TEA_03 - par lui-même : chef de troupe, comédien et metteur en scène au travail. L'impromptu de Versailles A.I, sc 1

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TEA_04 - Molière par lui-même : Chef de troupe, comédien, metteur en scèn au travail l'’impromptu de Versailles, Acte I, Sc 1, 1663


Scène I


MOLIÈRE, BRÉCOURT, LA GRANGE, DU CROISY, MADEMOISELLE DU PARC, MADEMOISELLE DE BRIE, MADEMOISELLE MOLIÈRE, MADEMOISELLE HERVÉ, MADEMOISELLE DU CROISY.
 

 

 

« MOLIÈRE : Allons donc, Messieurs et Mesdames, vous moquez-vous avec votre longueur, et ne voulez-vous pas tous venir ici ? La peste soit des gens ! Holà ho ! Monsieur de Brécourt !

 

 

 

BRÉCOURT : Quoi ?

 

 

 

MOLIÈRE : Monsieur de la Grange !

 

 

 

LA GRANGE : Qu’est-ce ?

 

 

 

MOLIÈRE : Monsieur du Croisy !

 

 

 

DU CROISY : Plaît-il ?

 

 

 

MOLIÈRE : Mademoiselle du Parc !

 

 

 

MADEMOISELLE DU PARC : Hé bien ?

 

 

 

MOLIÈRE : Mademoiselle Béjart !

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Qu’y a-t-il ?

 

 

 

MOLIÈRE : Mademoiselle de Brie !

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : Que veut-on ?

 

 

 

MOLIÈRE : Mademoiselle du Croisy !

 

 

 

MADEMOISELLE DU CROISY : Qu’est-ce que c’est ?

 

 

 

MOLIÈRE : Mademoiselle Hervé !

 

 

 

MADEMOISELLE HERVÉ : On y va.

 

 

 

MOLIÈRE : Je crois que je deviendrai fou avec tous ces gens-ci. Eh têtebleu ! Messieurs, me voulez-vous faire enrager aujourd’hui ?

 

 

 

BRÉCOURT : Que voulez-vous qu’on fasse ? Nous ne savons pas nos rôles ; et c’est nous faire enrager vous-même, que de nous obliger à jouer de la sorte.

 

 

 

MOLIÈRE : Ah ! les étranges animaux à conduire que des comédiens !

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Eh bien, nous voilà. Que prétendez-vous faire ?

 

 

 

MADEMOISELLE DU PARC : Quelle est votre pensée ?

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : De quoi est-il question ?

 

 

 

MOLIÈRE : De grâce, mettons-nous ici ; et puisque nous voilà tous habillés, et que le Roi ne doit venir de deux heures, employons ce temps à répéter notre affaire et voir la manière dont il faut jouer les choses.

 

 

 

LA GRANGE : Le moyen de jouer ce qu’on ne sait pas ?

 

 

 

MADEMOISELLE DU PARC : Pour moi, je vous déclare que je ne me souviens pas d’un mot de mon personnage.

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : Je sais bien qu’il me faudra souffler le mien d’un bout à l’autre.

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Et moi, je me prépare fort à tenir mon rôle à la main.

 

 

 

MADEMOISELLE MOLIÈRE : Et moi aussi.

 

 

 

MADEMOISELLE HERVÉ : Pour moi, je n’ai pas grand’chose à dire.

 

 

 

MADEMOISELLE DU CROISY : Ni moi non plus ; mais avec cela je ne répondrais pas de ne point manquer.

 

 

 

DU CROISY : J’en voudrais être quitte pour dix pistoles.

 

 

 

BRÉCOURT : Et moi, pour vingt bons coups de fouet, je vous assure.

 

 

 

MOLIÈRE : Vous voilà tous bien malades, d’avoir un méchant rôle à jouer, et que feriez-vous donc si vous étiez en ma place ?

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Qui, vous ? Vous n’êtes pas à plaindre ; car, ayant fait la pièce, vous n’avez pas peur d’y manquer.

 

 

 

MOLIÈRE : Et n’ai-je à craindre que le manquement de mémoire ? Ne comptez-vous pour rien l’inquiétude d’un succès qui ne regarde que moi seul ? Et pensez-vous que ce soit Une petite affaire que d’exposer quelque chose de comique devant une assemblée comme celle-ci, que d’entreprendre de faire rire des personnes qui nous impriment le respect et ne rient que quand ils veulent ? Est-il auteur qui ne doive trembler lorsqu’il en vient à cette épreuve ? Et n’est-ce pas à moi de dire que je voudrais en être quitte pour toutes les choses du monde ?

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Si cela vous faisait trembler, vous prendriez mieux vos précautions, et n’auriez pas entrepris en huit jours ce que vous avez fait.

 

 

 

MOLIÈRE : Le moyen de m’en défendre, quand un roi me l’a commandé ?

