Molière : Le Tartuffe, Acte I, Sc 4 [Procédés et formes du comique] 1664

Publié le par Maltern

Molière : Le Tartuffe, Acte I, Sc 4 [Procédés et formes du comique] 1664


ORGON, mari d'Elmire.

ELMIRE, femme dOrgon.

CLÉANTE, beau-frère dOrgon.

TARTUFFE, faux dévot.

DORINE, suivante de Mariane.




SCÈNE III


ELMIRE, MARIANE, DAMIS, CLÉANTE, DORINE.


ELMIRE 

Vous êtes bien heureux, de nêtre point venu

Au discours quà la porte elle nous a tenu.

Mais jai vu mon mari; comme il ne ma point vue,

Je veux aller là-haut attendre sa venue.

CLÉANTE

Moi, je lattends ici pour moins damusement,

Et je vais lui donner le bonjour seulement.

DAMIS 

De lhymen de ma sœur, touchez-lui quelque chose.

Jai soupçon que Tartuffe à son effet soppose ;

Quil oblige mon père à des détours si grands,

Et vous nignorez pas quel intérêt jy prends.

Si même ardeur enflamme, et ma sœur, et Valère,

La sœur de cet ami, vous le savez, mest chère:

Et sil fallait...

DORINE  Il entre.


SCÈNE IV


ORGON, CLÉANTE, DORINE.


ORGON A

Ah, mon frère, bonjour.

CLÉANTE

Je sortais, et jai joie à vous voir de retour:

La campagne, à présent, nest pas beaucoup fleurie.

ORGON

Dorine, mon beau-frère, attendez, je vous prie.

Vous voulez bien souffrir, pour môter de souci,

Que je minforme un peu des nouvelles dici.

Tout sest-il, ces deux jours, passé de bonne sorte ?

Quest-ce quon fait céans ?

Comme est-ce quon sy porte?

DORINE 

Madame eut, avant-hier, la fièvre jusquau soir,

Avec un mal de tête étrange à concevoir.

ORGON 

Et Tartuffe?

DORINE 

Tartuffe? Il se porte à merveille,

Gros, et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.

ORGON 

Le pauvre homme!

DORINE 

Le soir elle eut un grand dégoût, 

Et ne put au souper toucher à rien du tout,

Tant sa douleur de tête était encor cruelle.

ORGON 

Et Tartuffe ?

DORINE 

Il soupa, lui tout seul, devant elle, 

Et fort dévotement il mangea deux perdrix,

Avec une moitié de gigot en hachis.

ORGON

Le pauvre homme !

DORINE 

La nuit se passa tout entière, 

Sans quelle pût fermer un moment la paupière;

Des chaleurs lempêchaient de pouvoir sommeiller,

Et jusquau jour, près delle, il nous fallut veiller.

ORGON 

Et Tartuffe ?

DORINE

Pressé dun sommeil agréable, 

Il passa dans sa chambre, au sortir de la table;

Et dans son lit bien chaud, il se mit tout soudain,

Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.

ORGON

Le pauvre homme !

DORINE 

À la fin, par nos raisons gagnée,

Elle se résolut à souffrir la saignée,

Et le soulagement suivit tout aussitôt.

ORGON 

Et Tartuffe ?

DORINE 

Il reprit courage comme il faut ; 

Et contre tous les maux fortifiant son âme,

Pour réparer le sang quavait perdu Madame,

But à son déjeuner, quatre grands coups de vin.

ORGON Le pauvre homme !

DORINE 

Tous deux se portent bien enfin; 

Et je vais à Madame annoncer par avance,

La part que vous prenez à sa convalescence


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