Jean-Claude Grumberg [01] Les Vacances, 1980

Publié le par Maltern

Jean-Claude Grumberg [01] Les Vacances, 1980

 

L’intérieur d’une salle de restaurant, quelque part au mois d’août, dans un pays chaud. En Grèce, peut‑être ? La salle est vide et obscure. La famille D. apparaît sur le seuil : le père, la mère, deux fils.

 

 

 

ENSEMBLE.

 

- Y’a des places

 

‑ C’est vide...

 

‑ On entre

 

‑ Ils ont pas l’air de servir.

 

- Ils servent tout le temps.

 

- Y’ a pas d’heure.

 

Ils restent hésitants sur le pas de la porte.

 

LE PREMIER FILS. Y’a pas de menu...

 

LE DEUXIÈME FILS. Alors qu’est‑ce qu’on fait

 

LA MÈRE. Je préfère en terrasse.

 

LE PÈRE. « En terrasse » c’est bourré

 

LE PREMIER FILS. Y’a pas de menu, alors moi je dis...

 

LE PÈRE. Toi tu dis rien du tout.

 

LE DEUXIÈME FILS. Alors qu’est‑ce qu’on fait

 

LA MÈRE. Au moins ils sautent pas sur le client ici, c’est pas comme en Italie...

 

LE PREMIER FILS. C’est drôlement sombre...

 

LA MÈRE. C’est pour la fraîcheur.

 

LE PREMIER FILS. Moi j’ai chaud...

 

Ils ont choisi une table et s’y installent. Puis le père se lève et va s’installer à une autre. Toute la famille suit sans commentaire. Pendant ce temps un homme est apparu, il est très brun et semble à la fois réservé et accueillant. Il donne un peu de lumière en entrouvrant des persiennes tout en faisant des sourires de bienvenue dénués toutefois d’obséquiosité. Il disparaît. Silence.

 

 

 

LA MÈRE (bas, au mari). Tu l’as vu ?

 

LE PREMIER FILS. Ouais, moi je suis d’accord, je...

 

LE DEUXIÈME FILS. Alors qu’est‑ce qu’on fait ?

 

LE PÈRE (dégageant ses épaules et offrant le haut de son dos à sa femme). Mets‑moi de la crème ! (Il a les épaules très rouges.)

 

 LA MÈRE. Pour quoi faire ? T’es couvert et on est à l’intérieur ?

 

LE PÈRE. Mets‑moi de la crème !

 

LA MÈRE. Faudrait la crème After‑Sun, celle‑là c’est pour quand y’a du soleil.

 

LE PÈRE. Mets‑moi de la crème ! Le père soupire d’aise pendant que sa femme lui masse le dos.

 

LE PREMIER FILS. Qu’est‑ce qu’on va manger encore ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Ce qu’il y a tiens !

 

LE PREMIER FILS. Justement qu’est‑ce qu’il y a ?

 

LE DEUXIÈME FILS. La même sous‑merde qu’ailleurs...

 

LE PREMIER FILS. Y’a même pas de menu...

 

LA MÈRE. Y’a pas trop de monde, c’est déjà ça... En terrasse tout est bourré... c’est vrai à n’importe quelle heure c’est bourré... les gens n’aiment pas s’enfermer pour manger...

 

Bref silence.

 

 LE PÈRE. Les gens sont cons : ils s’entassent les uns sur les autres dans des endroits bourrés et ici c’est vide... Les gens sont cons...

 

LA MÈRE. Ça va mieux ?

 

LE PÈRE. Quoi ?

 

LA MÈRE. Ton dos !

 

LE PÈRE. Qu’est‑ce qu’il a mon dos ?

 

Bref silence. Le père arrache violemment ses mocassins.

 

LA MÈRE. Qu’est‑ce qui te prend ?

 

LE PÈRE. Du sable dans mes godasses...

 

LE PREMIER FILS. Tu devrais t’habituer à porter des nu‑pieds comme tout le monde.

