♒L'état et la culture par temps de libéralisme : quelle doctrine ?

Publié le par Maltern

 

  L'état et la culture par temps de libéralisme : quelle doctrine ?

 

[Y a-t-il ou non échec de la démocratisation culturelle ? Deux points de vue à méditer. Suite aux remous provoqués au sein du SYNDEAC par le départ de son délégué général et la démission de son conseil national), Jacques Blanc (directeur de la Scène nationale du Quartz à Brest) a écrit un article dans la rubrique « Rebonds » de Libération du 11 juillet, sous le titre : « Revendiquons nos héritages culturels » (« L’implosion au Syndeac est le symptôme du désarroi du monde culturel face à une révolution libérale aux relents populistes. »]

 

 

L’implosion au Syndeac est le symptôme du désarroi du monde culturel face à une révolution libérale aux relents populistes.

Revendiquons nos héritages culturels

 

Par Jacques Blanc

 

« Alors que s’ouvre le Festival d’Avignon, une crise sans précédent vient de faire imploser le Syndeac, syndicat des directeurs d’entreprises artistiques et culturelles, qui regroupe quelque 350 directeurs du secteur des arts vivants (théâtre, danse, musique, arts urbains, cirques.) entraînant le départ de son délégué général et la démission de son conseil national sous la pression d’une pétition signée par 80 directeurs adhérents au syndicat.

La crise porte sur le sens même du champ commun à ces professionnels des arts et de la culture et sur leur capacité d’action et de propositions face au nouveau gouvernement. En effet, plus que jamais la politique culturelle est l’un des enjeux urgents de notre société, celui de la résistance à la culture de masse et pour le nouveau ministère de la Culture celui des moyens budgétaires affectés à ce combat pour la création artistique et le partage du sens avec les citoyens.

La crise du syndicat tient aussi à l’éclatement du champ artistique contemporain car ce qui caractérise dorénavant les arts vivants, c’est la diversité des esthétiques et des processus, et la singularité de chaque projet artistique. Ce choc des singularités est en fait un stimulant pour une société que l’on voudrait de plus en plus créative face à la consommation culturelle de masse et au conformisme de ses productions. Le revers est l’accroissement des rivalités entre les ego, rivalités qui freinent un être ensemble qui se voudrait pertinent. Mais ce qui a miné aussi l’ambition culturelle d’une partie des acteurs culturels de ce pays, c’est le discours en basse continue de la plainte et de la défloration sur la culture voire d’un certain «négationnisme» quant à l’histoire du mouvement culturel de notre pays.

Non la décentralisation culturelle n’est pas un échec, elle est un succès unique en Europe qui ouvre aujourd’hui sur un paysage illimité avec de partout la naissance de festivals, de friches, de théâtres, de scènes musicales.

Non la démocratisation culturelle n’a pas échoué, elle a relativisé l’irrésistible avancée des cultures de masse tantôt en s’opposant mais aussi par des compromis, car le marché n’est pas cette organisation diabolique extérieure aux êtres que l’on nous décrit, mais il est devenu une donnée anthropologique au plus intime de chaque individu auquel nous nous adressons. Culpabiliser les artistes et les responsables culturels est devenu le thème favori d’un populisme en vogue : ce sont les élites dont les artistes feraient partie qui empêcheraient la libre expression du peuple, et les institutions seraient un obstacle à une vraie culture populaire.

Ce discours antiart et anti-institution est un classique du populisme de tout temps et de tout bord politique, il va jusqu’à «réviser» notre histoire. Le soi-disant échec de la démocratisation culturelle serait dû à Malraux qui a sacralisé les œuvres d’art, au comité de Villeurbanne en 1968 qui a revendiqué le pouvoir aux créateurs, à mai 1968 qui aurait renversé notre système de valeurs, à Jack Lang qui aurait «starisé» les artistes, etc.

Ceux qui écrivent ces noirs testaments falsifient un héritage que nous revendiquons pleinement avec ses paradoxes, ses ratages et ses tumultes. Héritage qui habite chacun de nous car nous ne nous sommes pas construits sur une «colonne absente». Aujourd’hui la révolution libérale a tout bouleversé. Nous sommes confrontés à la désymbolisation et à la désacralisation des figures traditionnelles de l’autorité et des institutions, à la fin de toutes les références et à l’assomption de l’autoréférentialité. L’individu se veut un sujet sans mémoire qui se branche et se débranche avec le fantasme d’un homme auto construit, un homme pulsionnel, «un homme sans gravité» (1). Il ne s’agit pas de prôner le retour aux systèmes de valeurs qui se sont effondrés mais de discerner ce qui disparaît et contribuer à ce qui s’invente. C’est le rôle de la création artistique.

