DOC_03 - Parler sur les planches… modes et codes

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DOC_03 - Parler sur les planches… modes et codes 

 
Texte 1 François-Joseph Talma (1763-1826) le mot déclamation ne convient pas : déclamer c’est parler comme on ne parle pas. [in Mémoires dramatiques ]

 

 
« C’est peut-être ici le lieu de relever l’impropriété du mot déclamation dont on se sert pour exprimer l’art du comédien. Ce terme, qui semble désigner autre chose que le débit naturel, qui porte avec lui l’idée d’une certaine énonciation de conven­tion, et dont l’emploi remonte probablement à l’époque où la tragédie était en effet chantée, a souvent donné une fausse direction aux études des jeunes acteurs. En effet, déclamer, c’est parler avec emphase, donc l’art de la déclamation est de parler comme on ne parle pas. D’ailleurs, il me parait bizarre d’employer, pour désigner un art, un terme dont on se sert en même temps pour en faire la critique. Je serais fort embarrassé d’y substituer une expression plus convenable.

 Jouer la tragédie donne plutôt l’idée d’un amusement que d’un art ; dire la tragédie, me paraît une locution froide, et me semble n’exprimer que le simple débit sans action. Les Anglais se servent de plusieurs termes qui rendent mieux l’idée to perform tragedy, exécuter la tragédie, to act a part, agir un rôle. Nous avons bien le substantif acteur, mais nous n’avons pas le verbe qui devrait rendre l’idée de mettre en action, agir. »
 

 

 Texte 2 Voltaire 1694-1778 : Les comédiens des tragédies dont l’amour est le ressort ne savent plus déclamer et récitent les vers comme de la prose. Les tragédies sont devenues des conversations galantes ! 1748 
 « Il faut convenir que d’environ quatre cent tragédies qu’on a données au théâtre, depuis qu’il est en possession de quelque gloire en France, il n’y en a pas dix ou douze qui ne soient fondées sur une intrigue d’amour, plus propre à la comédie qu’au genre tragique.
 

[…] La plupart de ces pièces ressemblent si fort à des comédies, que les acteurs étaient parvenus, depuis quelque temps, à les réciter du ton dont ils jouent les pièces qu’on appelle du haut comique ; ils ont par là contribué à dégrader encore la Tragédie : la pompe & la magnificence de la déclamation ont été mise en oubli. On s’est piqué de réciter des vers comme de la prose, on n’a pas considéré qu’un langage au-dessus du langage ordinaire, doit être débité un ton au-dessus du ton familier. Et si quelques acteurs ne s’étaient heureusement corrigé de ces défauts, la tragédie ne serait bientôt, parmi nous, qu’une suite de conversations galantes, froidement récitées : aussi, n’y a-t-il pas encore longtemps que parmi les acteurs de toutes les troupes, les principaux rôles de la tragédie, n’étaient connus que sous le nom de l’amoureux & de l’amoureuse. Si un étranger avait demandé dans Athènes : Quel est votre meilleur acteur pour les amoureux dans Iphigénie, dans Hécube, dans les Héraclides, dans Œdipe & dans Électre ? On n’aurait pas même compris le sens d’une telle demande. »

 [Voltaire, Dissertation sur la Tragédie, 1748, Préface de Sémiramis, dédiée au Cardinal Querini, Evêque de Brescia et Bibliothécaire du Vatican]

 

 

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