Mémo - Oedipe la légende

Publié le par Maltern

Mémo : Œdipe la légende

 

Œdipe

 

- Légende grecque devenue mythe par le sens qu’on lui a donné. Elle est née dans les traditions locales et recueillies dans les poèmes épiques. Dans l’Iliade, ch. 23. Œdipe est mort à la guerre mais il n’est ni parricide, ni incestueux, ni aveugle. Dans l’Odyssée, ch.11, Ulysse rapporte qu’il a vu aux enfers « la belle Epi­caste,- Jocaste-, mère d’Oedipe, qui dans l’ignorance de son coeur, commit un crime épouvantable en épousant son fils, Celui-ci qui avait tué son père l’épousa, mais aussitôt les dieux révélèrent ses actions aux hommes... et Epicaste descendit dans l’Hadès ayant attaché, saisie de douleur une corde à une haute poutre et laissant à son fils les innom­brables maux que font souffrir les Erinnyes d’une mère. »

 

 

 

- Le drame athénien est inspiré d’une épopée thébaine : l’Oedipodie et la Thébaide .

 

 

 

Contenu : Cadmos est le fondateur de Thèbes. Son petit-fils, Labdacos a un fils Laïos qui après la mort d’Amphion et de Zethos, les jumeaux qui ont usurpé le trône de Cadmos, devient roi de Thèbes. Il épouse Jocaste, soeur de Créon et fille de Ménécée. L’union demeurant stérile, les époux vont consulter la Pythie qui leur répond qu’un enfant naîtrait qui tuerait son père et épouserait sa mère. Pourquoi ce destin ?

 

Se­lon la Thébaïde, Laïos aurait encouru la colère d’Héra, - gardienne du mariage,- en enlevant le jeune et beau Chrysippos fils de Pélops. Quel­ques temps après Jocaste met au monde un fils. Laïos craignant l’accomplissement de l’oracle le fait expose sur le Cithéron, les deux pieds percés et attachés par des liens. Le serviteur chargé de l’exposer le remet à un berger qui le surnomme Œdipe et le remet à son maître le roi de Corinthe : Polybe époux de Mérope. Les époux adoptent Oedipe.

 

Devenu grand celui-ci entend au cours d’un banquet les corinthiens le railler et prétendre qu’il n’est qu’un enfant trouvé. Il part consulter l’oracle de Delphes qui sans lui révéler le secret de sa naissance lui annonce qu’il tuera son père et épousera sa mère. Pour échapper au destin, Œdipe décide de ne plus retourner à Corinthe. Malgré lui le destin s’accomplit : sur la route de Delphes à Daulis, à un carrefour il se querelle avec un voyageur qu’il tue. C’était son père Laïos. Quelques temps après il rencontre le Sphynx, - monstre au visage de femme, ailes d’oiseau et corps de lion.- Postée sur le mont Phicion, proche de Thèbes, elle pose des énigmes aux voyageurs et les dé­vore s’ils ne savent les résoudre. Œdipe résout la fameuse énigme de l’homme. Le Sphinx, -la Sphinx en grec se tue de désespoir ou est tuée par Oedipe.

 

Créon avait remplacé Laïos sur le trône. Il avait promis la main de Jocaste au héros qui libére­rait le pays du Sphinx. Œdipe devient ainsi l’époux de sa mère.

 

Il aura comme en­fants Etéocle, Polynice, Antigone et Ismène. Quelques années plus tard, un fléau s’abat sur Thèbes. L’oracle désigne comme cause du mal le meurtrier de Laïos et comme remède son expulsion. Œdipe enquête et découvre que c’est lui le meurtrier inces­tueux.

 

 Jocaste se pend, lui se crèves les yeux et part pour l’exil, guidé par Antigone. Arrivé à Colonne, bourg d’Athènes où règne alors Thésée il disparaît miraculeusement.

 

 

 

Thèmes de Sophocle (in Oedipe-Roi) Conflit entre l’homme et les dieux, drame de l’homme en pleine possession de son intelligence et de ses forces, et qui se heurte et sera vaincu par des puissances qui le dépassent.

 

1 ° Œdipe ou l’exigence de savoir : le devineur d’énigmes, il doit son trône de Thèbes à une exploit de l’intelligence. un idéal humain grec : alliance de l’intelligence et de l’énergie au service de la cité.

