DEUST - 2002 : « Les étoiles attendent l'artillerie, un ange tombera du ciel... »

Publié le par Maltern

« Les étoiles attendent l'artillerie, un ange tombera du ciel... »

 

Une création collective du DEUST Théâtre Université de Besançon - 2002.

A partir de témoignages recueillis par les comédiens en formation auprès de résistants de la guerre de 1940

Dirigée par François Frapier, écriture et Dramaturgie Christophe Merlant.

  A---RESISTANCE-DEUST-02_blog.doc DEUST 2002 Les étoiles...
 

Elle - Il fallait déjà avoir l'esprit, n'est ce pas, de résister. Et ça, ça ne se commande pas. C'est quelque chose qui est inné en soi : on refuse la défaite, on refuse l'occupation... Pourquoi ? Parce que c'est comme ça en vous : vous n'admettez pas que votre pays soit asservi... J'ai toujours été résistante. Pourquoi ? Je ne sais pas.

D'abord, je vais vous dire, mon papa avait fait la guerre de 14. Quand on était enfant, il ne se passait de jours, où il n'évoquait les souvenirs qu'il avait des tranchées. Il a été blessé à Verdun, il a connu les tranchées, il a connu la misère, il a connu la pluie, le froid... Mon père, tous les jours, il ramenait sa guerre, sa « grande guerre » sur le tapis.

Alors nous, quand les Allemands sont arrivés avec leurs chars, leurs drapeaux et leurs fanfares : on a cru que c'était la fin du monde ! Au bout de quelques jours, on a dit : « on va voir ! Et on a laissé passer tout ça... »

Entrer en Résistance c'était un sacerdoce, parce qu'il fallait sacrifier beaucoup de choses. Moi j'avais ma famille... J'étais à la campagne, je ne pouvais pas donner des renseignements très importants, mais enfin, on me demandait d'aller voir à la gare, les heures de passage des trains allemands pour les faire dérailler. Plusieurs fois !

 Sur mille Français, il n'y avait peut-être qu'un résistant. Si on disait « il y a une poignée de résistants qui vont délivrer le pays », beaucoup avaient envie de rire. Mais ceux qui étaient dans la Résistance ne riaient pas... On entendait les Allemands sur la route nationale, on entendait les chars... Les chars, des hordes, des chars par centaines qui défilaient... C'était la débâcle, la débâcle... Nos parents, nos amis avaient pris leur voiture, on avait mis les gosses dans les voitures, les draps et les couverts en argent puis on s'en allait dans le midi ! Je logeais chez le maire.

J'avais 17 ans, je remplaçais l'instituteur mobilisé. Le maire m'a dit : « mademoiselle vous êtes ici toute seule. S'il arrivait quelque chose, qu'est-ce que vous feriez ? » Je reste dans mon poste ! La classe n'est pas finie !

[...]


J'ai très peur de la guerre, pas pour nous, on en a plus rien à fiche, on a fini de vivre. Mais c'est pour vous, vous avez l'âge où ça nous est arrivé. Des fois, je me sens coupable, j'ai peut-être pas assez parlé de tout-ça à ma fille, peut-être la peur de la traumatiser... Elle sait pas que j'ai ça, je ne lui ai jamais montré, elle a 58 ans, j'ai eu peur. J'aurais dû en parler.

Une de mes peurs, c'est les bruits de bottes... L'hiver, dans le noir, qu'on frappe à la porte...

Tout le temps, je fais le même rêve... On me poursuit, je ne sais pas qui me poursuit... Je cours, je cours et il me court après... Je ne sais pas qui... Et je ne peux pas me retourner... Courir, toujours courir... Jusqu'au moment où je me réveille...

J'avais une peur terrible des alertes, j'avais 20 ans, une vraie panique... Mon père venait me chercher. Et je me mettais entre mes parents, dans la chambre de mes parents.


FIN

Version CDN/Théâtre Bouloie Besançon


Vous trouverez également en fin de fichier deux notes de travail sur le processus de création et

Le projet de formation par C. Merlant  et François Frapier


Un texte de travail 90 fragments de résistance permettant de monter divers spectacles est également disponible.

 

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