Henrik Ibsen « Peer Gynt » MES Sylvain Maurice : Célébration et critique d’un anti-héros

Publié le par Maltern

Henrik Ibsen « Peer Gynt » MES Sylvain Maurice : Célébration et critique d’un anti-héros

 

[Après une version pour enfants créée en 2003, Sylvain Maurice revient à Peer Gynt. Un nouveau spectacle tout public réunissant musiciens, marionnettes et comédiens.]

 

Au cœur de Peer Gynt, se situe la problématique de l’identité. Votre représentation tente-t-elle de déterminer qui est vraiment le personnage central de cette fable ?

 

Sylvain Maurice : Non, car je ne souhaite pas donner de réponse à la pièce. Je crois qu’il est beaucoup plus intéressant de s’emparer de ses thématiques - la façon dont un sujet se constitue, se construit et se déconstruit -, plutôt que d’apporter un point de vue définitif, de refermer le sens de ce texte fondé sur le paradoxe. Peer Gynt est une sorte de comédien. Il n’arrête pas de changer d’identité, de jouer à être un autre, de se raconter des mensonges, de confondre rêve et réalité. Face à cela, l’alternative est la suivante : soit il n’est jamais authentique, soit il l’est tout le temps. Cette problématique renvoie d’ailleurs autant à des aspects dramaturgiques qu’esthétiques. Car dans cette pièce, le monde est lui-même mouvant et instable, peuplé de trolls, de créatures extraordinaires. Le monde est à l’image de Peer et Peer est à l’image du monde.

 

« Un voyage sur l’imaginaire, sur le rêve, sur le théâtre... »

 

Cette épopée est donc aussi un périple fantastique…

 

S. M. : Oui. Peer Gynt n’effectue pas seulement un voyage concret, mais également un voyage sur l’imaginaire, sur le rêve, sur le théâtre... On peut ainsi célébrer ce personnage comme la figure exemplaire de l’acteur, de l’artiste qui converse avec l’imaginaire, qui fait de la réalité une illusion et de l’illusion une réalité. Mais la tragédie de ce personnage, c’est peut-être de n’exister qu’à travers les hypothèses qu’il emprunte, de ne pas être guidé par du sens, par un regard sur le monde. Et c’est la réserve que j’émettrais à son sujet, car j’ai à la fois envie de le célébrer et de le critiquer. Quand on fait du théâtre, on est placé devant le même dilemme : soit on se positionne en permanence dans une fuite en avant par le jeu, soit on cherche à défendre un point de vue, des idées…

 

Pourquoi avoir choisi d’inclure des marionnettes dans votre représentation ?

 

S. M. : Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la marionnette en soi, mais l’intégration de la marionnette dans le théâtre. J’aime mélanger les styles, différentes façons de raconter une histoire. Peer Gynt, en ne cessant de se jouer des formes, appelle d’ailleurs cela. C’est, pour moi, l’une des pièces les plus passionnantes du répertoire, une formidable machine à inventer des rêves, qui me fait penser à Fellini, à Orson Welles… Peer Gynt représente un tournant dans l’histoire du théâtre. C’est la première fois que la subjectivité d’un homme a pris corps, de cette façon, dans la forme d’un texte. Comme s’il s’agissait de la dernière pièce avant le cinéma.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

[Cf. site du CDN Sartrouville]



 

Peer Gynt, de; mise en scène de Sylvain Maurice. Du 10 au 12 avril 2008.

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