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Le moyen ? Une respectueuse excuse fondée sur l’impossibilité de la chose, dans le peu de temps qu’on vous donne ; et tout autre, en votre place, ménagerait mieux sa réputation, et se serait bien gardé de se commettre comme vous faites. Où en serez-vous, je vous prie, si l’affaire réussit mal ? et quel avantage pensez-vous qu’en prendront tous vos ennemis ?

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : En effet ; il fallait s’excuser avec respect envers le Roi, ou demander du temps davantage.

 

 

 

MOLIÈRE : Mon Dieu, Mademoiselle, les rois n’aiment rien tant qu’une prompte obéissance, et ne se plaisent point du tout à trouver des obstacles. Les choses ne sont bonnes que dans le temps qu’ils les souhaitent ; et leur en vouloir reculer le divertissement, est en ôter pour eux toute la grâce. Ils veulent des plaisirs qui ne se fassent point attendre ; et les moins préparés leur sont toujours les plus agréables. Nous ne devons jamais nous regarder dans ce qu’ils désirent de nous : nous ne sommes que pour leur plaire ; et lorsqu’ils nous ordonnent quelque chose, c’est à nous à profiter vite de l’envie où ils sont. Il vaut mieux s’acquitter mal de ce qu’ils nous demandent, que de ne s’en acquitter pas assez tôt ; et si l’on a la honte de n’avoir pas bien réussi, on a toujours la gloire d’avoir obéi vite à leurs commandements. Mais songeons à répéter, s’il vous plaît.

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Comment prétendez-vous que nous fassions, si nous ne savons pas nos rôles ?

 

 

 

MOLIÈRE : Vous les saurez, vous dis-je ; et quand même vous ne les sauriez pas tout à fait, pouvez-vous pas y suppléer de votre esprit, puisque c’est de la prose, et que vous savez votre sujet?

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Je suis votre servante : la prose est pis encore que les vers.

 

 

 

MADEMOISELLE MOLIÈRE : Voulez-vous que je vous dise ? vous deviez faire une comédie où vous auriez joué tout seul.

 

 

 

MOLIÈRE : Taisez-vous, ma femme, vous êtes une bête.

 

 

 

MADEMOISELLE MOLIÈRE : Grand merci, Monsieur mon mari. Voilà ce que c’est : le mariage change bien les gens, et vous ne m’auriez pas dit cela il y a dix-huit mois.

 

 

 

MOLIÈRE : Taisez-vous, je vous prie.

 

 

 

MADEMOISELLE MOLIÈRE : C’est une chose étrange qu’une petite cérémonie soit capable de nous ôter toutes nos belles qualités, et qu’un mari et un galant regardent la même personne avec des yeux si différents.

 

 

 

MOLIÈRE : Que de discours !

 

 

 

MADEMOISELLE MOLIÈRE : Ma foi, si je faisais une comédie, je la ferais sur ce sujet. Je justifierais les femmes de bien des choses dont on les accuse ; et je ferais craindre aux maris la différence qu’il y a de leurs manières brusques aux civilités des galants.

 

 

 

MOLIÈRE : Ahy ! laissons cela. Il n’est pas question de causer maintenant : nous avons autre chose à faire.

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Mais puisqu’on vous a commandé de travailler sur le sujet de la critique qu’on a faite contre vous, que n’avez-vous fait cette comédie des comédiens, dont vous nous avez parlé il y a longtemps ? C’était une affaire toute trouvée et qui venait fort bien à la chose, et d’autant mieux, qu’ayant entrepris de vous peindre, ils vous ouvraient l’occasion de les peindre aussi, et que cela aurait pu s’appeler leur portrait, à bien plus juste titre que tout ce qu’ils ont fait ne peut être appelé le vôtre. Car vouloir contrefaire un comédien dans un rôle comique, ce n’est pas le peindre lui-même, c’est peindre d’après lui les personnages qu’il représente, et se servir des mêmes traits et des mêmes couleurs qu’il est obligé d’employer aux différents tableaux des caractères ridicules qu’il imite d’après nature ; mais contrefaire un comédien dans des rôles sérieux, c’est le peindre par des défauts qui sont entièrement de lui, puisque ces sortes de personnages ne veulent ni les gestes, ni les tons de voix ridicules dans lesquels on le reconnaît.

 

 

 

MOLIÈRE : Il est vrai ; mais j’ai mes raisons pour ne le pas faire, et je n’ai pas cru, entre nous, que la chose en valût la peine ; et puis il fallait plus de temps pour exécuter cette idée. Comme leurs jours de comédies sont les mêmes que les nôtres, à peine ai-je été les voir que trois ou quatre fois depuis que nous sommes à Paris ; je n’ai attrapé de leur manière de réciter que ce qui m’a d’abord sauté aux yeux, et j’aurais eu besoin de les étudier davantage pour faire des portraits bien ressemblants.

