Bonal Denise [01] Les pas perdus, 2000

Publié le par Maltern

Bonal Denise [01] Les pas perdus, 2000

 

Préface

 

 

« Les départs qui déchirent le coeur », dit Rimbaud. Ce n’est pas le retour qui éclipse aussitôt le voyageur qui intéresse, non ce n’est pas le retour,

 

c’est le départ.

 Le coeur fiévreux, le sac à l’épaule, le regard figé sur ce tableau des horaires où le cliquetis argenté dévoile peu à peu la marche à suivre, on attend.
 

Passent et repassent les hommes pressés, les femmes avec leurs enfants, leurs magazines, leurs chats, leurs valises à roulettes, les bandes braillardes, les errants, les familles électriques, les fantômes du monde entier, les anonymes couleur de fumée, les fous qui parlent seuls.

Lieu des au‑revoir et des adieux, lieu aux histoires meurtries, aux déci­sions décousues, aux envols vainqueurs, lieu de toutes les souffrances, de toutes les interrogations et de tous les espoirs, lieu des larmes chaudes et des mains jointes et des serments hâtifs, lieu des derniers sourires, des paroles qu’on n’oubliera jamais et des baisers donnés pour la vie,

voici la gare

C’est elle le personnage principal, elle le sait et le fait savoir.

Voici la gare

 

qui enflamme, plombe les coeurs, déplie les ailes, qui jamais ne se lasse et jamais ne nous lasse,

voici la gare centrale

 

« Débarcadère des volontés, carrefour des inquiétudes. »

 

La gare est déserte, sous une lumière blafarde. Ils sont enlacés*.

 

ELLE.‑ Tu reviendras?

 

LUI.‑ Je reviendrai.

 

ELLE.‑ Tu m’aimeras encore?

 

LUI.‑ Je t’aimerai toujours.

 

ELLE.‑ Tu me le diras?

 

LUI.‑ Je te le dirai et le redirai.

 

ELLE.‑ Tu ne m’oublieras pas?

 

LUI.‑ Je ne t’oublierai pas.

 

ELLE.‑ Tu ne changeras pas?

 

Lui.‑ Je ne changerai pas.

 

ELLE.‑ J’ai raison d’avoir confiance?

 

LUI.‑ Tu as raison d’avoir confiance.

 

ELLE.‑ Même si tu restes longtemps?

 

Lui.‑ Même si je reste longtemps.

 

ELLE.‑ Tu m’écriras?

 

LUI.‑ Je t’écrirai.

 

ELLE.‑ Tu attendras mes lettres?

 

LUI.‑ J’attendrai tes lettres.

 

ELLE.‑ Le soir, seul dans ton lit, tu m’entoureras de tes bras?

 

LUI.‑ Le soir, dans mon lit, je t’entourerai de mes bras. ELLE.‑ J’ai mal.

 

LUI.‑ j’ai mal aussi.

 

ELLE.‑ Regarde‑moi.

 

LUI.‑ Je te regarde.

 

ELLE.‑ Ne perds pas ma photo.

 

LUI.‑ Je ne la perdrai pas.

 

ELLE.‑ Embrasse‑moi.

 

Il l’embrasse.

 

Elle pleure.

 

LUI.‑ Ne pleure pas. Tu verras dans dix ans.

Cette scène type pourrait être reprise au cours du spectacle sous des formes bilingues franco‑anglais, franco‑italien, franco‑allemand, ou en arabe...


 

AVANT‑PROPOS

 

Ce texte devrait pouvoir se lire sur trois plans différents : les scènes, les intercalaires, les images.

 

Les scènes ou tableaux

 

Ils relatent en général les petits morceaux de vie qui précèdent les séparations ou les départs. Ces instants précieux que « l’heure du train» oppresse ou fragilise. Ils disent aussi ceux qui vivent dans les gares : les nettoyeuses, les errants, les perdus.

 

Les tableaux portent tous un titre : « Les petits truands »... « Le tableau perdu »... « La nature », etc. Les personnages de ces scènes ont parfois des noms. Parfois pas. Ils sont alors appelés père, mère, fille, lui, elle...

