DOC_05 : Petite biographie dramatique, Faite avec adresse par Un moucheur de chandelles

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DOC « Petite biographie dramatique, faite avec adresse par un moucheur de chandelle » 1826 extraits

 

[le texte paraît en 1826 sans nom d’auteur, à Paris : « chez les marchands de nouveautés, Imprimerie de Marchand du Breuil, rue de La Harpe, n° 80. Témoignage impitoyable de drôlerie et de méchanceté sur les mœurs théâtrales du temps et surtout sur les mythologies qui naissent à l’époque autour du métier de comédien et de la fabrique des notoriétés… le trait est forcé, souvent facile et parfois vulgaire Les caricatures de Daumier, contemporaine sont plus spirituelles, mais on peut penser à la presse « people » d’aujourd’hui qui se satisfait souvent du ragot sans viser l’humour. Quelques extraits significatifs du texte publié par l’excellente collection électronique de la Bibliothèque Municipale de Lisieux : www.bmlisieux.com . ]

 

 

 

 

 

Petite biographie dramatique


Faite avec adresse

par

Un moucheur de chandelles

~~~~

Castigat remouchando



 

 

 

 

 

A.

 

 

ALDEGONDE (Mlle), Variétés, boulevard Poissonnière, n. 18 :

 

 

 

Par quarante printemps sur sa tête amassés,

 

Ses modestes appas ne sont point effacés.

 

 

 

Voilà sur quoi tout le monde n’est pas d’accord.

 

 

 

ALEXIS, Opéra. C’est un chanteur qui a une véritable voix de victime, ce qui ne l’empêche pas d’en faire (des victimes bien entendu).

 

 

 

ALPHONSE, Odéon, rue d’Enfer, n. 61. Bizarre destinée ! il était passable, on n’en parlait pas ; il est devenu bon, on l’a sifflé ; il est aujourd’hui mauvais, on l’applaudit.

 

 

 

ARMAND, Odéon, rue d’Enfer, n. 11. Après avoir été long-temps malade en province, à l’agonie à l’Odéon, il s’est enterré aux Français.

 

 

 

ARNAL, Variétés, boulevard Montmartre, n. 6. Comme poète, c’est un excellent acteur, et comme acteur, un excellent poète.

 

 

 

ARNAULD, Odéon. Estimable artiste qui se fait voir le moins souvent possible, moyennant une légère rétribution.

 

 

 

AUBERT (Mlle), Opéra. Jolie danseuse qui s’élance vers le ciel en faisant la grimace au parterre.

 

 

 

B

 

 

 

BELMONT (Mme), Opéra Comique, rue de la Tour-d’Auvergne, n. 8. Vingt ans de services ont valu, l’année dernière, à cette artiste, une représentation à bénéfice, où Talma, Martin, Potier, Paul, Anatole, et Montessu s’empressèrent de lui offrir la réunion de leurs talens. Cette soirée lui valut une recette de 20,000 francs. Mais, après cela, ne serait-il pas temps de dire : Adieu, panier, vendange est faite ?

 

 

 

BOISSELOT, Ambigu Comique, faubourg du Temple, n. 27. On le blesse ordinairement à huit heures du soir, on le tue à dix ; il ressuscite à onze ; et cela, tous les jours.

 

 

 

BONEL, Opéra, rue de Louvois, n. 2. C’est un grand-prêtre sacrificateur, qui semble n’avoir immolé tant de taureaux que pour dérober la voix de ses victimes.

 

 

 

BOUGNOL (Mme), Variétés, rue du Faubourg-Saint-Martin, n. 78. Cette dame semble avoir pris pour devise : Virtus post nummos, ce qui veut dire en bon français : Qu’elle aime à faire honneur à ses affaires.

 

 

 

BOULANGER (Mme), sociétaire de Feydeau, rue des Colonnes, n. 2. Bonne dame, bonne actrice, bonne chanteuse :

 

 

 

Sa mère était Vénus,

 

Bacchus était son père ;

 

Ne vous étonnez plus

 

Qu’elle aime à rire et faire

 

Et zon, zon, zon,

 

Ma Lisette, ma Lisette,

 

Et zon, zon, zon,

 

