Tardieu : Une consultation [Comédie de la comédie]

Publié le par Maltern

Tardieu

La comédie de la comédie

Une consultation

PERSONNAGES

LE PRÉSENTATEUR. LE DOCTEUR. LE MALADE.

(Nota : Le Docteur et le Malade sont, tous deux, d'âge moyen et d'aspect excessivement nerveux. Ils sont en proie à des tics. Souvent même ils sont au bord de l'exaspération.)

Le Présentateur - Du médecin et de son client, qui est le plus malade? C'est là une vieille question. Et une vieille plaisante­rie! Surtout en matière de psychologie et de psychia­trie.

On peut imaginer tout ce qu'on veut: par exemple, que le psychiatre est devenu un peu fou à force de fréquenter ses malades. Ou bien, au contraire, que, s'il a choisi cette branche de la médecine, c'est qu'il avait des problèmes avec son propre esprit et qu'il était plus curieux, plus impatient qu'un autre de connaître les causes des maladies mentales.

Peu importe : la farce qui suit joue sur ce rapport ‑ou cette parenté secrète ‑ entre le docteur et son client, quil voit cependant pour la première fois.

La scène représente le cabinet de consultation du médecin. Au lever du rideau, celui‑ci, à sa table de travail, rédige et range nerveusement des fiches de malades.

Bruit d'une sonnerie de porte d'entrée. Bourdonnement de voix dans le couloir. La bonne a ouvert la porte, a demandé au visiteur de lui rappeler son nom. Puis on frappe d la porte du cabinet.

Entrez !

Bonjour, docteur!

Le Docteur - se levant.

Le Malade - entrant.

Le Docteur - Je vous attendais. Bonjour, monsieur! (Bruit de porte qui se referme.) Asseyez‑vous, je vous en prie!... Là, sur ce fauteuil.

Le Malade - Un fauteuil, dites‑vous, docteur? Un fauteuil? Oui! (Un soupir, puis pensivement.) Mais qu'est‑ce qu'un fauteuil?

Le Docteur - avec une bonne humeur rassurante.

Un fauteuil est un fauteuil.

Le Malade - Sait‑on jamais? Qu'est‑ce qu'un fauteuil peut cacher?... Ah! le doute, docteur, le doute!

Le Docteur - Un peu déprimé, je pense? Anémie? Surmenage? Décalcification? Nous allons voir tout cela! Veuillez vous défaire !

Le Malade - brusquement.

Une minute, je vous prie, docteur! Je voudrais d'abord vous poser quelques questions.

Le Docteur - étonné.

Des questions?... A moi?... Comment ?... Mais vous renversez les rôles, monsieur!

Le Malade - Pas du tout! Pas du tout ! Mais pas du tout, du tout, du tout ! N'êtes‑vous pas médecin ? Oui. Bon. Eh bien! Mes questions vous renseigneront sur mes problèmes. C'est logique!... Et d'abord, docteur, voyons, sincère­ment, entre nous : qu'est‑ce que la maladie ?

Le Docteur - Mais, cher monsieur! Il me faudrait toute une vie pour répondre à une telle question!

Le Malade - triomphant.

Ah ! ha! toute une vie! Toute une vie, dites‑vous! (Dangereusement insinuant.) Laquelle? La mienne peut‑être, hein?

Le Docteur - Voyons, monsieur ! cessons ce jeu, je vous en prie! Et parlons sérieusement!

Le Malade - Je suis on ne peut plus sérieux. Voyez‑vous, docteur, si vous ne pouvez me dire ni ce que c'est qu'un fauteuil, ni ce que c'est que la maladie, ni, par conséquent, la santé, alors je vous demanderai : qu'est‑ce que la vérité ? Et notez que je ne serai pas le premier à poser cette question! Ah non! Le premier! Non! Non! Pas le premier ! Certes non!

Le Docteur - catégorique et commençant à s'impatienter.

Enfin, monsieur! Êtes‑vous, oui ou non, vous en tant que malade, venu me consulter, moi, en tant que médecin ?

Le Malade - diabolique.