Or il y a mutation radicale à la fois de la subjectivité et de l’existence collective et l’apparition d’une «nouvelle économie psychique», dit Charles Melman dont le moteur ne serait plus le désir mais la jouissance, nous serions sommés de jouir.

Cette sommation s’exerce au plus fort sur les arts et la culture. Ainsi si l’art change c’est bien parce que le réel a changé, et c’est du côté de nouvelles relations que l’art peut entretenir avec la vie que de nouveaux paysages sont en train de se dessiner. On ne peut tout attendre du ministère de la Culture ce serait dérisoire, mais il lui faudra une conscience claire du rôle essentiel de l’art et de la culture face au délitement de l’existence collective, et se donner les moyens d’une vraie politique. Et c’est le rôle du Syndeac d’être l’incitateur constant de cette politique.

 

(1)                            L’homme sans gravité. Jouir à tout prix. Charles Melman, Ed. Denoël

 

[Libération, Rebonds, 11 juillet 2007]


Le «Rebonds» que vous ne lirez pas dans Libé

 

Par Valérie de Saint-Do  (rédactrice à Cassandre : blog http://www.passeurs.org)

 

Si vous vous intéressez un tant soit peu à la politique culturelle, et que vous êtes lecteur de Libé (ça fait déjà beaucoup), vous ne pouvez pas manquer les «Rebonds» de Jacques Blanc.

Jacques Blanc, directeur du Quartz de Brest, scène nationale, est aux pages «Rebonds» de Libé sur la culture ce que Jack Lang est aux premières et aux vernissages.

In-con-tour-na-ble.

Une «pensée» assez, disons, caoutchouteuse lui permettant d’affirmer à peu près tout et son contraire, il donne volontiers, en matière culturelle, son avis sur tout, des intermittents au Festival d’Avignon.

Il se trouve que le dernier en date n’est pas seulement caoutchouteux, mais scandaleux.

 

(Même si les conflits internes du Syndicat des directeurs des entreprises artistiques vous semblent assez obscurs, ne vous découragez pas tout de suite, le sujet est nettement plus vaste.)

Il s’agit de l’héritage d’un service public de la culture, auquel certes on peut faire des reproches, mais sans le confisquer à son profit...

Voici donc ma réponse.

Refusée par Libé en ces termes:

 

Nous pensons que l’aspect "règlement de comptes", certes inhérent aux "réponses", le fait tomber dans les travers que vous reprochez à Jacques Blanc. Nous aurions préféré lire votre vision de l’histoire de la politique culturelle française. En effet, nous publions parfois des réponses, mais par respect pour le lecteur qui n’a pas forcément lu la tribune initiale, elles doivent se suffire à elles-mêmes.

 

Diable ! J’en appelle aux lecteurs des pages Rebonds : N’y avez jamais vous lu de controverses vives, se référant trés nettement à des tribunes parues quelques jours avant ?

 

Voici, en tout cas, l’objet du délit:

 

 

Captation d’héritage?

 

 

Dans Libération du 11 juillet, Jacques Blanc (au nom des quatre vingt directeurs d’institutions culturelles, dont il se fait le porte drapeau) revendique hautement «nos» héritages culturels, sur fond de crise au SYNDEAC (Syndicat des entreprises artistiques et culturelles).

 

De quels héritages parle-t-on? Celui de l’histoire des politiques culturelles de l’après guerre portées à la fois par des artistes pionniers et engagés et des décideurs courageux, de Vilar à Jeanne Laurent, de Malraux à Mnouchkine. Une histoire trop mal connue, peu transmise, traversée d’utopies, d’expériences, d’aventures magnifiques, des pionniers de la décentralisation théâtrale au Théâtre du Soleil. Et aussi d’impasses, d’innombrables débats, interrogations, querelles, déchirements. Une histoire que, bien évidemment, on ne saurait résumer en un article. Encore moins instrumentaliser au service du courant (minoritaire) qui s’inquiète de voir un syndicat réfléchir et remettre en question des pratiques au lieu d’être au service des seuls intérêts de ses adhérents.

 

Car, avant de dénoncer le "négationnisme" (on appréciera la nuance du mot) de ceux qui veulent interroger, aujourd’hui, le rôle et la mission des institutions culturelles, mieux vaudrait éviter de falsifier cette histoire en quelques lignes caricaturales prétendant résumer les controverses qui l’ont traversée.

