Claire Dehove : Qu’est-ce que la scénographie ? ENSATT

Publié le par M

Claire Dehove : Qu’est-ce que la scénographie ?

 

 « La scénographie est une pratique artistique dont le théâtre constitue l’ancrage historique et fondateur.

 

C’est une écriture de l’espace qui varie en fonction des différents contextes auxquels elle s’articule.

 

La scénographie se caractérise par un processus de travail comprenant la conception et la mise en oeuvre des espaces relatifs à la représentation et à la présentation en présence du public.

 
 
 

L’objet de la scénographie pour le théâtre est de configurer l’espace de la représentation et d’en régler la tempo-ralité avec la mise en scène. Le premier questionnement auquel le scénographe est confronté concerne le rapport qui doit exister entre public et espace de jeu. L’histoire de ce rapport est en évolution constante. Fréquemment, les lieux de représentation « à l’italienne » imposent une frontière entre spectateurs et acteurs. La transgression des règles architecturales qui ont présidé à la conception initiale de ces lieux, consiste, en général, à remodeler l’espace du plateau afin de donner au spectacle son cadre spécifique. On peut ainsi étendre l’espace de jeu vers le public et même placer celui-ci sur la scène. Les salles polyvalentes, modulables, ou les lieux récupérés, offrent évidemment la liberté de sortir du rapport frontal en créant des dispositifs qui dispersent le public en diverses configurations.              

 
 

La gestion du regard, des points de vue et quelques fois de la circulation des spectateurs, le réglage du degré de proximité avec le jeu et enfin la qualité de l’écoute, sont pensés en relation à l’organisation des espaces de la scène et compte tenu de leurs évolutions au cours du spectacle. Les dispositifs scénographiques doivent en effet rendre les espaces actifs. En tant que lieux d’expériences, ils doivent générer de multiples perceptions chez le spectateur.

 
 

En ce qui concerne la création du lieu scénique proprement dit, la scénographie matérialise le découpage de l’espace et du temps de l’action envisagé par la mise en scène, selon les choix dramaturgiques et compte tenu des contraintes de la régie.

 

Au-delà de la pure fonctionnalité des dispositifs pour le jeu des acteurs, la scénographie confère à la scène sa valeur esthétique et poétique. Tout dispositif scénique peut en effet s’augmenter d’images, d’objets, de signes au fur et à mesure que le projet de mise en scène s’élabore, mais il ne prend véritablement son sens que lors de son activation par les acteurs et en la présence d’un public.

 
 

Le scénographe doit penser les transformations progressives de son dispositif scénique, ainsi que les transitions entre les registres et les éléments hétérogènes. Le scénographe travaille donc de plain-pied avec l’équipe engagée dans le projet, afin d’articuler les composantes scéniques (présence et déplacement des acteurs, statisme ou mou-vement des éléments scéniques, lumière, son, costumes, éventuellement image projetée, etc.). Le « décor » n’est en fait qu’un aspect - celui lié à l’image cadrée - à l’intérieur du dispositif, celui-ci pouvant également jouer sur la simulation de hors-champs imaginaires.

 
 

Le processus qui mène à la création d’une scénographie pour le théâtre passe par différentes approches analyti-ques du texte : son contenu, sa structure syntaxique, sa matière langagière, son rythme. La logique de cette cons-truction permet non seulement de déceler la multiplicité de sens qui circule dans le texte, mais aussi d’en établir la « cartographie », en d’autres termes, d’en faire une traduction spatiale. Ces outils s’additionnent aux indices que le texte livre sur les questions spatiales et temporelles ainsi qu’aux images qu’il évoque. Enfin, c’est en considérant également ses ellipses, ses « trous », ce que le texte ne dit pas, que le scénographe proposera à la mise en scène l’espace le plus juste.

 
 

Dans le domaine de la danse, le scénographe part davantage de la matière corporelle en mouvement, de ses rythmes, de ses déploiements qu’il va, selon le projet chorégraphique, accompagner, libérer, contraindre. Il va lui proposer des axes, des plans, des matières. C’est dans ce domaine que la scénographie se sert le plus de la lu-mière comme un outil d’architecture et de plasticité de la scène.

 
 

De plus, le scénographe doit intégrer la conception des costumes de scène dans son projet. Il peut, le cas échéant, en assumer personnellement la création.

 
 

Suivant le dosage et l’articulation de tous les paramètres actifs pendant la représentation, celle-ci se soumet à des régimes variables qui vont faire surgir différentes intensités et dont va découler sa cohérence.

 
 

Le rôle de la scénographie est aussi, aujourd’hui, de savoir comment s’importent plastiquement sur scène les pratiques du cinéma, de la vidéo et du virtuel, comment s’interpénètrent les emprunts au cirque, à la danse, aux arts plastiques, à l’architecture, etc.

 
 

On voit bien, de ce fait, que ces compétences peuvent facilement s’exporter hors les limites d’un plateau. Les lieux urbains et paysagers, les lieux socialisés, quels qu’ils soient, peuvent être perçus scéniquement si l’on sait les lire, en repérer les spécificités architecturales, lumineuses, acoustiques, relationnelles. C’est pourquoi au-delà du théâtre, le champ des pratiques de la scénographie concerne les arts de la rue, l’exposition, la muséographie, l’événementiel et le cinéma. »

 
 

[Claire Dehove, coordonnatrice du Département Scénographie ENSATT, site net 2006]

 

 

 

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