Mémo_03 - La déclamation tragique un code de jeu historiquement daté

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Mémo_03 - La déclamation tragique un code de jeu historiquement daté

 

Cicéron  la recueille  des grecs. C’est une part de la rhétorique qui relève de la pronunciatio. On enseigne à l'orateur, avocat le plus souvent, à se servir efficacement de sa voix en s’adaptant à la forme et au style du discours, à la nature du public à convaincre et au but à atteindre.
 

Les tragédiens grecs et romains travaillent les vers ou la prose élevée par des exercices (poser sa voix, scander…) dirigés par musicien au son d’un instrument. Hypothèse d’un accompagnement de la main qui bat la mesure (?) Il s’agit de maîtriser le timbre, l'intensité et le débit que l’on module de la voix, à la moduler suivant les mouvements de l'âme, à respecter ou bien placer la ponctuation, à « déblayer » c'est-à-dire à accélérer en cas d’énumération ou a amplifier le rythme.

 

Les comédiens amateurs du moyen age s’entraînent à dire le vers. Les petit vers, (octosyllabes) donnent l’impression du halètement et de la souffrance, les longs celle de noblesse et gravité.

 

1548 : le Parlement de Paris interdit les mystères, car « les joueurs sont [...] artisans mécaniques [...] qui n'ont ni langue diserte, ni langage propre, ni les accents de prononciation décente, ni l'intelligence de ce qu'ils disent ». Les acteurs professionnels jouent donc dans un nouveau genre né de l’interdit : la tragédie humaniste en français (et non plus le mystère en vieux français)

 

Le comédien, éclairé aux chandelles c’est-à-dire mal éclairé, et interdit de mouvement naturels vient « donner le vers » à l’avant-scène et face public ! La déclamation  prononce les « r », allonge les syllabes, martèle les césures l’effet est grandiloquent, cadencé et artificiel… au point que le mot déclamation devient péjoratif vers 1664.

 

Au 18ème, La Clairon puis Lekain adaptent la diction à la passion du personnage. Il faut « éviter de trop saccader la diction ». Souci de réalisme encouragé par Diderot. Cette recherche de l’authentique triomphe à l’époque romantique. En 1823 Talma lance que « déclamer, c'est parler avec emphase, donc l'art de la déclamation est l'art de parler comme on ne parle pas » !

 

Sarah Bernhardt fait cependant encore vibrer les « r » et conseille d’avoir un souffle sur 4 vers et ou 26 mots au moins. Le vers reste « musical ».

 

A partir d’Artaud se fait jour une tendance à ancrer la voix dans le corps, à lui donner une valeur expressive le texte est parfois proféré, sans aucune censure, le cri n’est pas banni : la déclamation semble comique ou anachronique.

 

« Il ne s'agit pas de pousser à temps et sans contretemps le ah !

 

Du valet de Molière dans la classe d'André Brunot

 

Il s'agira d'ouvrir la bouche de telle sorte et autant de fois qu'il faut pour que le « ah » !

 

qui dormait sous le coccyx

 

Sache vertigineusement gagner les étages reculés de la luette »

[Artaud]

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