 

2 ° Œdipe et la démesure : assurance orgueilleuse, le sauveur de son peuple. sa colère démesu­rée contre le voyageur qui lui a barré la route, contre Tirésias le devin qui lui révèle la vérité, contre Créon et Jocaste quand il enquête, exaspération qui augmente en même temps qu’il cerne la vérité qui fera qu’il se crèvera les yeux.

 

3° La défaite d’Œdipe : l’intelligence et l’acharnement à découvrir la vérité le mènent à sa perte. Dévoiler le secret des dieux. Ironie tragique : mettre au service de sa propre perte toute son intelligence. Ses faits et paroles sont à double sens., lui échappent cf quand il dit de Laïos, " je le défendrai comme s’il s’agissait de mon père..."

 

Cf la scène avec le devin aveugle Tirésias où s’affrontent l’homme et les dieux : le défi " Quand t’es-tu montré un devin clairvoyant ? " Oppose la clarté de l’intelligence humaine, il a bien résolu l’énigme, - aux soi-disantes clartés divines. Raille la cécité de Tirésias qui lui répond : " Tu as des yeux, mais tu ne vois pas le mal où tu es..." La leçon des dieux... L’homme grand découvreur d’énigmes qui ne voit pas l’évidence;

 

 

 

Cf la scène invraisemblable entre Œdipe et Jocaste. Dans la même scène Jocaste raconte,

 

 

 

1 / que l’oracle a interdit à Laïos d’avoir un enfant,

 

2 / que l’enfant a été exposé pour déjouer l’ora­cle. Or le seul lien logique que fait Œdipe entre ces deux faits c’est que cet enfant est peut-être le meurtrier de Laïos. Il ne lie pas ces deux faits avec les prédictions mystérieuses que lui a faites Phoebos sur sa naissance et sa fuite loin de Corinthe. Il n’en arrive pas à l’horrible révéla­tion sur ses origines qui font de lui l’assassin de son père et l’époux de sa mère, la seule horreur qu’il puisse être le meurtrier du premier époux de sa femme, mais ne suppose pas qu’il soit son père ! L’évidence échappe à Jocaste comme à Œdipe qui triomphent même des faits qui de­vraient les troubler en inversant les faits.

 

Cf Jocaste " Laïos est tombé sous les coups de bri­gands étrangers au carrefour de trois routes...Ainsi Apollon n’a pas fait que l’enfant fut le meur­trier de son père" L’Oracle s’est donc trompé...pour elle. Thème intéressant de la logique cohé­rente mais fausse du raisonnement passionnel. Limites de la clairvoyance humaine face aux desseins des dieux. Un symbole de l’"aveuglement" : le seul clairvoyant est l’aveugle Tirésias que personne ne croit.

 

 

 

4 - La transfiguration d’Œdipe (in Œdipe à Colonne)

 

 

 

Vengeance des dieux : Œdipe maître de lui et de la cité, confiant, est conquis par le trouble. Brisé à la fin de la pièce qui est la dernière de Sophocle. On le voit prêt à partir sous la conduite de la douce Antigone. Œdipe à Colonne est le prolongement et la réponse à Oedipe-Roi, car il n’est pas mort : il lui reste une possibilité de rachat : son malheur sera la phase d’expiation nécessaire à son apothéose.

 

Il clame tout d’abord son innocence, c’est la réponse aux dieux : dans le premier épisode il dit au coryphée qui le repousse avec horreur : " Comment serais-je criminel de coeur..." Il évoque, invoque la "fatalité" de la race, sa race qui lui ôte toute responsabilité. " Tu me reproches mon parricide, mon mariage et mes malheurs, mais tout cela je l’ai subi, je ne l’ai pas voulu. Tel était le bon plaisir des dieux; sans doute poursuivaient-ils ma race d’une haine ancienne" dit-il à Créon.

 

Puisque ses prétendus crimes existaient avant sa naissance, il n’est pas responsable et criminel mais victime malheureuse. Il faut ici voir un affinement de la conscience morale : la distinction entre l’intention et l’acte.