 

Drapé dans la toge du défenseur consensuel de la place de l’art et de ses institutions publiques contre la culture de masse, Jacques Blanc renvoie aux poubelles du «populisme libéral » tout ceux qui s’interrogent sur la refondation d’un système que Robert Abirached décrit comme « fatigué». Tous ceux dont il prétend résumer la pensée lapidairement: « Le soi-disant échec de la démocratisation culturelle serait dû à Malraux qui a sacralisé les œuvres d’art, au comité de Villeurbanne en 1968 qui a revendiqué le pouvoir aux créateurs, à mai 1968 qui aurait renversé notre système de valeurs, à Jack Lang qui aurait «starisé» les artistes, etc.»

Bref, tous ceux qui pensent autrement que les quatre vingt directeurs d’institutions culturelles en conflit avec la direction du SYNDEAC . On pourrait se contenter de rire du grotesque de l’accusation si elle n’était scandaleuse.

 

Car ces débats, ces critiques, ces interrogations, ces contestations ont émaillé soixante ans de décentralisation culturelle. Et ce sont précisément des artistes et des militants culturels aussi éloignés du libéralisme que du populisme qui les ont portés. Dès la fondation du ministère de la Culture, la controverse entre les tenants des Beaux arts et ceux de l’éducation populaire était vive. Réduire la rencontre de Villeurbanne en 1968 au slogan "le pouvoir aux créateurs est non seulement caricatural, mais insultant pour ceux qui s’interrogeaient sur les limites de la "démocratisation", le rôle de l’institution, et ce qu’on appelait à l’époque le "non-public"...

Quant à certaines dérives des années Lang, ceux qui les ont pointées, acteurs et penseurs de l’action culturelle , s’inquiétaient précisément d’une dérive gestionnaire qu’on n’appelait pas encore libérale, et d’une "politique des créateurs" s’opérant au détriment des missions de service public (pour résumer un peu brutalement ce qui exige de multiples nuances).

 

Pourquoi donc une caricature aussi lapidaire des hérétiques? Il n’est pas difficile de déceler, sous les incantations résistantes, des enjeux beaucoup plus triviaux.

La couleur est d’ailleurs annoncée :«plus que jamais la politique culturelle est l’un des enjeux urgents de notre société, celui de la résistance à la culture de masse et pour le nouveau ministère de la Culture celui des moyens budgétaires affectés à ce combat». ( Notons que l’idée que le rôle du ministère de la Culture soit aussi d’impulser une réflexion sur les politiques culturelles et leur évaluation semble désormais désuète.) En une période de rigueur budgétaire où l’on annonce "la fin du saupoudrage des subventions culturelles"(1), il s’agit implicitement, pour ces directeurs d’institution (qui ne sont vraiment pas les soutiers ni les précaires du monde culturel, de préserver soigneusement leur part d’un gâteau réduit comme peau de chagrin. Sous l’appel vibrant à transmettre le flambeau, ne faut-il pas lire tout simplement la réclamation à garder leur part du magot?

 

Défendre les intérêts de sa maison (sa boutique ?) est légitime. Mais qu’on ne le pare pas des oripeaux d’une résistance aux ravages bien réel du libéralisme sur les cerveaux quand on ose affirmer sans rire que «le marché (...) est devenu une donnée anthropologique au plus intime de chaque individu auquel nous nous adressons !»

 

 

«Héritiers», Jacques Blanc et ses pairs le sont, sans nul doute ... au sens bourdieusien du terme.

Ils gèrent en pères de famille pépères ou en sagaces managers culturels les théâtres, centres dramatiques, scènes nationales que d’autres ont créés ou gagnés de hautes lutte. . Quant à l’héritage immatériel... ceux qui le portent et le transmettent revendiquent plutôt, avec Dubuffet, l’idée que "l’art ne nait jamais dans les lits qu’on lui prépare".

 

 


 

Faut-il encore financer le théâtre public ? Ghislain de Montalembert

 

Le Figaro : 14/12/2008

 

« Le torchon brûle entre le monde du spectacle vivant et le gouvernement. Ce dernier ne veut plus subventionner à perte des oeuvres jouées devant des salles vides. Notre enquête et, en exclusivité, le palmarès des pièces à succès du moment.

