Biet : le lieu scénique au Moyen Age

Publié le par Maltern



Lieu scénique au Moyen Age


« D'une certaine manière, la scénographie médiévale se sert du lieu tel qu'il est, le transforme en l'épousant, comme souvent notre théâtre contemporain : les drames liturgiques et les mystères se déroulent du levant (le chœur de l'église) au couchant (le portail principal), tandis que des scènes se répartissent en bordure, permettant les décors simultanésmansions »). Quant aux spectateurs, ils assistent au spectacle ou entrent dans la représentation pour y tenir leur rôle : cette continuité, ce rapport étroit entre public et spectacle, introduisent une proximité, une connivence, voire une imbrication que les siècles suivants poursuivront, stigmatiseront ou rechercheront, comme les traces, scandaleuses ou idéales, d'un théâtre populaire. (que le XIXe siècle appellera «

Mais l'art scénographique médiéval, tout entier pragmatique et produit par des artisans maîtres d'œuvre, ne se limite pas au rapport frontal : il est également circulaire (préfigurant le Wooden O élisabéthain), rectangulaire (comme le corral espagnol), tant on invente les conditions du spectacle, jusqu'à ces tréteaux du théâtre profane qu'on place sur des tonneaux, devant un public debout auquel les comédiens s'adressent directement. Pas de répartition scène/salle dans ce théâtre-là, pas d'illusion absolue, mais un jeu total, une théâtralité exacerbée, pour le seul plaisir du spectacle. 

[...] Le Moyen Âge ne bâtit pas de théâtres en dur, mais il sait théâtraliser les espaces et s'emparer des lieux capitaux des cités afin d'y représenter des spectacles éphémères : les églises pour les drames liturgiques, les parvis et les places pour le théâtre urbain, les palais de justice pour les sotties de la basoche (les gens de justice), les tavernes ou les cours d'auberges pour le théâtre profane.

Le théâtre, qui n'apparaît nulle part spécifiquement, est donc partout, car pour jouer, il suffit d'un « échafaud », de plus ou moins grande ampleur, plus ou moins décoré, plus ou moins grandiose, et parfois de gradins, lesquels, redoublés de loges fournies par les maisons aux alentours ou construites pour l'occasion, peuvent contenir jusqu'à plusieurs milliers de spectateurs. Les « échafauds » se pourvoient quelquefois de dessous creusés dans le sol et de superstructures pour d'incroyables machines volantes, sans compter quelques maçonneries afin d'éviter que les enfers, figurés par d'autres machines tout aussi impressionnantes, ne provoquent des incendies ! Ils peuvent même se mouvoir sur des chars mobiles, comme en Angleterre et en Espagne (pour les auto sacramentales), afin de parcourir la ville. »« 

[Christian Biet : L'espace théâtral : un lieu de partage, TDC, CNDP, 1999]

 

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