 

LE PÈRE. « Comme tout le monde »...

 

LA MÈRE. Tu ferais quand même mieux de pas t’exposer les épaules pendant quelque temps...

 

LE PÈRE. Ça y est, ça y est : les conseils, les conseils !

 

LA MÈRE. Quand tu te seras brûlé au troisième degré, moi...

 

LE PÈRE. Je m’expose là ? Je m’expose ? Va du soleil là ? Va du soleil ?...

 

LA MÈRE. Heureusement que non... Surtout pour manger... c’est très mauvais en mangeant...

 

LE PÈRE. C’est toi ou moi qui voulais manger dehors, hein ? Entas­sés les uns sur les autres avec tous les autres qui font comme tout le monde !

 

LA MÈRE. Dehors, oui, mais à l’ombre, c’est bien plus agréable d’être dehors assis à l’ombre qu’assis ici à l’intérieur... attendre pour attendre, je m’excuse mais...

 

LE PÈRE. Elles sont jamais libres tes tables à l’ombre, jamais... même celles au soleil sont pas libres... alors ? Qu’est‑ce qui faut faire ? Poser sa serviette de plage sur une chaise le matin à l’aube comme font les Boches, ou passer toute la nuit assis en terrasse pour espérer bouffer le lendemain midi sous un coin de parasol avec un groupe de Belges sur les genoux, je sais pas ce qu’il faut faire moi, dis‑moi toi si tu sais... venir à Pâques, se mettre à table et plus bouger jusqu’au mois d’août ?

 

Bref silence.

 

 

 

LA MÈRE. Hier on était bien non ?

 

LE PREMIER FILS. Un peu loin de la mer quand même...

 

LA MÈRE. On avait tout le panorama sur l’arrière‑pays...

 

LE DEUXIÈME FILS. La bouffe était infecte...

 

LE PREMIER FILS. Moi j’aimais bien, y’avait de l’air, ici y’a pas d’air.

 

LE PÈRE (au premier fils). T’étais à l’ombre toi, et avec ton chapeau.

 

LE PREMIER FILS. J’ai voulu te céder ma place...

 

LA MÈRE. Il t’a offert son chapeau, c’est toi qui...

 

LE PÈRE. Bien sûr, bien sûr pas besoin de sa place, ni de son chapeau, je crains pas le soleil moi, ça me gêne pas le soleil, c’est les chapeaux qui me gênent, qui me tiennent chaud, surtout quand y’a du soleil... D’ailleurs moi, le soleil, le vent, la pluie, la neige, la mer, la montagne, je m’en fous, je m’en fous, je serais bien partout moi, partout, seulement...

 

Silence.

 

 

 

LA MÈRE. Quand on mange au soleil, faut surtout pas boire...

 

LE PÈRE. C’est‑à‑dire ?

 

LA MÈRE. C’est très mauvais de boire au soleil...

 

LE PÈRE. Pourquoi tu dis ça ?

 

Bref silence.

 

LA MÈRE (soupire, puis pour elle‑même). C’est long ici on dirait...

 

LE PÈRE. Qu’est‑ce qu’est long ? Qu’est‑ce qu’est long ? On vient d’arriver... Pour une fois qu’on est au calme à l’abri du vent, du soleil et des cons, pour une fois qu’on a un peu d’espace et de silence, profitons merde, profitons, détendez‑vous, soyez pas toujours...

 

LE PREMIER FILS. J’ai faim moi... On sait même pas ce qu’il y a... On pourrait nous donner la carte tout de même...

 

LA MÈRE. Ils en ont peut‑être pas de cartes...

 

Un silence.

 

 

 

LE DEUXIÈME FILS. Alors qu’est‑ce qu’on fait ? On s’en va ou on reste ?

 

LA MÈRE. Oh, on est bien non ? On se repose, on est pas à deux minutes...

 

LE PÈRE. Là, voilà, voilà ça vient, ça rentre, enfin tu commences à...

 

Bref silence.

