Antonin Artaud 1896-1948 : Le dialogue appartient au livre, le langage concret de la scène est l’Incantation

Publié le par Maltern

Antonin Artaud 1896-1948 : Le dialogue appartient au livre, le langage concret de la scène est l’Incantation

 [Le théâtre n’est pas le texte de théâtre, mais une expé­rience "cruelle", - qui défait les habitudes quotidiennes - communiquée par un acteur en "transes".]

 
 

 « Le dialogue - chose écrite et parlée n’appartient pas spécifiquement à la scène ; il appartient au livre ; et la preuve, c’est que l’on réserve dans les manuels d’histoire littéraire une place au théâtre considéré comme une branche accessoire de l’histoire du langage articulé.

 

Je dis que la scène est un lieu physique et concret qui demande qu’on le remplisse, et qu’on lui fasse parler son langage concret.

 

Je dis que ce langage concret, destiné aux sens et indépendant de la parole, doit sa­tisfaire d’abord les sens, qu’il y a une poésie pour les sens comme il y en a une pour le langage, et que ce langage physique et concret auquel je fais allusion n’est vraiment théâtral que dans la mesure où les pensées qu’il exprime échappent au lan­gage articulé... et cela permet la substitution à la poésie du langage , d’une poésie dans l’espace qui se résoudra justement dans le domaine de ce qui n’appartient pas strictement aux mots. Faire la métaphysique du langage articulé, c’est faire servir le langage à exprimer ce qu’il n’exprime pas d’habitude : c’est s’en servir d’une fa­çon nouvelle, exceptionnelle et inaccoutumée, c’est lui rendre ses possibilités d’ébranlement physique, c’est le diviser et le répartir activement dans l’espace, c’est prendre des intonations d’une manière concrète et absolue et leur restituer le pouvoir qu’elles auraient de déchirer et de manifester réellement quelque chose, c’est se retourner contre le langage et ses sources bassement utilitaires, on pour­rait dire alimentaires, contre ses origines de bête traquée, c’est enfin considérer le langage sous la forme de l’Incantation. » 

 

 

 

[Artaud  La mise en scène et la métaphysique, in Le théâtre et son double]

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