Ma Lisette, ma Lison.

 

 

 

BOURGOIN (Mlle), Français, allée des Veuves, n. 21. Jeune princesse (46 ans) pleine de dignité sur la scène ; à table, convive spirituelle : le champagne lui inspire les bons mots qui courent les corps-de-garde.

 

 

 

BROCARD aînée (Mlle), Opéra, rue Pelletier, n. 19. Grâces légères, poses voluptueuses, élancemens de jambes, ronds de bras, mollesse enivrante, voiles diaphanes ! tout cela pour la diplomatie et les Anglais ! ! !

 

 

 

Pour c’qu’est d’la souplesse d’sa taille,

 

Gn’a point d’anguille qui la vaille....

 

 

 

Aussi le Pactole et le fleuve du Tendre, coulent-ils doucement à ses pieds.

 

 

 

BURON (Mlle), Opéra, faubourg Montmartre, n. 64. Mince talent soutenu par de grosses jambes ; compensation.

 

 

 

C.

 

CAMAIDE, Gaîté, rue du faubourg du Temple, n. 66. Il était jadis au Panorama Dramatique. Doué d’infatigables poumons, il excitait les trépignemens du parterre. Aujourd’hui, il se borne à faire briller.... ses bottes.

 

 

 

CAPELLE, Opéra, rue St.-Lazare, n. 79. Il est petit, mais est rageur. (Voy. la lithographie.)

 

 

 

CARON, Ambigu Comique, rue du Faubourg-du-Temple, n. 21. Il n’est pas beau, mais, en revanche, il est bien laid.

 

 

 

CASANEUVE, Français, quai de la Mégisserie, n. 16. A fait ses premières armes au théâtre de Rouen, et de là il est venu arracher des torrens de larmes aux habitués de l’Ambigu Comique, qui arrivaient chaque soir voir couper en quatre cet estimable artiste, dans les Macchabées. Aujourd’hui, il est le dernier au premier Théâtre Français, où ses camarades semblent l’avoir enseveli tout de bon.

 

 

 

CAZOT, Variétés, rue Poissonnière, n. 21. Acteur utile quand il est nécessaire.

 

 

 

CHALBOS, Vaudeville, faubourg Poissonnière, n. 10. Acteur du 7e ou 8e ordre.

 

 

 

CHARLES DUNOYERS, Ambigu, rue Saint-Jacques, n. 277. Cet acteur faisait florès dans les départemens, tant mieux ; il est revenu à Paris, tant pis ; il a été applaudi là-bas, tant mieux ; il est sifflé ici, tant pis.

 

 

 

CHARTON (Mlle), Odéon. Bonne dans la tragédie quand elle joue le mélodrame, et meilleure dans le mélodrame quand elle joue la tragédie.

 

 

 

CHÉRI, Ambigu Comique, rue de Crussol, n. 6. Cet acteur justifie son nom près du public ; il s’écarte de la règle commune en jouant le mélodrame avec bon sens : aussi, quoique bon camarade, ses collègues ne peuvent le souffrir, mais les petites fleuristes et plumassières de la rue St.-Denis savent l’en dédommager.

 

 

 

CINTI (Mlle), Opéra et Italien, rue Neuve-des-Petits-Champs, n. 6. Mange à deux rateliers. Il en est un troisième, à ce qu’on prétend ; mais, chût ! Sa voix argentine, son pied mignon, sa jolie petite taille, tout cela se paie... Demandez à certain ambassadeur !

 

 

 

CLARA (Mlle), Ambigu, rue de Lancry, n. 29. Jolie danseuse, qui est encore au théâtre où elle fit ses premiers pas : Dieu sait pourtant combien elle en a fait depuis.

 

 

 

COLON (Mlle Éléonore), Opéra Comique, rue des Colonnes, n. 10. Froide minaudière de province ; elle croit valoir elle seule Mme Rigaud, Mme Casimir et Mlle Prévost. Ah ! Mlle Éléonore,

 

 

 

Pour vous juger ainsi vous avez vos raisons,

 

Mais vous permettrez bien que nous en ayons d’autres

 

Qui se dispenseront de se soumettre aux vôtres.

 

 

 

COLSON, Odéon. Joli garçon, qui a plus de chaleur que de talent, plus de voix que de savoir faire. Cependant il se dit fort bien avec les dames du faubourg St.-Germain.

 

 

 

 