 

Cependant, même involontairement Œdipe a dérangé un ordre du monde par soin double crime. Il doit réparer cette faute qui existe en dehors de lui et se réconcilier ainsi avec les dieux. La souffrance sera proportionnelle à la faute, sans mesure avec l’intention de celui qui l’a com­mise. C’est parce qu’il a expié selon et sans doute au-delà de ses fautes qu’il devient un être respectable et sacré. Le même oracle d’Apollon qui lui fut hostile prédit alors qu’il serait une source de prospérité pour ceux qui l’accueilleraient. C’est pourquoi Créon veut le ramener à Thèbes, même de force.

 

Il faut remarquer qu’ Œdipe n’a rien d’un héros Olympien, il garde la même fougue et maudit Créon qui pour le ramener par politique à Thèbes fait un odieux chantage lui promettant que s’il ne revient à Thèbes il lui ravira ses deux filles. Figure sauvage et terrible, il se sent le droit de jeter l’anathème. Le récit de sa mort est auréolé de merveilleux : il disparaît dans un fracas après s’être guidé seul. Valeur rédemptrice de la souffrance qui transforme le criminel en dieu.

 

 

 

Péguy ( in Les suppliantes parallèles ) " Œdipe est un promu... un homme qui au commence­ment de la tragédie était un homme comme nous, un roi, un homme ordinaire et vulgaire, et par le ministère du malheur voilà qu’il est promu à la dignité de suppliant. Il commençait comme un simple roi. Il continue par une mutation, par une promotion. Il monte, il morte, il achève comme suppliant." le sens profond de la supplication antique c’est de posséder la vraie gran­deur, celle d’un ambassadeur des dieux. Œdipe du début, grand en apparence est supplié et devient véritablement grand en suppliant.

 

Voir la ligne tragique : l’homme seul, rupture avec les dieux, punition, réconciliation et sérénité triomphante. Interprétation de Malraux (in Les voix du silence) : les modernes contre l’esprit grec voient dans le tragique oedipien l’écrasement de l’homme par les dieux, or l’affrontement fait la grandeur de l’homme... " La tragédie c’est tout d’abord la fin des grandes fatalités orienta­les; les dieux s’y occupent des hommes tout autant que les hommes s’y occupent des dieux. (...) Le peuple d’Athènes qui connaissait les thèmes tragiques, n’admirait pas en l’art qui les faisait tragédie la défaite de l’homme, mais au contraire sa reconquête, la possession du destin par le poète."

 

 

 

Mémo Chrono (l’enchaînement tragique)

 

 

 

- Laïos - Jocaste (Roi et reine de Thèbes.)

 

- Prophétie d’Apollon à Delphes

 

- Œdipe leur fils naît il est abandonné et recueilli par Polybe, Roi de Corinthe

 

- Œdipe quitte Polybe (de peur de tuer celui qu’il croit son père) et tue un voyageur au carre­four des trois route (c’est Laïos) ¨

 

- Le Sphinx vaincu par Oedipe

 

- Créon a remplacé Laïos tué il promet Jocaste au libérateur du Sphinx.

 

- Les thébains reconnaissant prennent Œdipe pour roi, il épouse Jocaste sa mère dont il aura trois enfants : Polynice, Etéocle, Ismène et Antigone.

 

- Peste à Thèbes : Créon consulte l’oracle de Delphes : quand le meurtrier sera puni le fléau cessera.

 

- Œdipe mène l’enquête : Tirésias le devin dit la vérité mais Œdipe croit qu’il divague. Jocaste raconte à Œdipe que Laïos a été tué à la croisée des chemins avec ses serviteurs dont un seul survit qui soutient que le meurtre a été accompli par des voleurs.

 

- Survient un messager de Corinthe : il annonce la mort de Polybe et révèle à Œdipe qu’il n’était pas son vrai père mais l’avait recueilli auprès d’un serviteur de Laïos.

 

- Arrive le berger en question : il confirme les paroles du messager.

 

- La vérité est faite. Jocaste se pend, Œdipe se crève les yeux, renonce au trône ainsi que son fils aîné Polynice.

 

- Créon assure la régence, Œdipe banni de Thèbes accompagné d’Antigone rejoint Colonne où règne Thésée qui le reçoit avec honneur.

Publié dans 1- Comique et Tragique

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