 

 

 

MADEMOISELLE DU PARC : Pour moi, j’en ai reconnu quelques-uns dans votre bouche.

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : Je n’ai jamais ouï parler de cela.

 

 

 

MOLIÈRE : C’est une idée qui m’avait passé une fois par la tête, et que j’ai laissée là comme une bagatelle, une badinerie, qui peut-être n’aurait point fait rire.

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : Dites-la-moi un peu, puisque vous l’avez dite aux autres.

 

 

 

MOLIÈRE : Nous n’avons pas le temps maintenant.

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : Seulement deux mots.

 

 

 

MOLIÈRE : J’avais songé une comédie où il y aurait eu un poète, que j’aurais représenté moi-même, qui serait venu pour offrir une pièce à une troupe de comédiens nouvellement arrivés de la campagne. « Avez-vous, aurait-il dit, des acteurs et des actrices qui soient capables de bien faire valoir un ouvrage, car ma pièce est une pièce.

 

- Eh ! Monsieur, auraient répondu les comédiens, nous avons des hommes et des femmes qui ont été trouvés raisonnables partout où nous avons passé.

 

- Et qui fait les rois parmi vous ?

 

- Voilà un acteur qui s’en démêle parfois.

 

- Qui ? ce jeune homme bien fait ? Vous moquez-vous ? Il faut un roi qui soit gros et gras comme quatre, un roi, morbleu ! qui soit entripaillé comme il faut, un roi d’une vaste circonférence, et qui puisse remplir un trône de la belle manière. La belle chose qu’un roi d’une taille galante ! Voilà déjà un grand défaut ; mais que je l’entende un peu réciter une douzaine de vers. » Là-dessus le comédien aurait récité, par exemple, quelques vers du roi de Nicomède :

 

Te le dirai-je, Araspe ? Il m’a trop bien servi ;

 

Augmentant mon pouvoir...

 

 

 

le plus naturellement qu’il aurait été possible. Et le poète : « Comment ? Vous appelez cela réciter ? C’est se railler : il faut dire les choses avec emphase. écoutez-moi. (Imitant Montfleury, excellent acteur de l’Hôtel de Bourgogne.)

 

 

 

Te le dirai-je, Araspe ?... etc.

 

Voyez-vous cette posture ? Remarquez bien cela. Là, appuyez comme il faut le dernier vers. Voilà ce qui attire l’approbation, et fait faire le brouhaha.

 

- Mais, Monsieur, aurait répondu le comédien, il me semble qu’un roi qui s’entretient tout seul avec son capitaine des gardes parle un peu plus humainement, et ne prend guère ce ton de démoniaque.

 

- Vous ne savez ce que c’est. Allez-vous-en réciter comme vous faites, vous verrez si vous ferez faire aucun ah ! Voyons un peu une scène d’amant et d’amante. »

 

Là-dessus une comédienne et un comédien auraient fait une scène ensemble, qui est celle de Camille et de Curiace,

 

Iras-tu, ma chère âme, et ce funeste honneur

 

Te plaît-il aux dépens de tout notre bonheur ?

 


- Hélas ! Je vois trop bien., etc.

 

Tout de même que l’autre, et le plus naturellement qu’ils auraient pu. Et le poète aussitôt :

 

« Vous vous moquez, vous ne faites rien qui vaille, et voici comme il faut réciter cela. (Imitant Mlle Beauchâteau, comédienne de l’Hôtel de Bourgogne.)

 

Iras-tu, ma chère âme., etc...

 

Non, je te connais mieux., etc.

 

Voyez-vous comme cela est naturel et passionné ? Admirez ce visage riant qu’elle conserve dans les plus grandes afflictions. » Enfin, voilà l’idée ; et il aurait parcouru de même tous les acteurs et toutes les actrices.

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : Je trouve cette idée assez plaisante, et j’en ai reconnu là dès le premier vers. Continuez, je vous prie.

 

 

 

MOLIÈRE, imitant Beauchâteau, aussi comédien, dans les stances du Cid.

 

Percé jusques au fond du coeur., etc.

 

Et celui-ci, le reconnaîtrez-vous bien dans Pompée de Sertorius ? (Imitant Hauteroche, aussi comédien.)

 

L’inimitié qui règne entre les deux partis,

 

N’y rend pas de l’honneur., etc.

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : Je le reconnais un peu, je pense.

 

 

 

MOLIÈRE : Et celui-ci ? (Imitant de Villiers, aussi comédien.)

 

Seigneur, Polybe est mort., etc.

 

 

 

MADEMOISELLE DE BRIE : Oui, je sais qui c’est ; mais il y en a quelques-uns d’entre eux, je crois, que vous auriez peine à contrefaire.