 

Les intercalaires

 

Ce sont des passerelles qui permettent d’aller d’un « moment de vie » vers un autre sans trop de brutalité : ils aident le spectateur à changer d’écoute et les acteurs à changer d’aspect. Ils n’ont pas de noms. Ce sont les anonymes de la gare. Ceux qui « reviennent » et qui ont hâte de rentrer chez eux. Ou ceux qui passent... Ou ceux qui sont là parce qu’ils ne savent pas où aller. Et que la gare est comme le ventre maternel de la grande ville. Ceux‑là bien sûr n’ont pas de nom. On entend parfois des bribes de conversation prises à la volée.

 

Le groupe anonyme appartient à cette catégorie.

 

Les images

                                                                                                                                 

Enfin, j’ai cru bon de consigner en dernière page ce qu’on pourrait pompeuse­ment appeler une « banque d’images » : ce sont des suggestions qui peuvent en engendrer d’autres et qui donneraient au metteur en scène le désir d’appréhender la gare sous une forme irréelle, onirique.



 

LES IMAGES

 

Un jeune homme, de dos, porte une si grosse gerbe de fleurs qu’il ne voit pas celle qu’il est venu attendre... Il se retourne... S’en va lente­ment. On ne connaîtra pas son visage.

Une femme passe. Sa valise s’ouvre soudain, ses vêtements se répan­dent. Elle est toute confuse de cette sorte d’intimité répandue au sol. Elle se hâte de tout remettre en ordre. Sa valise fermée, elle s’aperçoit que la poignée est cassée. Elle repart, sa grosse valise entre les bras.

Un homme passe. De sa valise pend, comme une queue, un pan de vêtement: ceinture ou jambe de pyjama.

Une femme passe, poussant devant elle une voiture d’enfant. L’enfant crie. Elle se met à courir.

Du haut de la gare descendent lentement des grappes de valises.

Un jeune homme traverse la gare, portant une grosse valise, un balu­chon, un sac à dos, un gros carton, une panière avec un chat.

Un homme tirant cinq valises à roulettes attachées les unes aux autres. La dernière est de la taille d’une grosse boîte d’allumettes.

Un homme bute sur quelque chose qui lui fait perdre l’équilibre. Il réussit à ne pas tomber en agitant les bras devant lui. Il n’a pas com­pris. Il revient sur ses pas. Ne trouve pas l’obstacle. Rageusement, il donne un coup de pied à l’endroit où il a perdu l’équilibre.

Un jeune homme portant sur son dos un très gros édredon rouge, et à la main une cage à oiseaux.

Une mariée qui court affolée... Elle cherche ou son mari, ou son train..

 ***
 

 


 

Les petits truands

 

JO.‑ Quand tu arrives là‑bas... tu dis rien.

 

RITON.‑ Rien?

 

JO.‑ Rien. Tu dis bonjour et la suite normale... mais tu dis rien.

 

RITON.‑ Si on m’interroge?

 

JO.‑ Tu regardes ailleurs.

 

RITON.‑ Ailleurs?... c’est où ailleurs?

 

JO.‑ Tu regardes une tache sur le mur.

 

RITON.‑ Et je dis quoi en regardant?

 

JO.‑ Tu dis : « Tiens, j’avais jamais remarqué cette tache sur le mur » et les autres, ça les déroute.

 

RITON.‑ Et s’il n’y a pas de tache?

 

JO.‑ Si tu regardes bien, il y aura une tache.

 

RITON.‑ Ah! bon?

 

JO.‑ Il y a toujours une tache.

 

Passent deux scouts avec leurs fanions qui paraissent perdus. Ils cherchent leur chef.

 

RITON.‑ S’ils viennent de reblanchir les murs à la chaux?

 

JO.‑ Tu cherches la bête ou quoi? Justement, s’ils viennent de reblan­chir... ça va les intriguer. Ils vont se mettre à chercher...

 

RITON.‑ C’est vrai que...

 

JO.‑ Et toi, avec ton regard d’aigle, tu t’accroches... Exact, comme si tu la voyais, la tache...

 

RITON.‑ Grosse comment?

