Léon Gischia 1903-1991 : Il crée le style TNP avec Vilar. Scénographie, costumes, lumières forment un « appareil décoratif » indivisible.

Publié le par M

Léon Gischia 1903-1991 : Il crée le style TNP avec Vilar. Scénographie, costumes, lumières forment un « appareil décoratif » indivisible.

 

[Peintre non figuratif de la nouvelle école de Paris, Gischia collabore avec Vilar dès 1945 dans une trentaine de pièces. Il définit l’esthétique scénique en osmose avec le metteur en scène, au festival d’Avignon, mais aussi au TNP de la grande salle de Chaillot et marque un « style TNP » éloigné de tout naturalisme. Esthétique du plateau nu et du fond neutre il compose l’espace en combinant formes, couleurs et éclairages, et traite le costume comme le simple accessoire comme un élément d’un tout qui vise à clarifier les tensions internes du drame. « Un arbre pour la forêt […]; une colonne pour le temple; un fauteuil pour la salle du trône (avec, peut-être, un bout de tissu dessus); un mobile de Calder, noir et argent, pour l'orage… C'est cela le véritable décor. […] Il ne saurait s'agir pour le peintre de théâtre d'habiller un dispositif donné et de l'éclairer plus ou moins heureusement – mais bien de concevoir dans son ensemble un appareil décoratif tel que les éléments constituent une entité indivisible et acquièrent la rigueur et l'unité qui, seules, justifient le passage de l'œuvre écrite à l'œuvre représentée. [1]  »Il « éclaire le texte » au propre et au figuré et refuse la division des  tâches entre scénographie, costume, éclairage. Une esthétique dépouillée mais où tout est signifiant : l’objectif qu’il partage avec Vilar : « redonner au théâtre son état de cérémonie qui créera l'état de grâce qui, je crois, est à la base du théâtre ». » Un objectif qui rejoint pleinement les aspirations artistiques et sociales de Vilar.]

 

 

 

 

 

« Son importance [la couleur] est en effet très grande. Un manteau d’une certaine couleur jeté sur un fauteuil peut exprimer quantité de choses à la fois plastiquement et même psychologiquement. C’est là que décor et mise en scène se rejoignent. un dra­peau du Prince de Hambourg est essentiel au même titre qu’un costume et explique plastiquement ce que le texte m’a inspiré. [...] Les oriflammes de Lorenzaccio permet­tent de situer la pièce dans une certaine atmosphère. Mais il s’agit d’avantage de redonner au théâtre son aspect de cérémonie qui créera l’état de grâce qui, je crois est à la base du théâtre. et cela est plus important que le réalisme ou le non réa­lisme, qui ne sont que des moyens... L’auvent du marchand drapier suggère toute une foire ; un fauteuil ne doit pas être un objet, mais pour ainsi dire le signe de l’objet, un trône au théâtre ne doit pas être un vrai trône, mais donner l’idée du trône. Ces éléments jouent par rapport au comédien. Une fois de plus il ne doit rien avoir de gratuit. […] La couleur et la lumière rendent lisibles le personnage, malgré la grande distance du public. La couleur souligne la psychologie du personnage et il y a également une intégration à la couleur du drame. La lumière n’éclaire pas l’espace seulement, elle le crée : un seul faisceau, c’est la prison de Richard, plusieurs taches sur le sol, c’est la forêt de Don Juan. De plus la lumière concentre l’attention du spectateur sur l’action dramatique, ses foyers, son rythme. »

 


[1] [Lettre à Jean Lescure, in Jean Lescure, Editions Proverbe, 2000, p. 26]

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