Justement! Justement! Docteur. Toute la question est là : si vous ne pouvez me donner aucun éclaircissement, ni sur la maladie, ni sur la santé, ni sur la vérité (ni sur l'erreur, bien entendu), que puis‑je attendre, moi le malade, de vous le médecin?

Le Docteur - sèchement.

Je vous l'ai déjà dit, monsieur : tout ceci est absurde. Encore une fois, veuillez vous déshabiller!

Le Malade - ricanant.

Me déshabiller ? Moi ? Devant vous ? Pour quoi faire ? Oui, pour quoi faire, puisque vous ne pouvez même pas répondre à des questions essentielles, pri­mordiales, ca‑pi‑ta‑les ! (Un soupir.) Enfin ! Je veux être bon diable. J'y consens. Oui, je consens, en tout cas, à déshabiller thon âme devant vous.

Le Docteur - Mais, monsieur...

Le Malade - l'interrompant et poursuivant.

Docteur, je vous en prie, laissez‑moi parler! Eh bien oui, j'ai souffert, eh bien oui, je souffre ! Et c'est parce que je souffre que je viens vous demander du secours. Voyez‑vous, je souffre, avant toute chose, de l'instabi­lité de mes rapports avec l'Univers

Le Docteur - changeant de ton, soit par résignation, soit avec l'idée qu'il faut laisser parler le malade pour le comprendre, soit pour toute autre raison secrète.

Avec l'Univers? (Conciliant, l'air intéressé.) Vous dites: avec l'Univers! Tiens, tiens, tiens, mais c'est intéressant, cela, dites donc!

Le Malade - encouragé, continue sur un ton confidentiel.

Oui, l'Univers et moi, docteur, l'Univers et moi, cela ne va pas très bien.

Le Docteur - engageant et précis.

Pas très bien du tout, ou bien pas trop bien?

Le Malade - après une hésitation.

Heu... plutôt pas trop trop.

Le Docteur - satisfait comme si cet indice était pour lui très important et significatif.

Parfait, parfait!... Est‑ce que cet... inconvénient vous arrive très fréquemment ?

Le Malade - devenu docile.

Oui, très souvent.

Le Docteur - Pouvez‑vous me dire à peu près: tous les jours?

Le Malade - Tous les deux jours environ.

Le Docteur - Vers quelle heure ? Pouvez‑vous le préciser ?

Le Malade - réfléchissant.

Plutôt... le matin !

Le Docteur -

Plutôt le matin, bon. Et cela se manifeste de quelle façon ?

Le Malade - Eh bien! Cela commence, en général, par un souve­nir. Oui, je « décroche ». Je décroche par rapport à la réalité du moment présent. Et pfuit !... Je m'envole vers le passé. Le passé! Je vous demande un peu ! Cette chose qui n'existe pas!... Alors, tout à coup, un déclic! C'est comme si moi‑même, soudain, je n'existais plus ! Oui, c'est cela : je ne suis plus ici, je n'y suis plus, je ne suis plus.

Le Docteur - Ouais... Avez‑vous essayé, à ce moment‑là, de vous concentrer sur un objet présent?

Le Malade - étonné.

Non! Comment cela?

Le Docteur - Je m'explique. Quel que soit l'endroit où vous vous trouvez au moment de ces.., crises, vous avez forcé­ment auprès de vous des objets matériels, des objets familiers ?

Le Malade - l'air surpris de la profondeur de cette découverte.

En effet! En effet!

Le Docteur - Si c'est dans votre cabinet de travail, vous avez bien, je ne sais pas, moi... (Il cherche.)

Le Malade- l'interrompant.

Oh! C'est très simple! (Se remémorant.) A gauche de la porte, une bibliothèque (en merisier), un divan recouvert de reps violet (plutôt foncé), un fauteuil à bascule (en osier). Au milieu, sur le tapis (un tapis chinois), une table (une table en acajou); sur la table un presse-papiers en verre de couleur, vous savez: ce qu'on appelle un « sulfure ». En face, la fenêtre, à gauche une petite vitrine murale remplie de papillons jaunes et bleus naturalisés...