 

Un vent de fronde souffle dans les coulisses des théâtres publics. L’heure serait aux restrictions budgétaires. Les professionnels des scènes subventionnées en sont convaincus : 2008 sera une année de vaches maigres pour le spectacle vivant ! La preuve, disent-ils : les budgets alloués à la démocratisation culturelle et à la création sont en baisse (respectivement de 17,9% et de 0,6%) dans le projet de budget 2008. Et le ministère parle déjà d’une «réserve de précaution» de 6% qui serait appliquée sur ses crédits l’an prochain. En clair : l’argent ne sera débloqué que si la situation budgétaire le permet. «C’est Bercy qui s’installe Rue de Valois», s’emporte François Le Pillouër, directeur du Théâtre national de Bretagne et président du Syndeac, principale organisation représentative des entreprises subventionnées du spectacle vivant. «On veut nous imposer une logique comptable qui n’a rien à voir avec la vocation première de nos établissements», regrette pour sa part le très emblématique Didier Bezace, à la tête du Théâtre de la Commune, à Aubervilliers. «On m’a annoncé il y a une quinzaine de jours que mes crédits seraient en diminution de 4 % en 2008, témoigne-t-il. Et je ne suis pas un cas isolé. D’après ce que j’entends ici et là, les restrictions frappant les Centres dramatiques nationaux (CDN) iront l’an prochain de 3% à 6% selon les établissements. On va à la catastrophe sur le plan artistique!» En fait, voilà plusieurs semaines que le torchon brûle entre les pouvoirs publics et les professionnels du théâtre subventionné, qui promettent désormais de passer à des actions plus déterminées (des grèves ?) si leurs inquiétudes, mais aussi leur proposition de convoquer un «Grenelle de la culture» avant juin, ne trouvaient pas davantage d’écho auprès du gouvernement. «Pour l’heure, nous n’avons reçu aucune réponse», s’énerve François Le Pillouër.

 

Même si personne ne l’avoue clairement, le point de départ de cette brouille serait la lettre de cadrage adressée cet été par le chef de l’Etat à Christine Albanel. Le Président demandait notamment au ministre de la Culture «d’exiger de chaque structure subventionnée qu’elle rende des comptes de son action et de la popularité de ses interventions». La ministre était par ailleurs invitée à leur fixer des obligations de résultats. Un crime de lèse-majesté ? «Pendant des années, les crédits accordés au spectacle vivant ont fortement augmenté, explique-t-on dans l’entourage de Christine Albanel. De 2000 à 2007, ils ont progressé de 40%. On a bâti un réseau qui fonctionne, qui a permis à la création de s’exprimer et que le monde entier nous envie. En période de croissance, la rationalisation s’impose certes un peu moins comme une priorité. Mais aujourd’hui, la situation est différente. Nous devons nous interroger sur les façons de faire fonctionner le système existant avec des moyens qui ne sont plus en progression

 

Rationalisation, objectifs, résultats... Le discours a du mal à passer dans un univers habitué à privilégier la dimension artistique avant toute autre forme de contingence, notamment financière. «Je suis franchement inquiet, confie Henri Taquet, directeur du théâtre Le Granit, à Belfort. Je ne vois pas du tout comment on peut envisager de traduire la notion de projet artistique en objectif quantifié. Si c’est pour aller vers une culture de l’Audimat, ce n’est pas la peine ! Ce serait totalement antinomique avec la mission qui nous est attribuée

 

Mais quelle est-elle au juste, cette mission ? Trop élitiste, le théâtre subventionné n’irait pas assez à la rencontre des publics, disent ses détracteurs. La démocratisation culturelle, pierre angulaire de son action, serait un échec. En caricaturant, les divas qui dirigent les établissements subventionnés n’en feraient qu’à leur tête, agissant comme de véritables potentats dans certaines régions, privilégiant trop souvent les choix de programmation les plus valorisants pour eux, au mépris des désirs du public.

Quant à l’idée que le théâtre public aurait le monopole de la seule et vraie culture, les théâtres privés se contentant de proposer du bas de gamme pour remplir leurs salles, elle est largement battue en brèche dans les faits. «Le théâtre privé ne rime plus avec le théâtre de boulevard, estime Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). Certains, comme Myriam Feune de Colombi au Théâtre Montparnasse, et bien d’autres encore, démontrent que l’on peut parfaitement concilier la qualité et l’ambition de plaire au public.» Jean-Claude Camus, propriétaire du Théâtre (privé) de la Porte-Saint-Martin (et par ailleurs producteur des spectacles de Johnny Halliday), se flatte ainsi d’avoir fait un tabac lors de la saison 2006-2007, avec L’Avare (70 000 spectateurs, taux de remplissage : 78%). Et il s’apprête à mettre à l’affiche Le Cardinal d’Espagne, de Montherlant. Un pari difficile. « Quand on joue avec son argent, on fait ce qu’il faut pour que cela marche ! », lance Jean-Claude Camus. Et si les vrais risques, à la fois financiers et artistiques, étaient pris par le théâtre privé ?