 

JO.‑ Comme tu veux. T’es libre.

 

RITON.‑ Ça se verra pas?

 

JO.‑ Quoi?

 

RITON ‑ Que je ne vois pas ce que je dis que je vois...

 

JO.‑ Prends un air normal.

 

RITON.‑ C’est quoi normal?

 

JO‑ Pas inquiet. Pas nerveux. Pas causant. Les mains dans les poches.

 

RITON. – comme ça ?

 

JO‑ Non! Pas comme ça! T’as les poings fermés, je parie, on dirait deux pétards.

 

RITON‑ C’est que j’ai des poings plus gros que mes poches.

 

JO.‑ Te flatte pas, tu veux.

 

RITON.‑ Et après?

 

JO. Après quoi?

 

RITON.‑ Après la tache?... Qu’est‑ce que je fais après la tache?

 

 JO ‑ Tu veux peut‑être que je te dise que pour pisser, faut sortir sa queue?

 

RITON.‑ (humble) Non...

 

JO .‑ Après, tu gardes ton air.

 

RITON.‑ C’est quoi mon air?

 

JO. -n air d’être.

 

RITON.‑ J’ai l’air d’être?

 

JO‑ (commence à perdre patience) Tout à fait!

 

RITON.‑ Je savais pas.

 

JO.‑ Tu as compris?

 

RITON.‑ Quoi ?

 

JO‑ L’ensemble?

 

RITON.‑ L’ensemble... oui... mais entre...

 

JO‑ Entre quoi?

 

RITON‑ Entre l’ensemble?

 

JO.‑ Si tu t’obstines à faire l’andouille, je me passe de toi et je téléphone à Romi.

 

RITON.‑ Non, non...

 

JO.‑ Tu parles de rien. Tout ira bien.

 

Temps...

 

RITON.‑ C’est que...

 

JO.‑ Quoi encore?

 

RITON.‑ Je n’ai pas d’argent.

 

JO‑ T’attendais quoi pour le dire?

 

RITON.‑ J’attendais rien.

 

JO.‑ (lui passe une liasse de billets) Mets ça en poche sans compter.

 

RITON.‑ Comment je saurai combien j’ai?

 

JO. Quand t’auras plus rien.

 

RITON.‑ Et quand j’aurai plus rien, je...

 

JO.- Maintenant tu la fermes !

 

Temps...

 

RITON.‑ Je resterai combien de temps?

 

JO‑ (qui pense déjà à autre chose) Où?

 

RITON.‑ Devant la tache?

 

JO. Le temps qu’il faudra.

 

RITON‑ Je m’en apercevrai?

 

JO‑ De quoi?

 

RITON.‑ Du temps qu’il faudra.

 

Arrive essoufflé ‑ devant le tableau d’affichage ‑ un couple. ELLE.‑ On l’a raté.

 

LUI.‑ Oui, on l’a raté.

 

ELLE.‑ Avec toi, j’ai toujours raté les trains.

 

LUI.‑ Et avec les autres?

 

ELLE.‑ On partait la veille.

 

 

 

Ils s’en vont. Voix de la gare annonçant l’entrée en gare d’un train. On le suppose, car on ne comprend pas grand‑chose. Heureusement, le texte est repris en italien.

 

 

 

RITON.‑ Et après?

 

JO.- Après ?

 

RITON.‑ Après tout?

 

JO‑ On verra.

 

RITON.‑ Moi aussi je verrai?

 

JO‑ (menaçant) Arrête tes questions foireuses. Tu verras, c’est clair?

 

RITON.‑ (heureux) Oui, si c’est clair, je verrai.

 

JO.‑ (regardant le tableau) Quai numéro 6 (lui donne son titre de transport) voiture 4, place 12.

 

RITON.‑ (compte) 6 et 4... et j’ajoute 12. Ah! Ça c’est bien!

 

JO‑ Pourquoi?

 

RITON.‑ Ça me plaît beaucoup. Parce que ça fait 22, juste l’âge que j’au­rai quand je reviendrai.