Le Docteur - l'interrompant. Bon ! Cela suffit! C'est donc que vous ne perdez pas pied complètement. C'est très bien. Eh bien, fixez attentivement un de ces objets familiers! Au besoin, prenez‑le dans votre main et répétez‑vous à vous-même, avec une conviction intense: « Le presse-papiers! Le presse-papiers! 1e presse-papiers! » Vous verrez: vous vous sentirez déjà beaucoup mieux.

Le Malade - ébranlé et vaguement reconnaissant.

Vous croyez, docteur, que cela suffira! C'est qu'elles sont si terribles, ces crises! Plus de contact! Plus d'horizons! Plus de repères! Plus de points cardinaux! Plus de signes du zodiaque! Plus de constellations! Plus de jour ni de nuit! Ni haut, ni bas! Ni passé, ni avenir! (D'une voix plaintive et comme lointaine) .. Je... plonge, je descends, je descends, je tourbillonne, je m'éloigne, je m'éloigne, je m'éloi... gne...

Le Docteur - pressant et secourable.

Le presse-papiers! Le presse-papiers!

Le Malade - d'une voix mourante.

Est‑ce que je passe dans le camp de l'Inconnais­sable ? des idées pures ? de l'absolu ? des noumènes ? de la « chose‑en‑soi » ?

Le Docteur - inébranlable.

Le presse-papiers! Le presse-papiers!... Mais... Mais... (Comme se parlant à lui-même:) Sapristi, il tourne de l'œil, le malheureux! ... (Haut et fort, à l'oreille du malade :) ... Hé mon ami !... Revenez à vous!... je suis là... Le presse-papiers!... Réveillez‑vous!... (II lui tapote les mains, puis il verse dans un verre un peu du contenu d'une carafe d'eau.) Tenez, buvez ceci. Là, allons!... Votre tête, droite! Ouvrez 1a bouche !... Là... Là... bien... Bien... Buvez! Cela va vous remettre!

Le Malade - revenant à lui.

Merci, docteur, merci !... Une petite... crise! Ce n'était... qu'une petite crise... méta... méta... méta...

Le Docteur - se méprenant.

C'est cela, éternuez ! Cela vous fera du bien!

Le Malade - continuant.

méta... méta... méta... physique !

Le Docteur - Ce n'est rien, cela. Songez au presse-papiers, au parapluie, à la sonnette de la porte, à n'importe quoi de concret

Le Malade - lugubre.

Vous me faites rire, docteur. Vous êtes... drôle!

Le Docteur - un peu énervé mais surmontant son énervement.

Mais non, mais non je ne suis pas « drôle »... pas drôle du tout! Enfin, bref... Que disais‑je? Ah! oui! Bon. Allons! Comment vous sentez‑vous ?

Le Malade - Mieux, docteur... un peu mieux... Mieux... Vraiment mieux, mieux !

Le Docteur - Bien, bien !

Le Malade - plaintif

Non, docteur, j'ai dit: « mieux, mieux »

Le Docteur - Moi j'ai dit: bien, bien!

Le Malade - Ah bon ! Alors, vous c'est: bien, bien! moi c'est mieux mieux!...

Le Docteur - Bien, bien, passons, voulez‑vous ? Alors, êtes‑vous en état de répondre à mes questions, maintenant?

Le Malade - ironique.

Ah! Vous vous vengez, docteur!

Le Docteur - Me « venger », moi? Non, je ne fais que mon devoir de médecin. Allons, répondez avec précision : com­ment ça va‑t‑il du côté des nuages ?

Le Malade - Les nuages ? Pas mal, merci. Un peu... Comment dire, un peu mous, un peu instables, les nuages! Mais, dans l'ensemble, bonne circulation : vapeur, condensa­tion, vapeur, condensation, vapeur, condensation. Un orage de temps en temps. Surtout en été. L'hiver c'est la pluie qui ne va pas, ça me dégouline... sur le visage, dans le dos, sur les mains, c'est froid, c'est humide, pouah!...

Le Docteur - avec un sérieux absolu.

Vous vous servez d'un parapluie, ou d'un imper­méable ?

Le Malade - Des deux, docteur.