 

«Nos missions n’ont absolument rien à voir, rectifie Alain Herzog, administrateur du Théâtre de la Colline. Contrairement aux théâtres privés, les établissements publics comme le nôtre n’ont pas pour mission de satisfaire une demande mais de surprendre, d’étonner, de proposer une offre nouvelle. Si nous recevons des subventions, c’est précisément parce que nous fabriquons des “produits” qui ne correspondent pas au marché. Il serait certes plus facile – et rentable – de programmer chaque année deux pièces de Feydeau, trois de Brecht et deux à trois one-man-show, mais ce n’est pas ce que l’on demande à un théâtre comme le nôtre. Alain Françon, qui dirige le Théâtre de la Colline avec talent, n’a pas été choisi pour ses qualités de gestionnaire mais parce que c’est un artiste, ajoute-t-il. La collectivité lui demande d’exprimer, avec les moyens qu’elle lui donne, sa vision du monde.» Un luxe inouï. Mais c’est aussi une grande responsabilité, comme chaque fois qu’il s’agit d’argent public.

[G. M. / 14/12/2007]

 


 

Contrats d’objectif, meilleure prise en compte de la satisfaction du public, évaluation des aides... tout ce qui devrait changer. Rationaliser la politique en faveur du spectacle vivant : tel est l’objectif du plan actuellement en cours d’élaboration au ministère de la Culture, qui devrait entrer en application dès janvier 2008. Cinq axes ont été identifiés comme prioritaires.

 

1. Créer un observatoire du spectacle vivant. Actuellement, c’est le flou total. Impossible de connaître précisément le taux de fréquentation des établissements, de mesurer le succès d’une pièce... Des informations existent, éparses. Mais ceux qui les détiennent les gardent jalousement pour eux. «Vous comprenez, on ne veut pas stigmatiser tel ou tel. Tout le monde peut se tromper...» Un peu plus de transparence ne fera sans doute pas de mal.

 

2. Engager une réflexion sur les «labels». Centres dramatiques nationaux, régionaux, théâtres subventionnés, scènes nationales... Une multitude de labels ont été créés avec, pour chacun, des règles de fonctionnement qui diffèrent, des interlocuteurs qui changent. Le ministère veut réfléchir, en partenariat avec les intéressés, à la pertinence de cette construction.

 

3. Contractualiser les obligations en 2008. C’est le point qui soulève le plus la polémique. Le gouvernement ambitionne d’évaluer plus finement la performance des structures du spectacle vivant percevant des deniers publics.«Plus que la performance, il s’agit d’évaluer des résultats selon des objectifs qui seront définis de façon contractuelle», précise-t-on au cabinet de Christine Albanel. De telles pratiques existent déjà, les théâtres nationaux étant par exemple liés à l’Etat par ce que l’on appelle un «contrat de performance», les scènes nationales par des «contrats d’objectifs et de moyens». Mais ce n’est pas le cas de toutes les scènes nationales (la moitié d’entre elles y échappent encore), ni de la plupart des autres structures subventionnées. Le gouvernement veut généraliser à tous ce type de contrats d’ici à la fin 2008, en instaurant une liste de huit critères permettant d’apprécier leur performance: taux de satisfaction des publics, nombre d’oeuvres créées, place de la création dans la programmation, équilibre financier des opérateurs, garantie de l’emploi artistique (part de la masse salariale rtistique/masse salariale totale), part de la fréquentation payante, taux de diffusion des oeuvres, importance des relations avec les établissements scolaires.

 

4. Réexaminer les aides de l’Etat en faveur de la diffusion et de la création.«Actuellement, les aides sont empilées les unes sur les autres, sans logique économique pertinente, sans grille d’évaluation des résultats. Il s’agit de remettre tout à plat, de voir ce que l’on attribue et comment», explique-t-on Rue de Valois.

 

5. Se situer dans la dimension européenne, afin que l’offre artistique française puisse être davantage montrée à l’étranger.

 


 

 

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