D.

 

DABADIE, Opéra. Successeur de Laïs qu’il n’a pu remplacer. Il s’est distingué jadis au barreau par la force de ses poumons. Il manque un peu de ce que celui-ci avait beaucoup, et n’a pas assez de ce qui lui manquait : du goût et du comique.

 

 

 

DABADIE (Mme), Opéra. Voici ce que se dit souvent son mari :

 

 

 

« C’qu’elle a d’superbe, c’est la bouche ;

 

« Queu plaisir quand la mienne y touche !

 

« Ça m’met l’esprit tout à l’envers

 

« Quand on m’répett’ qu’ell’ l’a d’travers. »

 

 

 

DEFRÈNE, Porte-Saint-Martin, rue de Bondy, n. 22. Comédien et restaurateur, il dissimule un plat avec autant d’aisance qu’une trahison. Il est de plus marchand de seringues, c’est un malheur, mais hélas ! auquel il n’y a pas de remède.....

 

 

 

DÉJAZET (Mlle), Gymnase, rue Saint-Denis, n. 374. Elle n’a qu’une dent, elle la garde au rédacteur du Courrier des théâtres.

 

 

 

DELACROIX (Mlle Émilie), Opéra, cul-de-sac Coquenard, n. 24 :

 

« Quand on est belle et sage,

 

« On est belle deux fois. »

 

Cette danseuse si jolie a la plus douce expression dans les traits, ses poses sont gracieuses et légères ; c’est la vierge de l’Opéra.

 

 

 

DELAFOSSE, Français. C’est un de ces artistes dont le nom figure sur l’affiche quand les ouvreuses restent chez elles.

 

 

 

DÉLIA, Vaudeville. Elle s’est prise de passion pour les befteacks, les rossbeafs et les milords, avec lesquels elle banquette et passe joyeusement une partie de sa vie.

 

 

 

DESBROSSES (Mlle), Feydeau, rue Montmartre, n. 173. Soixante-douze ans et la jambe bien faite ; elle a eu l’honneur d’être rosière la moitié de sa vie.

 

 

 

DESMOUSSEAUX, Français, rue de la Jussienne, n. 25. Gendre de Baptiste aîné, on lui apportait le manteau d’Agamemnon, il se fâcha parce qu’on n’y avait pas fait de poches ; sur l’observation de son beau-père que les anciens n’en portaient point : « Je voudrais bien savoir, dit Desmousseaux, où le roi des rois mettait sa tabatière ? »

 

 

 

DUBIÈS, Ambigu. C’est un de ces honnêtes brigands, la terreur des petits enfans et des ingénues du marais.

 

 

 

DUMESNIL, Gaîté, rue Ancelot, n. 4. Les anciens mélodrames où les niais étaient de première nécessité, firent la réputation de cet artiste, qui est resté niais depuis une trentaine d’années à peu près. Le Pied de mouton, La Queue du diable, et autres pièces de ce genre, bien qu’elles n’eussent ni queue ni tête, durent toute leur vogue à l’originalité de Dumesnil ? Demandez plutôt à Lazarille.

 

 

 

DUMILATRE, Français, rue Saint-Honoré, n. 196. Confident qui a toujours l’air de manger des petits pâtés sur la tête d’Oreste, d’Hamlet, voire même de Sylla.

 

 

 

DUPUIS (Mlle Adèle), Gaîté, rue Meslée, n. 34. Une petite fille qui assistait à une des représentations d’Elodie, s’écria en montrant du doigt cette actrice : « Tiens, regarde donc, maman, c’est grand’ maman qui joue la petite demoiselle ! »

 

 

 

DUPUIS (Mlle), Porte-Saint-Martin, rue Notre-Dame-Bonne-Nouvelle, n. 13. Légèreté de caractère, souplesse de hanches, et le désir d’arriver. Elle ira loin.

 

 

 

E.

 

 

 

ÉMILE, Vaudeville, rue de l’Échiquier, n. 3. Bon comédien, chansonnier joyeux, il décoche une épigramme avec autant d’aisance qu’il boit un canon.

 

 

 

EMMA (Mlle), Ambigu, rue Basse du Temple, n. 40. La plus jolie pleureuse du boulevard du Temple, elle n’a jamais jeté le mouchoir qu’aux amateurs sensibles qui en ont mouillé en l’écoutant.

 

 

 

 

 

