Lecoq : Le silence dans le jeu

Publié le par Maltern




Le port du masque neutre et les leçon sdu silence









Lecoq : Le silence dans le jeu

Comme un silence pesant et prolongé,

Je me tais,

Tu n'as pas la parole

Puis ce fut un long silence

Tout ne fut plus que silence.

Le silence d'avant la bataille, cette veillée d'armes, faite d'attente du lendemain et ce silence une fois les combats apaisés, qui s'installe à la place des rumeurs.

Oui il reste dans le silence, le héros.

Mais aussi, l'enfant ne sait quoi répondre, il offre son silence comme réponse à la question.

Tous travaillèrent en silence concentrés sur leur tâche.


Les premiers pas résonnent clairs sur le bitume des premiers matins, comme isolés, Ils se détachent sur le silence de la nuit qui s'estompe.

On aurait dit, la vie arrêtée, comme suspendue au souffle retenu.

Le silence donne vie à des regards jamais vus, à des gestes pas encore osés.

Tout est prêt, pour qu'un bras qui se lève ait un sens, nous attendions cela dans le silence de l'attente qui donne à l'acte qui s'ensuit toute sa valeur; ainsi la parole est attendue comme nécessaire à la rencontre.

Le silence éloigne aussi avec lui‑même des adieux qui n'ont jamais eu lieu.

Dans une solitude qui se ferme et se clôt, dans un silence qui se termine...


C'est à partir du silence que naît la qualité du geste et de la parole. C'est dans ce creuset que se préparent les élans et les pulsions qui organisent, dans l'espace du dedans, des rythmes en urgence d'émergence : Va‑t‑il parler ? Va‑t‑il agir ? Il s'est levé, il a marché, il s'est retourné, il m'a regardé juste un instant, cet instant suffisant pour comprendre, et il a continué son chemin.


Le silence est chargé de qualités très différentes suivant qu'il commence ou termine une action, un acte, une parole. L'urgence d'une action qui nous mobilise entièrement requiert un silence favorable à cette action.


L'action oblige. Un alpiniste qui escalade une paroi n'éprouve pas le besoin de parler. Une petite action routinière qui ne nécessite pas une grande concentration, mais un genre d'automatisme, peut proposer la parole pour faciliter l'acte même et pour qu'il ne soit pas accompli avec ennui. Les vieilles parlent en tricotant et surtout pas de ce qu'elles font.


Le silence du départ s'apparente à la concentration qui doit favoriser l'action qui s'ensuivra. Le stade s'est tu : l'athlète immobile, concentré sur lui‑même, va tenter le record du monde du saut en hauteur, cela dans un silence étonnant. Silence, action, réaction. Les ovations éclatent, le vainqueur a passé la barre de la victoire.


Le silence après l'action engage plus la réflexion, la retenue de soi‑même. Après avoir lu sur le tableau les résultats des examens, L'élève qui a échoué reste souvent dans un silence douloureux, près des larmes. Lui qui avait tout fait pour réussir, il est prostré. Il s'isole et ne veut voir personne.

Le silence avive le regard, en soi d'abord. Il y a toujours en cela un retour sur soi‑même plus qu'une ouverture sur l'extérieur.

Le timide est souvent silencieux : il regarde, mais comme protégé par lui‑même.

Le silence se cache toujours au fond, là où il faut le chercher si on veut le trouver.


Il n'y a pas de conflit entre la parole et le silence, le silence offre à la parole sa qualité. Un discours qui se passerait de la qualité du silence ne serait que verbiage. On aurait le désir de dire : « Assez ! Tais‑toi ! ta parole ne tient plus le silence nécessaire où elle prend sa véritable valeur. »


L'émergence du non‑dit est là... Deux formes extrêmes d'organisation de l'espace, dont la première est l'aboutissement du théâtre à l'italienne.


[Lecoq, in Le théâtre du geste, pp 96-105 Bordas 1987]

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