Le problème du récit au théâtre : Mimèsis, imiter-représenter, entre showing et telling

Publié le par Maltern

Mimèsis = imitation

au sens large de représentation

la manière de le dire (lexis). (392 c-394 c)

Soit...

représenter les faits, la réalité

Soit...

s'exprimer soi





PLATON

Poésie (= création) dramatique

(= théâtre)

poésie (= création)

narrative

(= poésie)

Poésie (= création)

lyrique

(= poésie)

L'imitation pure (mimèsis)

L'exposition pure

(diégèsis)


tragédie ou comédie

poésie épique.


Poésie lyrique


Imitation Directe

Le théâtre

tragique et comique

Imitation indirecte

le récit épique


le poème





ARISTOTE


showing



telling


NB : La tragédie est l'imitation des actions des hommes (et non en priorité des carac­tères). La tâche de l'auteur tragique est donc de reconstituer sur scène la "fable", c-à-d. la suite des événements.

 

1 - Une opposition de principe entre le théâtre et le récit ; jouer n'est pas raconter...


Et pourtant au théâtre, un récit c'est le discours d'un personnage en scène qui narre un événement qui s'est passé "hors scène".


Par principe le théâtre exclu le récit.

Il montre l'action mimétiquement "en principe", tandis que le récit fait allusion par le moyen d'un discours à l'action. ( Il la raconte, la rapporte, voire la com­mente )

Soit on imite soit on raconte.

Soit l'action est présente sur scène, soit elle est hors scène et rapportée, narrée par un personnage en scène.


Cette exclusion de principe remonte aux grecs.


- Platon ( République l. 3 et 10 ) distingue deux façons de dire les choses ( lexis). On dit par "mimésis" c-à-d en imitant : imitation théâtrale, ou par "diégésis" c-à-d. par un récit, c'est la narration du poème épique.


- Aristote ( Poétique 1447a ) renforce cette distinction. Pour lui, tout art pro­cède de l'acte d'imiter ( mimésis). Mais l'imitation est soit "directe" : imitation par le théâtre, soit "indirecte" : imitation par le récit. On retrouve cette opposi­tion dans le couple showing / telling de la critique anglaise.


Mimèsis = imitation

au sens large de représentation

la manière de le dire (lexis). (392 c-394 c)

Soit...

représenter les faits, la réalité

Soit...

s'exprimer

soi

PLATON

Poésie (= création) dramatique

(= théâtre)

Poésie (= création) narrative

(= poésie)

Poésie (= création)

lyrique

(= poésie)

L'imitation pure (mimèsis)

L'exposition pure

(diégèsis)


tragédie ou comédie

poésie épique.


Poésie lyrique


Imitation Directe

le théâtre

tragique et comique

Imitation indirecte

le récit épique


le poème


ARISTOTE

showing

telling


NB : La tragédie est l'imitation des actions des hommes (et non en priorité des carac­tères). La tâche de l'auteur tragique est donc de reconstituer sur scène la "fable", c-à-d. la suite des événements.



- Aristote distingue trois formes d'imitation :

le poème,

le théâtre tragique

et le récit épique.

La tragédie est l'imitation des actions des hommes ( et non en priorité des carac­tères ). La tâche de l'auteur tragique est donc de reconstituer sur scène la "fable", c-à-d. la suite des événements.


" La tragédie est l'imitation d'une action noble, conduite jusqu'à sa fin et ayant une certaine étendue dans un langage relevé d'assaisonnements dont chaque espèce est utilisée séparément selon les parties de l'œuvre ; c'est une imitation faite par des personnages en action et non par le moyen d'une narration, et qui, suscitant la crainte et la pitié, opère la purgation ( catharsis ) des émotions de ce genre. "


2 - La place du récit dans la dramaturgie classique


a - Un pis aller une manière de respecter les règles de la vraisemblance et de la bienséance.


L'action rapportée peut difficilement se jouer sur scène pur des raisons de con­venance ( règle de la Bienséance) ou de vraisemblance attachées à des difficultés techniques de réalisation. Violence, horreur, crime etc. " ce qu'on ne doit pas voir un récit nous l'expose" ( Boileau A.P. ch III )


Le récit pour respecter l'unité de l'action : les péripéties qui ont préparé l'action ou lui font suite une fois le conflit résolu.