 

LE PÈRE (poursuit). Pour ce qu’on a à foutre hein, entre nous, se faire chier ici ou ailleurs...

 

La mère soupire.

 

LE PÈRE. C’est vrai non. On est en vacances ?

 

Silence.

 

LE PÈRE (au premier fils). T’as encore la chiasse toi ?

 

LE PREMIER FILS. Pardon ?

 

LE PÈRE. T’as eu encore la chiasse ce matin ?

 

LE PREMIER FILS. Non, maintenant je serais plutôt constipé.

 

LA MÈRE. C’est le médicament qui agit...

 

LE PREMIER FILS. Trop : même quand j’ai envie ça vient plus !

 

LA MÈRE. Vaut mieux ça que le contraire...

 

Bref silence.

 

 

 

LE PÈRE. Tu devrais essayer maintenant...

 

LE PREMIER FILS. Maintenant ? J’ai pas envie maintenant...

 

LE PÈRE. Tu pourrais quand même essayer...

 

LA MÈRE. Laissele donc s’il a pas envie.

 

Le père soupire. Silence.

 

 

 

LE PÈRE (au deuxième fils). Et toi ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Quoi moi ?

 

LE PÈRE. Ça te dirait rien d’aller faire un tour aux chiottes ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Pourquoi j’irais ?

 

LE PÈRE. Ça, à toi de voir une fois sur place !... Au retour tu me ferais juste un petit topo circonstancié et détaillé sur l’état des lieux et la piste à suivre pour s’y rendre, si c’est pas trop moche, ni trop loin, l’irai peut‑être y tenter ma chance... vu ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Boh ! Si ça peut te faire plaisir ça me fera une balade, bon ben j’y vais...

 

Il se lève.

 

 

 

LE PÈRE. Va mon fils va...

 

LE DEUXIÈME FILS. A ton avis c’est par où ?

 

LE PÈRE. Si je le savais, j’aurais pas besoin de...

 

LE DEUXIÈME FILS. O.K... O.K... tu veux que je te ramène une photo, j’emmène le polaroïd...

 

LA MÈRE. Laisse cet appareil ! Je t’en prie ne va pas gâcher des... Photographier des waters maintenant ! Quand on lui demande de prendre un panorama ou un coucher de soleil, monsieur veut jamais mais des waters ça...

 

Le deuxième fils est sorti avec l’appareil. Il revient aussitôt accompagné du monsieur une carte à la main.

 

 

 

LE DEUXIÈME FILS (explique). C’est la cuisine là, ils sont en train de bégueter, c’est pour ça qu’ils servent pas, y’a toute une smala là‑dedans... Je sais pas bien comment lui demander où sont les chiottes...

 

LE PÈRE (prenant la carte des mains du monsieur). Toilettes ?

 

L’homme fait le geste de se laver les mains.

 

 

 

LE PÈRE. Ouais, enfin non...

 

 

 

Le deuxième fils se met à gémir et à grimacer comme s’il poussait.

 

 

 

LA MÈRE. Gérard voyons...

 

LE DEUXIÈME FILS. Ben quoi faut bien...

 

L’homme approuve en souriant et fait signe au deuxième fils de le suivre.

 

 

 

LA MÈRE. Maintenant qu’on a la carte choisis avant t’iras après...

 

LE DEUXIÈME FILS (suivant l’homme). Non non j’ai envie mainte­nant, je me suis comme qui dirait ouvert l’appétit, je l’ai au bord des lèvres...

 

LA MÈRE. Gérard !

 

LE PÈRE. Tu me raconteras hein !

 

LE DEUXIÈME FILS (off). Si j’en sors vivant.

 

LA MÈRE. T’es sûr qu’il parle pas français ?

 

LE PÈRE. Qui ?

 

LA MÈRE. Ben...

 

LE PÈRE. Et alors on dit rien de mal non ?

 

LE PREMIER FILS (le nez plongé dans la carte). C’est pas clair...

 

LE PÈRE. Quoi ?

 

 LE PREMIER FILS. La carte.

