Doc - Autour d'Ibsen, Peer Gynt et le débat naturalisme symbolisme

Publié le par Maltern

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Sylvain Maurice est dans la dernière ligne droite de sa création du Gynt D'Ibsen que vous allez voir. Un petit dossier pour l'amont ou l'aval de la représentation.
Vous trouverez au lien ci-dessous une documentation autour d’Ibsen (1828, Skien, Norvège - 1906, Christiania) et de Peer Gynt 1876.
 
 Si l’auteur est important en lui-même (un de plus traduit et joué) il est aussi particulièrement intéressant à approcher pour comprendre les enjeux du théâtre au tournant du siècle dernier dans le débat esthétique entre naturalisme et symbolisme.

 

  

Peer Gynt connu mondialement par la musique de scène que composa Edvard Grieg (1843-1907) lui aussi norvégien, est une œuvre inclassable. Une sorte d’ OVNI dramaturgique, sans paternité ni descendance, réputé inmontable et que l’on ne cesse cependant de monter… !

   
Cordialement
 

C. Me.  

  

Autour d’Ibsen  et de Peer Gynt 1876 :    Sous WORD

 
  • Repères biographiques 
  • Peer Gynt n’était pas écrit pour la scène ! : 
  • Les personnages de Peer Gynt
  • Peer Gynt » (1867) Drame lyrique et satirique (un résumé de la fable)
  • Brand (1866) et Gynt (1667) les deux démons intérieurs d’Ibsen ?
  • Stéphane Braunschweig : Brand versus  Peer Gynt
  • Ibsen en France entre naturaliste ? symboliste ?
  • Peer Gynt l’œuvre inclassable  : [Régis Boyer, Introduction à Peer Gynt, Edition G-F, 1994]
  • Daniel Loayza. : « Peer Gynt est le poème de toutes les fuites et de tous les départs »
  • Pascale Roger : Peer Gynt : une œuvre incontrôlable
  • Antoine Vitez : Perr Gynt : le travail d’être soi…
  • Ibsen vu par Rilke : « Et ton théâtre fut ! […] découvrir parmi les choses visibles les équivalents de tes visions intérieures »
  • Claudio Magris : Ibsen, poète du malaise de la civilisation
  • Questions ouvertes et à compléter…

On demandera : pourquoi Ibsen ? (…) Je sais bien qu’Ibsen est probablement le plus traduit - après Andersen - des écrivains du Nord, il n’y a que Kierkegaard qui ait joui du même privilège, chez nous. (…) Il ne se passe pas d’année, ici, en France, à Paris, en banlieue ou en province, que diverses pièces du grand Norvégien ne soient jouées, souvent dans des mises en scène qui font date (je pense, bien entendu, à Peer Gynt) parce que révolutionnaires. (…)  Quand la constance s’installe de la sorte, il n’est plus possible de parler de mode : le Norvégien est inscrit définitivement à notre répertoire et pas celui uniquement de la Comédie-Française.

Ibsen est-il un classique ? (…) Ibsen contemporain, Ibsen actuel, Ibsen dans la problématique de la modernité - en fait, voilà plus d’un siècle que les critiques et les connaisseurs s’expriment de la sorte.
(On) a tout fait pour l’accommoder aux sauces de l’heure (et je ris souvent en pensant qu’on a voulu faire de lui, entre autres, un anarchiste !), on a prodigué les sarcasmes ou les dithyrambes, on ne cesse de proposer de nouvelles méthodes d’évaluation - et je n’entends pas tirer mon épingle du jeu en l’occurrence -, voici qu’on veut le jouer en plein air, ou revenir aux thèmes romantiques qu’il défendit parfois, ou le kafkaïser, le gombrowiczer, le becketter (révérence parler !) quelle profusion ! Et il résiste merveilleusement, il traverse toutes ces outrances ou distorsions avec une manière de flegme ou d’impavidité qui devraient bien donner à penser, tout de même !

Car il y a quelque chose qui résiste, qui défie les lieux et les temps dans cette œuvre innombrable, protéiforme et adaptable - probablement l’épithète qui compte le plus !