" Une des règles du théâtre est de ne mettre en récit que les choses qui ne peu­vent se passer en action "


( Racine Préface Britannicus )


" ... ce qu'on expose à la vue touche bien plus que ce qu'on apprend que par le récit "


( Corneille, Examen du Cid )


b - Un morceau de bravoure au service du poète dramatique



II - LES TYPES DE RECITS


Au sens étroit un personnage en scène monopolise la parole et relate des évé­nements dont lui seul a été le témoin à d'autres personnages en scène attentifs.


Ex. :. Théramène dans Phèdre, la bataille des Maures dans le Cid


Les fausses répliques-conversation, vraie succession de récits monologues !


Les échanges, répliques, souvent longs dans le texte classique font souvent allusion à des faits extérieurs à la scène. Il est donc parfois difficile d'isoler et d'opposer nettement récit/répliques. Le "poème dramatique" classique s'appa­rente souvent à un échange de "discours" enchaînés dans le feu de l'action.

Le personnage classique ne prend pas la parole comme dans une conversation réelle... Il organise souvent son discours en suivant l'ordre rhétorique d'un récit !

Présentation des faits, description des sentiments, indication des intentions, conclusions morales etc. Les fausses répliques et faux dialogues des héros clas­siques qui tournent souvent aux successions de récits-monologues. 


III - LE CAS PARTICULIER DU PROLOGUE :


Etymologiquement une sorte de hors d'œuvre détachable de la pièce "pro-lo­gue". Mais si l'on prend la pièce comme un tout cohérent ( un système) il fait partie de la pièce et lui donne sens.


Une valeur informative :

Le prologue informe le spectateur sur des événements hors scène, ( fonction informative ou "référentielle" Jakobson.)


Corneille rappelle que du temps d'Aristote " on y faisait l'ouverture du sujet, pour instruire le spectateur de tout ce qui s'était passé avant le commencement de l'action qu'on allait représenter et de tout ce qu'il fallait qu'il sût pour com­prendre ce qu'il allait voir."

( Discours de l'Utilité et des parties du poème dramatique Seuil p. 173)


L'ouverture de la pièce se fait par un personnage extérieur à l'action. Dans la comédie latine, ce personnage a pour unique fonction de présenter le sujet de la pièce.


Ex : Plaute, (Poenulus) " Je vais en tracer les divisions, les limites avec tenants et aboutissants : c'est moi qu'on a désigné comme arpenteur pour cette opération."


Ex : Plaute toujours dans les "Ménechmes" le personnage présente les personna­ges et la situation "le plus brièvement possible" : l'histoire des deux jumeaux séparés par un enlèvement et qui portent le même nom. Il s'agit dans une histoire confuse et complexe d'informer et d'aider le spectateur. Pour faire croire à l'histoire, ce personnage se pose en témoin des faits : " J'étais là , quand on criait de tous côtés après l'enfant."


Cette fonction se retrouve dans l'histoire du théâtre.


Ex : Pirandello, (Ce soir on improvise) un personnage fait l'ouverture et se pré­sente.

" Voyez en moi le prologue à la manière antique, le meneur de jeu médiéval. Je vais vous dire ce qui va arriver. "


Ex : Brecht, qui se situe dans la tradition du théâtre foire et donne au person­nage du prologue le nom de "bonimenteur" dans " La résistible ascension d'Arturo Ui.". A son appel, les personnages se présentent comme pour une parade de style forain. Les noms travestis renvoient à l'histoire récente de la montée du nazisme.

" Ce que nous vous montrons est partout bien connu..."

- Le récit du "narrateur" brechtien qui s'adresse au spectateur et lui donne l'oc­casion de distancier l'action représentée et de porter un jugement critique sur elle. Le récit comme espace donnant la liberté de critiquer l'action plutôt que de s'identifier à elle. Il déréalise et dématérialise la représentation, empêche l'illu­sion, "dé-psychologise". Le spectateur n'est plus piégé par le personnage mais il le voit comme producteur de discours.


- Un dépannage dramaturgique ! Economiser les décors, gestes et dialogues d'une action pleine de péripétie, ou laisser le temps à un acteur en coulisse de se changer pendant qu'un acteur en scène se lance dans une tirade. C'est le cas de la fameuse tirade d' Hamlet dans Shakespeare !


- Une manière de "filtrer" l'événement pour le rendre plus intéressant.


- Pour le personnage une manière de "se dire" en racontant. Dis-moi comment tu racontes je te dirai qui tu es. Rodrigue en narrant la bataille présente les choses de telle manière que politiquement il est devenu indispensable.




Commenter cet article