Appia : La lumière dans la toile peinte et sur le plateau. Deux espaces.
Appia : La lumière dans la toile peinte et sur le plateau. Deux espaces.
[La réflexion d'Adolphe Appia, 1862-1928, part d'une réflexion sur l'œuvre de Wagner, dont l'œuvre est le drame de la vie intérieure des personnages et qui se trouve prisonnier de la vision réaliste des contemporains. Comment alors ordonner les éléments du spectacle ? prioritairement, 1/ l'acteur, 2/ l'espace, 3/ la lumière, 4/ la peinture. Le rôle d'illusion n'est plus celui du décor, " L'illusion scénique c'est la présence vivante de l'acteur. " Il faut donc mettre l'espace scénique au service du comédien. Volumes qui lui fournissent des points d'appui et des obstacles nécessaires à son jeu ; géométrisation fonctionnelle, et rôle de la lumière qui " anime " l'espace plus qu'elle ne l'éclaire]
« L'espace de la scène étant obscur, force est d'éclairer la peinture des toiles. Cette peinture présente des ombres et des lumières qui simulent un relief quelconque ; les ombres comme les lumières doivent être visibles, donc éclairées ! Il y a donc deux sortes de lumière pour le décor peint : l'une fixée fictivement sur les toiles par la peinture ; l'autre installée pour la rendre visible.
La lumière de la peinture ne saurait frapper l'acteur bien qu'elle le concerne ; la lumière véritable frappe l'acteur bien qu'elle ne concerne que la peinture ! C'est dans un semblable milieu que l'on place alors le corps vivant, plastique et mobile de l'acteur ; il est frappé d'un éclairage qui ne lui est pas destiné, et se promène devant des lumières peintes ! Reste à éclairer le bas, sinon la peinture resterait inégalement visible ; la rampe en est chargée. ; or elle frappe aussi l'acteur. Tout ce bel éclairage correspond à un jeu d'orgue ou clavier d'où l'on peut le diriger et en varier tout ou partie.
La peinture obtient aussi à l'occasion un éclairage par transparence ; la toile doit alors être peinte et préparée à cet effet. ( A Bayreuth, au 3e acte de Siegfried, première scène, le feu qui descend du rocher des Walkyries et devient toujours plus menaçant, se rend en découvrant par derrière, et progressivement, les parties de la montagne qui figurent des coulées de feu et sont peintes en transparence.) »
[Adolphe Appia 1862-1928, Cahier Barrault X, 1921; p 532]