Le Docteur - Pas fameux. Pas fameux. Il vaut mieux rester chez vous. Ne sortez que par temps sec... Bon ! Et l'espace, vous voyez ce que je veux dire : l'espace... comment ça va?

Le Malade - L'espace? Aïe! C'est le grand problème!... Tantôt trop large... ou trop long, tantôt trop étroit!

Le Docteur - Évidemment, c'est toujours ainsi. L'espace est rela­tif. Comme le temps d'ailleurs.

Le Malade - C'est bien là ce qui m'inquiète.

Le Docteur - très sérieux

Ne vous effrayez surtout pas! Cela se soigne, tout cela se soigne.

Le Malade - Merci, docteur. Je vous remercie d'essayer de me rassurer.

Un temps.

Le Docteur - Lorsque vous sortez de chez vous, le matin, qu'éprouvez‑vous ?

Le Malade - Eh bien, voici : il y a un grand vacarme en moi, une grande bousculade d'autos, de gens, d'enfants, de petits chiens. Cela va, cela vient, ça me rentre par une oreille, ça me sort par l'autre, ça me cogne dessus, ça m'assourdit, ça m'éblouit, c'est in‑to‑lé‑table !

Le Docteur - Et.., cela dure longtemps?

Le Malade - Tant que je suis dans la rue.

Le Docteur - Ah ! Et à l'intérieur?

Le Malade - A l'intérieur de quoi ?

Le Docteur - Vous rentrez bien quelque part, après être sorti?

Le Malade - Bien sûr, je rentre. Je rentre au bureau.

Le Docteur - Alors ?

Le Malade - Alors? Eh bien! Alors, c'est un peu la même chose, mais en plus assourdi. Notez que ça n'en est que plus lancinant! J'entends comme des voix qui m'interpel­lent, comme des sonneries stridentes, je vois tourbil­lonner des feuilles de papier, zébrées de signes noirs, je crisse de la plume, je craque du fauteuil, je tremble de la porte...

Le Docteur - Curieux, curieux! Et cela dure longtemps?

Le Malade - Matin et soir.

Le Docteur - Et entre‑temps ?

Le Malade - Entre‑temps; eh bien, il y a les repas!

Le Docteur - Et à la fin de la semaine?

Le Malade - A la fin de la semaine, il y a le week‑end. C'est‑à‑dire le week‑end « à la campagne ».

Le Docteur - Et comment va‑t‑elle, la campagne?

Le Malade - Ni bien, ni mal. Des arbres. Des prairies. Des vaches. Des vaches. Des arbres. Des prairies. Quelquefois un cours d'eau, un train, des autos. L'école est à raté de l'église... (De plus en plus vite, comme s'il récitait une leçon enfantine.) L'église a un clocher en ardoise. Mon oncle a un jardin potager. Dans le jardin de mon oncle, il y a un cerisier. Mon grand‑père avait des rentes. La nuit est silencieuse. Le clair de lune luit.

Le Docteur - déjà plus nerveux.

Tout cela est exact. Tout cela est tout à fait exact. Je vous comprends parfaitement. Je suis comme vous. Les chiens aboient. Les grenouillent coassent. La terre est humide. L'herbe pousse... (Soudain bizarrement jovial.) A propos, regardez‑vous le ciel, quelquefois?

Le Malade - contrefaisant le sourd.

Le... quoi ?

Le Docteur - d'une voix forte comme parlant à un sourd.

Le ciel!... Là‑haut! Là, au‑dessus... Le bleu‑bleu­bleu... be‑le ‑ be‑le ‑ be‑le !

Le Malade - Ha! Vous voulez dire: le ciel?

Le Docteur - C'est cela même : le grand machin où il y a des petites choses qui brillent. Le regardez‑vous, le ciel?

Le Malade - Oui, bien sûr, souvent, je le regarde! Quand je lève la tête ou bien les yeux, ou les deux à la fois... Oui, je le regarde, mais...

Le Docteur - Mais ?

Le Malade, après une hésitation, confidentiellement.

Il me fait peur, le... comme vous dites: le Ciel.

Le Docteur - Pourquoi donc vous fait‑il peur?

