Roy : distinguer : plateau/scène, cadre de scène/cage de scène/manteau d'Arlequin

Publié le par Maltern

 

"Cadre d'avant-scène d'un théâtre avec armoiries de Lorraine; Proscenium pour l'Opéra de Nancy"

  Bibiena Galli Francesco (1659 - 1739)






Alain Roy : Distinguo : plateau / scène ; cadre de scène /cage de scène. in Dictionnaire raisonné et illustré du théâtre à l'italienne Actes Sud-Papier 

 

PLATEAU :  Au niveau architectural ce terme est plus ou moins précis dans l'esprit des gens de théâtre ; il se trouve que ce n'est pas très important. Cependant, on entend par plateau l'ensemble du plancher où se trouvent la scène, vue du public, et les coulisses non vues. Ce mot est plus global que "plancher", en ce sens qu'il concerne aussi les trappes, les costières, leurs tringles et leur système de fonctionnement. 

 

SCÈNE : Au mot "plateau", il a été dit que la scène est la partie de celui-ci vue par le public pendant le spectacle. On peut ajouter que, par extension, le décor planté sur ce plateau porte parfois aussi le nom de scène - « la scène représente l'intérieur d'un palais... » Par analogie, on dénomme scène l'ensemble du plateau compris entre le nez-de-scène et les murs cour, lointain et jardin. Quoi qu'il en soit, la scène du théâtre est l'aire où évoluent les comédiens pendant le spectacle. Étymologiquement, ce mot vient du grec skênê. Cependant, dans l'antiquité grecque et durant environ un millénaire, les acteurs évoluèrent sur le proskênion, le proscenium.


La scène se situait derrière celui-ci, duquel elle était séparée par un mur ou un rideau - en fait, elle jouait tout simplement le rôle de nos coulisses actuelles. Peu à peu, ce mur fut percé d'ouvertures, d'arches derrière lesquelles on plaçait des éléments de décor, et par lesquelles les comédiens entraient sur la scène elle-même. Cette répartition de la scène fut exactement reprise par les Romains, puis par Palladio, en 1580, dans son fameux Teatro Olimpico de Vicence. Le grand mur séparant le proscenium de la scène, abondamment décoré, comportait cinq ouvertures derrière lesquelles fut installée une importante prospettiva sur un plan incliné, et par lesquelles les comédiens entraient sur le proscenium. Puis, on peut dire que c'est Aleotti qui, le premier, en 1620, organisa la scène telle que nous la connaissons, en supprimant définitivement toute construction entre scène et proscenium, lors de la conception du théâtre de Parme. Par ailleurs, une scène est aussi la partie du texte dramatique pendant laquelle la scène du théâtre est occupée par un même groupe de comédiens.


CADRE DE SCÈNE : Au sens strict du terme, c'est l'encadrement de la baie de scène. Lorsque le rideau de scène est fermé, on ne voit du cadre de scène que sa partie décorative qui, au siècle dernier, atteignait une richesse parfois luxueuse, comme au palais Garnier. Lorsque le rideau de scène est ouvert, le public peut apercevoir la profondeur (ou l'épaisseur) intérieure de ce cadre. C'est parce qu'il contient le manteau d'Arlequin, le cadre mobile et le lambrequin qui, en quelque sorte, font partie du cadre de scène, lui donnant vie, voire sensualité, ce qui ajoute à la magie du théâtre.

Le cadre de scène détient le rôle délicat de séparer, avant et surtout pendant le spectacle, la salle de la scène. Grâce aux éléments précités (manteau d'Arlequin, cadre mobile...) on peut régler la hauteur et l'ouverture du cadre de scène. On peut aussi en changer la couleur : le cadre mobile peut souvent être équipé soit de rouge, soit de noir. Autrefois, quand la rampe s'utilisait systématiquement, ce cadre de scène se trouvait éclairé en contrebas, ce qui lui donnait plus d'apparence surtout s'il était en relief et doré. Il donnait ainsi aux différents tableaux plus de structure - et prenait, au sens premier du mot, sa fonction d'encadrer des spectacles.


Au milieu du XVIème siècle, le cadre de scène n'existe pas. On n'a d'ailleurs pas encore construit vraiment de théâtre. Mais en Italie, Serlio, aménageant des scènes dans les salles de palais, construit l'ancêtre du cadre de scène : de chaque côté du proscenium, face aux spectateurs, il plante deux façades de maison qui cachent l'entrée en scène des comédiens. Sans en construire vraiment, Sabbatini, le premier, comprit le parti que l'on pourrait tirer d'un tel aménagement.

"... On pourra, en tête du plancher (de scène), faire un arc avec colonnades et statues et en son dedans, fabriquer la scène car, outre que l'on sera ainsi bien assuré que les parties intérieures ne seront point en vue, la scène soi-même s'en trouvera magnifiquement ornée, y gagnera plus de fuyant et au revers de l'arc que je dis, on pourra poser bon nombre de lumières, lesquelles non seulement illumineront les maisons de la scène, mais encore tout le ciel sans être vues, et sans qu'on sache où elles ont été

placées..." (Sabbatini, Pratiques pour fabriquer scènes et machines de théâtre, 1637.)