 

JO.‑ (le regard étonné) Parce que tu sais quand tu reviendras? RITON.‑ Non... (décontenancé) mais je sais l’âge que je vais avoir.

 

JO.‑ Allez, va t’asseoir.

 

RITON.‑ Faudra pas que je change de place.

 

JO.‑ Pourquoi?

 

RITON.‑ (malin) Parce que j’aurai pas le même âge!...

 

JO.‑ Ça va... ça va... arrête de faire le mariole. Et regarde le paysage.

 

RITON.‑ Il fait nuit.

 

JO.‑ Et alors? Quand il fait nuit, le paysage il n’existe plus?

 

Jo donne une tape sur l’épaule à Riton et s’éloigne. Riton réfléchit, puis rejoint rapidement Jo qui sursaute.

 

Tu m’as fait peur, connard... qu’est‑ce qu’il te faut encore? RITON‑ J’aurai pas besoin de dire la couleur de la tache?

 

Jo a un geste de menace qui fait s’en aller Riton.

 

[ 14-16]

 

 

 

La femme âgée

 

 

 

Elle descend du train... elle arrive portant une grosse valise, s’arrête, regard autour d’elle : où sont‑ils ceux qui devaient l’attendre? Or, la grande gare ‘une ville, c’est vraiment très grand. C’est même inquiétant.

 

 

 

LA FEMME ÂGÉE.‑ Ils avaient bien dit qu’ils viendraient m’attendre (regarde encore...) Le train de 11 heures et demie qui arrive en gare 17h32 c’est bien le mien puisque je l’ai pris et que je suis là... (dépose sa valise... la regarde comme si elle allait s’asseoir) Non!... il vaut mieux que je reste debout... visible de partout... mais tous ces militaires, la mitraillette entre les cuisses... qu’est‑ce qui se passe? Ça serait encore une guerre? On monte dans un train c’est la paix, on en descend c’est la guerre?... Il ne s’agit pas d’être sans papiers (elle cherche fébrilement dans son sac) Ma carte d’identité... Ah! la voilà!... Ah! Seigneur, j’avais pas regardé la photo qu’on m’a prise!... Ah! je savais pas que j’avais été si loin... J’ai plus que carrément vieilli! On dirait ma mère... On dirait même ma grand‑mère... Heureusement qu’on n’est pas là toutes les trois ensemble... ça ferait peur ! (nouveau regard à la photo) À la campagne, avec le vent, ça passe encore, mais ici complètement à l’arrêt! J’ai tellement changé qu’ils ont pu passer à côté de moi sans que je les reconnaisse!...

 

 

 

Passe un jeune homme la jambe plâtrée.

 

 

 

Il y a déjà des blessés! Qu’est‑ce que je deviens moi dans une ville où je vois bien que tout le monde s’enfuit?

 

 

 

Nouveau regard à sa carte avant de la remettre dans son sac.

 

 

 

«Amélie Delmotte », c’est bien moi, puisque c’est mon nom. J’ai beau avoir un nom, s’ils ne viennent pas me chercher, je suis comme si je n’étais personne. Il devrait y avoir des consignes où l’on viendrait prendre les gens perdus en gare.

 

 

 

Le haut‑parleur de la gare...

 

 

 

Si on voyait la tête qui parle, ça serait quand même plus pratique. J’ai pas compris un mot! Pas un mot d’orthographe!

 

De nouveau le haut‑parleur.

 

 

 

Pareil. Pas d’amélioration. Si c’est un message pour moi ou pour la guerre qui commence, je peux mourir ici, sans rien savoir... (regarde sa valise) Tant pis! (elle s’assied) Debout et immobile, je finirai par me faire remarquer. Il n’y a rien qui intrigue autant que quelqu’un qui fait rien sans en avoir l’air.

 

 

 

Un homme s’arrête devant elle et lui demande un renseignement dans une langue étrangère (allemand, comme par hasard ?) Elle écarte les bras tout grand pour dire son impuissance. Il la salue et s’éloigne.

 

 

 

On est déjà occupés!... Et moi assise sur ma valise avec des confitures d’abricot dedans!

 

 

 

Intercalaire

 

 

 

 

 

ELLE.‑ Mon amour... tu es revenu!