La comparaison avec Strindberg est devenue banale. Mais je ne suis pas sûr, sans me masquer la gratuité de ce genre de réflexions car j’espère bien me tromper ce disant, que le grand Suédois sera encore chéri des théâtres et de leur public dans un demi-siècle, il est trop en cheville avec toutes nos " psy " pour qu’il ne vieillisse pas en même temps qu’elles, et à leur rythme. Toutes sortes de présupposés sont indispensables à l’intelligence de ses pièces et, pour faire dans la grandiloquence, je ne sais vraiment pas comment la postérité réagira vis-à-vis de grandes machines comme Le Chemin de Damas ou Le Songe. Alors que je suis quasi certain que, par exemple, Une maison de poupée n’aura pas pris une ride dans un siècle. Il n’est que de voir l’étonnante série de (fausses) interprétations auxquelles cette pièce aura donné lieu depuis les origines : mère indigne, féministe du type suffragette, individualiste farouche, insatisfaite sexuelle, psychotique nymphomane inversée, puritaine qui s’ignore, non réellement, je ne sais pas quelle est la piste qui n’aura pas été ouverte - sans succès, bien entendu. Car la petite Nora avec ses macarons, la petite Nora que rêvent de jouer toutes les grandes actrices qui aient jamais existé traverse avec une souveraine sérénité les lieux et les époques. Et la conclusion est toujours la même : il faut qu’il y ait autre chose que nous ne savons pas voir.

(…) C’est que les opinions, les analyses, les comparaisons, les incursions inattendues, tout cela s’efface comme de soi devant un truisme : Ibsen doit être joué pour être correctement entendu, c’était premièrement un homme de théâtre, ce qu’il a créé, ce sont des hommes et des femmes d’une fantastique vérité à condition que nous les voyions évoluer, s’exprimer, s’engager. Je ne vois pas - ou très peu - d’autres œuvres dramatiques qui exigent à ce point d’être représentées. Vous réfléchirez, vous vous interrogerez, vous disséquerez après : d’abord, l’auteur faisait œuvre paternelle, il incarnait, il (se) reproduisait. Fort bien ! je vois tout de suite ce que le psychanalyste de service va se croire tenu d’édicter là-dessus. Prenez un contre-exemple : Brand et surtout Peer Gynt ont été conçus d’abord comme des « lesedrama », des drames à lire. Je n’ai jamais trop compris pourquoi. Ibsen avait-il conscience de violenter à ce point les règles du « bon » théâtre qu’il s’est réfugié derrière cet alibi ? Car avez-vous vu représenter Peer Gynt ? Quelle prodigieuse vérité, en dépit de l’invraisemblance de tant de scènes ou de leur exotisme baroque.

(…) Un pas de plus : dans quantité de cas, ces hommes et ces femmes ne donnent plus l’impression d’être les créatures de leur concepteur, ils sont d’une vérité et j’allais dire d’une banalité tellement évidentes que la rampe et ses feux ont disparu. (…) Des œuvres théâtrales qui gagnent à la lecture ou qui supportent indifféremment la représentation et la lecture, cela existe, dans toutes nos langues, mais Ibsen n’est pleinement lui-même que lorsqu’il est joué, je n’en démordrai pas.

(…) Après cela, dissertons savamment, alignons les exemples et les comparaisons... L’essentiel est ailleurs. Après tout, il est important de rappeler qu’Ibsen fut d’abord assistant metteur en scène, scénographe, directeur de théâtre, homme de terrain par conséquent : il aura appris son métier par la voie artisanale qui est la meilleure qui soit surtout lorsque l’on est scandinave, il n’y a donc pas à s’étonner qu’il faille l’aborder et l’apprécier premièrement par ce biais-là. Ainsi : on s’est beaucoup exprimé avec la plus grande admiration sur son art vraiment consommé du dialogue qui parvient à être d’un parfait naturel et qui « colle » si bien au propos du moment que le traducteur est toujours un peu désespéré en face d’une pareille évidence. Nous savons qu’il travaillait son langage avec un soin quasi maniaque.

Et c’est la dernière ouverture que je ferai ici : les Norvégiens sont des personnes à part dans le monde scandinave, non seulement en raison des traverses que leur aura fait subir l’Histoire, mais aussi par nature, si je puis dire. Il m’a toujours paru que leur marque distinctive était une incessante recherche de soi, une interrogation existentielle particulièrement vive. Là où les Danois s’adonnent sans retenue à l’art de conter, de raconter, là où les Suédois sont attentifs à rendre une nature qu’ils ne voient que « soulevée », comme dirait René Char, les Norvégiens ne peuvent rien faire d’autre que de poser et reposer le mystère de leur identité profonde. Et en somme, c’est peut-être là, la plus grande originalité d’Ibsen. Il est en quête de lui-même, à travers ses personnages essentiellement et du coup, les grandes questions proprement vitales qu’il n’arrête pas de poser, nous les endossons, nous les faisons nôtres, c’est nous qui sommes engagés dans ce processus de légitimation. À cet effort capital, il est clair qu’il faut un travail fondamental de représentation. De re-présentation.Vous étonnerez-vous, après cela, qu’il y ait peu d’hommes de théâtre aussi convaincants qu’Ibsen ?

[Régis Boyer, présentation du numéro Ibsen de la Revue Europe, avril 1999]


 

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