y a des divans, ça empêche pas qu’ils causent, qu’ils rigolent, qu’ils s’engueulent, qu’ils sont amoureux, qu’ils en prennent plein la poire, même des fois ça leur arrive de réfléchir, sans s’en apercevoir, sinon ils arrêteraient tout de suite. Bref, c’est pas des bêtes, même si c’est pas des profs de Fac ou des artistes branchés, comme dans la plupart des pièces modernes, c’est quand même des humains, même si y sont pas les plus performants.

 

Durringer, il répare une injustice sociale comme quoi, on peut avoir pas son BEPC et faire quand même personnage dans une pièce de théâtre. D’ailleurs, Ruzzante, Arlequin, Sgnarelle, Trivelin, ça les a pas empêché non plus, à l’époque, mais dans la nôtre c’est moins courant. Pas de sa faute à Durringer s’il est plutôt tombé côté Poquelin, Monnier, Queneau et Louis-Ferdinand que côté Corneille et Montherlant. C’est pas tout le monde qu’écrit du beau-langage mais c’est pas tout le monde qu’a autant de feuille que lui et des fois dans la jactance du populo, y a plus de vie vivante que dans les séances de l’Académie.

 

Comme quoi tout est pas toujours question d’études encore que Durringer, il en a fait des études. Ça s’voit si on lit ses pièces de près. »

 

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