Van Thiegem : Aller au théâtre pour voir ou être vu ? L’espace à l’italienne favorise ce double spectacle

Salle de la
Comédie Française
Philippe Van Thiegem : Aller au théâtre pour voir ou être vu ? L’espace à l’italienne favorise ce double spectacle
« Il ne faut pas oublier que la grande majorité des salles en France datent d’une époque où le besoin de voir et d’entendre était accompagné du besoin, parfois plus impérieux encore, d’être vu ; le théâtre fut longtemps en effet, et reste encore à certains égards, un lieu où non seulement on assiste au spectacle, mais encore où une partie des spectateurs tient à s’offrir en spectacle à l’autre.
" Aux Italiens et à lOpéra : Posant pour les loges, les stalles d'orchestre et même pour la galerie."En fait le spectateur devait pouvoir jouir d’un double spectacle, celui de la scène, celui de la salle... Il est résulté de cet état de choses une série d’anomalies architecturales qui ne s’expliquent pas sans cela.
Inversement les spectateurs pauvres et de peu d’apparence, ne devaient pas en étant trop visibles, déparer le spectacle qu’offrait la salle, cela depuis que l’orchestre avec ses fauteuils à prix élevé (fin du XVIIIe) a remplacé le parterre où le public de modeste condition était debout. Ces spectateurs ont été relégués aux étages supérieurs, où l’audition comme la visibilité sont, cette dernière surtout, très défectueuses, mais où ils sont à peine aperçus des spectateurs élégants ; dans cette même idée, des escaliers particuliers leur ont été parfois réservés, afin d’éviter jusqu’à la rue le contact des classes.

Humbert André : La Loge (exposé au Salon des Artistes Français de 1914)
[...] La plupart des théâtres, ceux de France, en particulier, datent de la fin du XVIIème siècle ou du XIXème, et sont munis de scène à l’italienne. On appelle ainsi la conception architecturale qui sépare nettement la salle de l’aire du jeu à la fois par une rampe qui éclaire la scène sans donner la lumière à la salle, et par un cadre de scène qui forme comme un cadre à un tableau vivant. Cette conception adoptée par les architectes italiens du XVIème. siècle en vue de spectacle féerique repose sur l’idée que le spectateur doit être transporté dans un monde totalement différent de celui où il vit habituellement ; il doit être dépaysé, transféré. Cette disposition perd son sens pour la représentation des pièces plus réalistes où l’humanité des personnages est analogue à celle des spectateurs. »
hilippe Van Tieghem, Technique du Théâtre, P.U.F. 1960]
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