On peut penser qu'en France c'est le fameux Torelli qui en construisit un pour la première fois lors de la représentation de la Finta Pazza de Strozzi en 1645 dans le Théâtre du Petit-Bourbon. Ce pressentiment génial de Sabbatini et les réalisations de Torelli furent logiquement et magnifiquement dépassés par les conceptions de Servandoni qui, dans la première moitié du XVIIIème siècle, comprit que ce cadre de scène pouvait servir à "grandir" le décor : tout simplement (mais à l'époque, c'était révolutionnaire) il construit des décors, notamment des palais, plus larges et plus hauts que le cadre de scène, qui se perdent à l'infini dans les coulisses et dans les cintres, du coup le réalisme dimensionnel est saisissant, comme si un véritable autre univers existait au-delà de ce cadre de scène sans lequel cet effet visuel eût été impossible.


CAGE DE SCÈNE : C'est le volume théâtral dans lequel les acteurs évoluent face au public et où toutes les diverses parties de la machinerie sont installées pour faire fonctionner le spectacle. Son volume total, dans un bon théâtre, est au moins dix fois supérieur à celui que voit le public - et en tout cas il est supérieur à celui de la salle des spectateurs.

Ce volume est délimité de la façon suivante : les deux murs latéraux cour et jardin sont aveugles ; le mur du fond (ou du lointain) est souvent percé par la baie de l'arrière-scène, ou par des portes hautes d'évacuation des décors ; le mur de la face est évidemment ouvert par la baie du cadre de scène. En bas et sous le plateau de scène sont les dessous ; enfin, au-dessus du plateau de scène sont les dessus avec les cintres et le gril. Notons que, sur l'avant-scène, devant le cadre de scène, nous ne sommes plus dans la cage de scène.


La cage de scène est la pièce vitale et dynamique du théâtre. L'origine de ce terme peut s'expliquer par le fait que, lorsqu'on regarde le volume de la scène de l'intérieur, on voit sur les murs cour et jardin les cheminées de contrepoidsgril (du dessous, bien sûr). Cette notion de cage est renforcée par les perches suspendues à leurs fils qui rappellent des perchoirs... et par des mâts de perroquet qui sont la réplique à l'échelle 10 de ceux qui servent effectivement de perchoirs à ces susdits volatiles. qui sont protégées par des planches espacées (d'environ 10 centimètres), sur toute la surface du mur. Bien qu'horizontales, ces planches peuvent évoquer les barreaux d'une cage. On aura la même impression si on observe le

MANTEAU D'ARLEQUIN : Terme typiquement à l'italienne, le manteau d'Arlequin constitue une partie importante du cadre de scène. Il se compose de deux draperies verticales situées de chaque côté du cadre et d'un couronnement qui les réunit, l'ensemble étant généralement en velours rouge. Les draperies sont fixées sur des faux châssis mobiles dans la première costière qu'on ne démonte pour ainsi dire jamais. Ces faux châssis sont équipés d'échelles de draperie permettant l'ajustage des draperies elles-mêmes, dont les velours sont le plus souvent très lourds. Le couronnement, en fait, est une frise à plis, réglable en hauteur. Grâce à ce manteau d'Arlequin, l'ouverture du cadre de scène se règle en largeur et en hauteur. De ce fait, le manteau d'Arlequin porte aussi l'appellation logique mais moins poétique de "cadre mobile".

Ce terme « manteau d'Arlequin » doit certainement son origine au fait que, au temps de la commedia dell'arte, Arlequin utilisait les deux parties du rideau de scène massées de chaque côté de celle-ci pour apparaître ou disparaître subrepticement. Il s'en servait comme d'une cape ou d'un manteau pendant les scènes. Enfin, il arrivait aussi que, pendant les intermèdes, après qu'on avait tiré le rideau pour permettre un changement de décor, Arlequin vînt faire patienter le public par ses pitreries devant ce rideau. Tout ceci tend à faire penser que ce rideau fut très fortement lié au personnage d'Arlequin, ce qui expliquerait son appellation.

CADRE MOBILE : C'est la version moderne du manteau d'Arlequin. Il s'agit d'une sorte de diaphragme permettant de varier les dimensions du cadre de scène. Il est réalisé le plus souvent en tôle et se compose de deux montants latéraux coulissant dans la première costière et d'un linteau (ou couronnement) que l'on peut appuyer ou charger. Contrairement au manteau d'Arlequin dont la décoration se veut en accord avec la salle, le cadre mobile est d'une couleur neutre - le plus souvent noir - qui isole délibérément la salle de la scène. On remarque que certains théâtres sont équipés à la fois d'un manteau d'Arlequin et d'un cadre mobile.

PLANTATION : Mot simple et très utilisé qui indique la disposition du décor sur le plancher de la scène. Du même coup il signifie aussi (avec le verbe "planter") l'action de dessiner au sol, avec cordeaux et décamètres, cette disposition. Enfin, et par extension, il peut vouloir dire le fait de monter le décor lui-même selon le plan prévu par le décorateur.



 

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