 

 LA MÈRE. C’est cher ?

 

LE PÈRE. C’est le piège, hein, c’est le piège ?

 

LA MÈRE. C’est écrit en français ?

 

LE PREMIER FILS (sans lever le nez). Ouais, et en anglais et en allemand aussi...

 

LE PÈRE. Nom de Dieu, alors c’est le piège intégral, et l’autre qu’est parti aux chiottes maintenant, merde...

 

LA MÈRE. C’est toi qui l’as forcé, il avait même pas envie.

 

LE PÈRE. Y’avait pas la carte : attendre ici ou attendre aux chiottes... Bon c’est pas tout ça, qu’est‑ce qu’on fait ?

 

LA MÈRE. Maintenant qu’on y est.

 

LE PÈRE. Et voilà ! et voilà ! Je passe ma vie à me faire fourrer parce que c’est toujours : « Maintenant qu’on y est »... alors maintenant qu’on y est allons‑y et sans vaseline...

 

LA MÈRE. Je t’en prie Jean...

 

LE PÈRE (remettant ses chaussures). « Je t’en prie Jean » et l’autre gland qu’est‑ce qu’il fout ? J’ai tout de suite vu en arrivant qu’on était tombé dans un piège de première... Alors on se lève, on sort quand il nous verra plus il comprendra...

 

LE PREMIER FILS (poursuivant l’étude minutieuse de la carte). C’est pas clair...

 

LE PÈRE (plus fort et déjà à demi‑levé). Question prix c’est comment ?

 

LE PREMIER FILS. Pas terrible on dirait...

 

LA MÈRE (au père). Tu vois : tu t’inquiètes tout de suite...

 

LE PÈRE (se rasseyant). Bon passe‑moi ça...

 

Il arrache la carte des mains du premier fils et se jette dans l’étude approfondie du document.

 

 

 

LE PREMIER FILS. Tu vois en anglais c’est « and », et en français c’est « ou »...

 

LE PÈRE. Et alors ?

 

LE PREMIER FILS. C’est pas clair : en anglais on aurait droit à tous les hors-d’œuvre, à tous les plats et à tous les desserts, et en français, on doit choisir l’un des hors-d’œuvre, l’un des plats et l’un des desserts... Tu comprends, « and » c’est et salade et feuille de vigne et boulimouli et etc...

 

LA MÈRE. Qu’est‑ce que c’est que ça ?

 

LE PÈRE. Laisse donc tu vois bien qu’on...

 

LA MÈRE. Boulimouli ?

 

LE PREMIER FILS. Ça doit être un hors-d’œuvre d’ici..

 

LA MÈRE. J’en veux pas moi...

 

LE PÈRE. Alors choisis en français : « salade ou boulimouli » ... t’es pas anglaise non ?

 

LA MÈRE. Qu’est‑ce que c’est encore comme salade ?

 

LE PREMIER FILS. Si c’est « ou », en anglais ça devrait être « or », et si c’est « and », en français ça devrait être « et »...

 

LE PÈRE. Ouais, ouais, t’as raison, c’est pas clair...

 

LA MÈRE. Et en allemand, c’est comment ?

 

LE PÈRE. Tu sais l’allemand toi maintenant ?

 

LA MÈRE. Moi ?

 

LE PÈRE. Alors de quoi tu parles hein ? De quoi tu parles ?

 

LA MÈRE. Je demande...

 

LE DEUXIÈME FILS (revient). Ils ont pas fini de béqueter, qu’est‑ce qu’ils se mettent...

 

LE PÈRE. Alors c’était comment ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Échec total : y’avait pas assez de lumière pour la photo et pour le reste, j’ai eu beau forcer, rien à faire, c’est au bord mais...

 

LA MÈRE (au père). Quand tu lui auras collé des hémorroïdes avec tes idées d’exploration...

 

LE PÈRE (au deuxième fils). Comment c’est l’état des lieux, la piste à suivre ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Ben tu traverses la cuisine, tu sors dehors et...