 

 

 

MOLIÈRE : Mon Dieu, il n’y en a point qu’on ne pût attraper par quelque endroit, si je les avais bien étudiés. Mais vous me faites perdre un temps qui nous est cher. Songeons à nous, de grâce, et ne nous amusons point davantage à discourir.

 

(Parlant à de la Grange.) Vous, prenez garde à bien représenter avec moi votre rôle de marquis.

 

 

 

MADEMOISELLE MOLIÈRE : Toujours des marquis !

 

 

 

MOLIÈRE : Oui, toujours des marquis. Que diable voulez-vous qu’on prenne pour un caractère agréable de théâtre ? Le marquis aujourd’hui est le plaisant de la comédie ; et comme dans toutes les comédies anciennes on voit toujours un valet bouffon qui fait rire les auditeurs, de même, dans toutes nos pièces de maintenant, il faut toujours un marquis ridicule qui divertisse la compagnie.

 

 

 

MADEMOISELLE BÉJART : Il est vrai, on ne s’en saurait passer.

 

 

 

MOLIÈRE : Pour vous, Mademoiselle.

 

 

 

MADEMOISELLE DU PARC : Mon Dieu, pour moi, je m’acquitterai fort mal de mon personnage, et je ne sais pas pourquoi vous m’avez donné ce rôle de façonnière.

 

 

 

MOLIÈRE : Mon Dieu, Mademoiselle, voilà comme vous disiez lorsque l’on vous donna celui de La Critique de l’École des femmes ; cependant vous vous en êtes acquittée à merveille, et tout le monde est demeuré d’accord qu’on ne peut pas mieux faire que vous avez fait. Croyez-moi, celui-ci sera de même ; et vous le jouerez mieux que vous ne pensez.

 

 

 

MADEMOISELLE DU PARC : Comment cela se pourrait-il faire ? car il n’y a point de personne au monde qui soit moins façonnière que moi.

 

 

 

MOLIÈRE : Cela est vrai ; et c’est en quoi vous faites mieux voir que vous êtes excellente comédienne, de bien représenter un personnage qui est si contraire à votre humeur. Tâchez donc de bien prendre, tous, le caractère de vos rôles, et de vous figurer que vous êtes ce que vous représentez.

 

 (à du Croisy.) Vous faites le poète, vous, et vous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air pédant qui se conserve parmi le commerce du beau monde, ce ton de voix sentencieux, et cette exactitude de prononciation qui appuie sur toutes les syllabes, et ne laisse échapper aucune lettre de la plus sévère orthographe.

 

(à Brécourt.) Pour vous, vous faites un honnête homme de cour, comme vous avez déjà fait dans La Critique de l’École des femmes, c’est-à-dire que vous devez prendre un air posé, un ton de voix naturel, et gesticuler le moins qu’il vous sera possible.

 

(à de la Grange.) Pour vous, je n’ai rien à vous dire.

 

(à Mademoiselle Béjart.) Vous, vous représentez une de ces femmes qui, pourvu qu’elles ne fassent point l’amour, croient que tout le reste leur est permis, de ces femmes qui se retranchent toujours fièrement sur leur pruderie, regardent un chacun de haut en bas, et veulent que toutes les plus belles qualités que possèdent les autres ne soient rien en comparaison d’un misérable honneur dont personne ne se soucie. Ayez toujours ce caractère devant les yeux, pour en bien faire les grimaces.

 

(à Mademoiselle de Brie.) Pour vous, vous faites une de ces femmes qui pensent être les plus vertueuses personnes du monde pourvu qu’elles sauvent les apparences, de ces femmes qui croient que le péché n’est que dans le scandale, qui veulent conduire doucement les affaires qu’elles ont sur le pied d’attachement honnête, et appellent amis ce que les autres nomment galants. Entrez bien dans ce caractère.

 

(à Mademoiselle Molière.) Vous, vous faites le même personnage que dans La Critique, et je n’ai rien à vous dire, non plus qu’à Mademoiselle du Parc.

 

(à Mademoiselle du Croisy.) Pour vous, vous représentez une de ces personnes qui prêtent doucement des charités à tout le monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en passant, et seraient bien fâchées d’avoir souffert qu’on eût dit du bien du prochain ; je crois que vous ne vous acquitterez pas mal de ce rôle.

 

(à Mademoiselle Hervé.) Et pour vous, vous êtes la soubrette de la précieuse, qui se mêle de temps en temps dans la conversation, et attrape, comme elle peut, tous les termes de sa maîtresse. Je vous dis tous vos caractères, afin que vous vous les imprimiez fortement dans l’esprit. Commençons maintenant à répéter, et voyons comme cela ira. Ah ! voici justement un fâcheux ! Il ne nous fallait plus que cela. »

 

 

 

[Molière, L’impromptu de Versailles, Acte I, Sc 1, 1663]

 

 

 

 

 

 

 

 

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