 

 

 

Lui.‑ Tu vas voir, maintenant tout va être facile.

 

 

 

Dis à ta tante

 

 

 

 

 

MÈRE.‑ Dis à ta tante que nous ferons tout notre possible pour aller la voir à Noël.

 

FILLE.‑ C’est quoi « tout notre possible » ? Ça passe par où le possible ? Vous y allez ou vous n’y allez pas. C’est tout.

 

MÈRE.‑ On ne sait jamais: un imprévu.

 

FILLE.‑ Un imprévu de quoi?

 

MÈRE.‑ Un imprévu de maladie... ton père.

 

FILLE.‑ Pourquoi il tomberait dans un imprévu mon père, et juste à Noël?

 

MÈRE.‑ Il a vieilli ces derniers temps.

 

FILLE.‑ Toi aussi tu as vieilli.

 

MÈRE.‑ Le voilà qui devient tendre.

 

FILLE.‑ Et alors?

 

MÈRE.‑ Ce n’est pas dans sa nature... comme s’il redoutait quelque chose.

 

FILLE.‑ C’est quoi « tendre»?

 

MÈRE.‑ Avant de s’endormir, il pose sa main sur mon épaule. FILLE.‑ Il va très bien. Il s’est remis au sport.

 

MÈRE.‑ C’est pour ça. Le sport le fatigue.

 

FILLE.‑ Il n’a jamais eu aussi bonne mine.

 

MÈRE.‑ J’en ai connu des bonnes mines qui mouraient tout d’un coup sans dire un mot.

 

FILLE.‑ Tous les matins, il fait le tour du bloc en courant. MÈRE.‑ C’est pour faire courir le chien.

 

FILLE.‑ C’est très bien. Ils sont contents tous les deux.

 

MÈRE.‑ Le chien a quatre pattes. Ton père n’en a que deux. FILLE.‑ Dis‑lui de courir à quatre pattes.

 

MÈRE.‑ Chez toi, ce n’est pas le respect qui... d’ailleurs ce chien, je vais m’en séparer.

 

FILLE.‑ Si tu fais cela, tu me revois plus.

 

MÈRE.‑ T’aimes plus le chien que ton père.

 

FILLE.‑ On essaie de ne pas dire toutes les conneries le même jour?

 

MÈRE.‑ À qui tu parles?

 

FILLE.‑ À la Joconde.

 

MÈRE.‑ Tu as pris ta boîte de fortifiants?

 

FILLE.‑ Oui.

 

MÈRE.‑ Tu ne les oublies pas?

 

FILLE. - Je ne peux pas les oublier puisque je‑les‑ai‑pris!.­

 

MÈRE.­ - Je veux dire... là‑bas... tu...

 

FILLE. - Là‑bas, je les foutrai dans la fosse à purin...

 

­MÈRE. -. Et tes livres?

 

­FILLE. - Tu me lâches un peu?

 

­MÈRE. - Je me préoccupe de toi.

 

­FILLE.­ - Je me préoccupe toute seule.

 

Temps.

 

MÈRE.‑ Tu feras sans doute des promenades avec ta cousine? FILLE.‑ Des promenades. Des randonnées. Des excursions. Des balades. Des flâneries. Des escalades.

 

MÈRE.‑ (s’efforçant de rire) Tu exagères toujours!

 

FILLE.‑ Et à propos, il paraît que le nouveau curé a un look d’enfer! Ça promet!

 

MÈRE.‑ Ça promet quoi?

 

FILLE.‑ Un curé aussi ça s’escalade!

 

MÈRE.‑ Tu me fais honte, Brigitte.

 

FILLE.‑ Fallait avorter.

 

MÈRE.‑ (elle n’en peut plus) Bon, je te laisse... Au revoir, Brigitte!

 

FILLE.‑ Oh! Ne fais pas la tête de celle qui va s’embarquer sur le Titanic en ayant déjà vu le film!

 

MÈRE.‑ Je ne comprends rien de ce que tu dis.

 

FILLE.‑ On ira le voir sous‑titré.

 

On entend des cris au loin...

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