 

(Il finit par un vague geste de la main.)

 

LE PÈRE. Bon, bon, je trouverai et une fois là‑bas ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Ben c’est des chiottes...

 

LE PÈRE. Merci... merci beaucoup... (Un temps.) Va du papelard ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Du journal, faut pas le coller dans le trou, faut le foutre dans une poubelle, comme ailleurs quoi... c’est la même merde qu’ailleurs...

 

LE PÈRE. Y’a des mouches ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Bah... je m’en suis tiré tu vois...

 

LE PÈRE. Je vois. C’est propre ?

 

LE DEUXIÈME FILS. Je boufferais pas dedans...

 

LA MÈRE. C’est pas comme à la maison c’est sûr...

 

LE PÈRE. Je te demande pas pour bouffer, pour chier ça va ?

 

LA MÈRE. Jean !

 

LE PÈRE. « Jean », demande‑leur un service, t’as‑vu ? Nian nian, man, nian nian, nian...

 

LE DEUXIÈME FILS. Moi j’ai pas pu mais... Ils avaient l’air de se régaler dans la cuisine... On peut jeter un oeil sur la carte. Y’en a toute une tripotée, ici c’est pour les pigeons, les indigènes eux bouffent avec les patrons dans l’arrière‑cuisine à l’abri des regards indiscrets...

 

LE PÈRE. Et le siège il est comment ?

 

LE DEUXIÈME FILS (tout en examinant la carte). A la turque, faut s’accroupir, n’y vas pas tu vas te tuer c’est plus de ton âge...

 

L’homme est là pour prendre la commande.

 

 LE DEUXIÈME FILS. Il est déjà là, j’ai pas choisi moi...

 

LE PÈRE. Je ferai à l’hôtel...

 

LA MÈRE. Mais t’as déjà fait ce matin ?

 

LE PÈRE. Un petit peu... Qu’est‑ce qu’on mange ?

 

LA MÈRE. C’était comment ?

 

LE PÈRE. Liquide.

 

LA MÈRE. Et t’as encore envie ?

 

LE PÈRE. Non, seulement je me méfie... enfin à la turque... bon... je ferai à l’hôtel...

 

LE PREMIER FILS. Si on commandait pendant qu’il est là ?

 

LE DEUXIÈME FILS. On va finir par louper la balade en bateau si ça continue...

 

LE PÈRE. Ça me ferait mal... C’est aux Pécu de payer le bateau aujourd’hui, j’ai payé le golf miniature avant‑hier...

 

LA MÈRE. Jean le monsieur attend.

 

LE PÈRE. Et alors moi aussi j’ai attendu non ?

 

LA MÈRE. Tu sais quoi prendre ?

 

LE PÈRE. Et toi ?

 

LA MÈRE. J’ai peur que ça me fasse mal...

 

LE PÈRE. Quoi ?

 

LA MÈRE. Justement je sais pas...

 

LE PÈRE. Tu vis vraiment la trouille au cul... Prends ce qui te chante... tu verras bien...

 

LA MÈRE. Je sais même pas ce qu’il y a, j’ai pas encore eu la carte !

 

Pendant ce temps, le premier fils d l’homme un doigt sur la carte...

 

LE PREMIER FILS. Là c’est « and » ou « ou » ?

 

L’homme le regarde sans comprendre.

 

 LE PREMIER FILS. C’est « et » ou « or »

 

L’HOMME (approuve timidement et murmure). Salat ?

 

LA MÈRE. C’est ça : salade, verte salade, pas tomates hein, elles sont pas bonnes, y’a jamais de bonnes tomates dans ce pays...

 

L’homme lève quatre doigts.

 

LE PÈRE. Non non pas quatre, moi je prends le truc là : boulimouli... c’est fort ? c’est pimenté ?

 

L’homme approuve machinalement, il lève un doigt : « Bouli­mouli » ?

 

LA MÈRE (au père). Tu sais même pas ce que c’est...

 

 

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