F.

 

 

 

FANNY (Mlle), Gymnase, rue Basse Saint-Denis, n. 16. C’est une de ces petites paysannes très-délurées qui ne craignent pas qu’on les fane.

 

 

 

FÉLICIE, Variétés, rue du Helder, n. 23. Lorsque cette actrice est en scène, ses yeux ne quittent pas les loges ; cela vient, dit-on, de ce qu’elle chasse deux lièvres à la fois ; Mlle Félicie assure pourtant qu’elle se contenterait d’un pigeon.

 

 

 

FERDINAND (Prévost), Opéra. Le jarret tendu, le nez au vent et le bras arrondi, il semble en dansant faire la chasse aux hirondelles.

 

 

 

FLORE, Variétés, rue du Faubourg Montmartre, n. 25. Grosse réjouie à laquelle la romance de Guernadier a fait une réputation colossale ; elle n’a point de rivales pour les rôles de cuisinières : c’est l’héroïne du pot-au-feu.

 

 

 

FRÉDÉRIK, Ambigu, rue Sainte-Appoline, n. 21. C’est un véritable brigand... sur la scène : je ne sais si c’est pour cette raison qu’il va si souvent en prison.

 

 

 

G.

 

 

 

GAUTHIER, Ambigu, rue Basse du Temple, n. 34. Il était autrefois au Cirque Olympique, et resta toujours en bonne intelligence avec ses camarades quadrupèdes et bipèdes. Il passa au Panorama Dramatique, et par suite de discussions survenues entre lui et le dromadaire, dans le mimodrame des Bédoins du désert, il donna sa démission, et fut engagé aussitôt à l’Ambigu. C’est le plus beau des bandits qui soient sur le boulevard du Temple.

 

 

 

GERSAY (Mlle), Odéon, rue Percée, n. 11. C’est une confidente ; si elle parle peu, cela vient de ce qu’on la paie pour se taire : c’est de l’argent bien employé.

 

 

 

GOUGIEUS (ci-devant Mlle), ci-devant à la Gaîté, rue des Fossés-du-Temple, n. 43. Elle enrichit chaque année la France d’un petit citoyen.

 

 

 

GRANGÉ, Feydeau, rue Montmartre, n. 163. C’est une basse-taille de quatre pieds six pouces.

 

 

 

GUYAUD, Feydeau, rue de la monnaie, n. 19. Quand, ainsi que le promet l’Evangile, les derniers seront les premiers, cet acteur ne sera pas manchot. Des Français, où certes il n’était pas bon, il est passé à Feydeau, où probablement il n’est pas meilleur.

 

 

 

 

 

H.

 

 

 

HULEY (Mlle), Vaudeville, rue Saint-Honoré, n. 136. Modeste utilité qui ne cherche point à fixer les regards.

 

 

 

HULLIN (Mlle), Opéra, rue Duffaut, n. 21. C’est une danseuse à laquelle le célèbre Tulou veut beaucoup de bien ; c’est le cas de dire que ce qui vient de la flûte s’en retourne au tambour.

 

 

 

 

 

 

 

J.

 

 

 

JEMMA, Porte-Saint-Martin, boulevard Saint-Martin, n. 8. Le nom de cet acteur a figuré quelquefois sur l’affiche : talent imperceptible.

 

 

 

JOANNY, Français, rue du Jardinet, n. 1. Il veut copier Talma ; c’est la fable de la grenouille, vous savez. Il s’enflait à l’Odéon, il est venu crever aux Français.

 

 

 

JONAS (Mlle), Porte-Saint-Martin. C’est une vierge d’Israël qui ne laisse point sa fraîcheur au théâtre : elle a promis de toujours marcher dans la voie de la sagesse, ou de mourir comme feue pudibonde Atala.

 

 

 

JULIENNE (Mlle), Gymnase, rue de la Lune, n. 23. Elle demandait à être doublée. « Doublée, madame ! s’écria le régisseur, deux aunes de circonférence ! Doublée !..... Vous voulez donc nous forcer à élargir les portes ? »

 

 

 

 

 

K.

 

 

 

KINNKINDT, Opéra, rue d’Argenteuil, n. 21. Il est surnommé par ses camarades le Taureau ; les nymphes des coulisses assurent qu’il n’en a que la voix.

 

 

 

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