Le Malade - Voyez‑vous, lorsque j'étais petit enfant, je me disais au‑dessus du ciel, il y a du ciel ‑ et encore du ciel ‑ et toujours du ciel ! Comment est‑ce possible ? Où est‑ce que tout cela s'arrête? Toujours plus loin! Pas de limite! Plus loin! Toujours! Toujours!

Le Docteur - précipitamment.

Attention! Faites attention! C'est seulement un peu de vertige, ne recommençons pas!... Vite, prenez un coupe‑papiers !

Le Malade - Mais vous m'aviez dit

Le Docteur - pressant.

Un presse-papiers! Un presse-papiers quand on en a un. Mais je n'en ai pas ici. Alors je vous tends un coupe‑papiers. C'est la même chose : un coupe‑papiers, un presse-papiers, un coupe‑papiers, un presse‑papiers!... Allons, prenez!

Le Malade - Merci, docteur. Que dois‑je en faire?

A partir de ce moment le dialogue s'accélère.

Le Docteur - Tenez‑le bien! Serrez‑le dans votre main! Là, très fort! Et observez‑le attentivement!

Le Malade - Voilà, je l'observe.

Le Docteur - Bon! Que voyez‑vous?

Le Malade - Un coupe‑papiers.

Le Docteur - Un coupe‑papiers comment?

Le Malade - Un coupe‑papiers en bois.

Le Docteur - En bois de quoi?

Le Malade - Comment voulez‑vous que je le sache, docteur ? Voyons! Vous me faites rire!

Le Docteur - C'est tout ce que je voulais, vous faire rire. Vous êtes sauvé.

Le Malade - Sauvé? Moi? vraiment?

Le Docteur - de plus en plus énervé.

Oui! Sauvé! Vous êtes sauvé! Puisque je vous le dis ! Vous devez le croire! Vous devez croire tout ce que je vous dis. Je suis votre médecin. Vous êtes mon malade. Vous n'êtes qu'un malade. Entendez‑vous, un malade qui n'est plus malade, puisque vous êtes guéri. Grâce à moi! Vous comprenez! Grâce à moi!

Le Malade - Bon ! Bon! Je vous crois! Ne vous fâchez pas !

Le Docteur - d'une voix exagérément forte.

Je ne me fâche pas. Pas du tout! Seulement voilà vous êtes sauvé, vous! Mais moi, je suis perdu! (Pres­que dans un cri.‑) Je suis perdu, entendez‑vous!

Le Malade - Pourquoi perdu? Pourquoi seriez‑vous perdu, doc­teur ?

Le Docteur - à tue‑tête.

Pourquoi je suis perdu ? Parce que je vois des malades depuis ce matin! Ça ne vous dit rien? Si les singes jouaient des mandibules, ça ne vous dirait rien non plus? Non! Vous ne comprenez rien. Vous prenez le train comme les chèvres, vous vous coupez des tranches de saucisson dans les colonnes du Parthénon! Vous vous mouchez dans le Zambèze! Vous piétinez les Caraïbes. Je vous entends braire? Parce que vous allez traire. Et quand je parle de vache, vous répondez cache-cache... Allons! Déshabillez‑vous ! Que je vous flanque une volée de coups de bâtons! Voilà assez longtemps que je supporte vos sifflements! Vos rodo­montades ! Vos partis pris! Déshabille‑toi, ou je cogne, vipère!

Le Malade - terrifié, d'une voix blanche.

Ne.., ne vous mettez pas en colère, docteur! Ça va très bien comme ça! Vous m'avez bien soigné.,. Très très bien... Je n'ai plus qu'à me retirer... Puisque je suis guéri, moi! Qu'est‑ce que je vous dois, docteur?

Le Docteur - vociférant.

Ce que vous me devez? Vous me devez le respect, entendez‑vous, le respect! Le respect! Le respect! Le respect! (Il pousse dehors le client éberlué, referme la porte sur lui et se roule aussitôt par terre en criant.) Au secours !... Un médecin !... Non je ne suis pas le méde­cin!... Je suis le malade. Il n'y a pas de médecins! Il n'y a que des malades! Au secours! Au secours


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