Valère Novarina

Publié le par M

Valère Novarina  : « Toute pensée qui n’est pas dansée est un faux. »

 

« Dans l’espace, l’acteur est un négatif, un habitant récalcitrant qui l’habite autrement. Il le sait chaque fois qu’il joue, que l’homme est le négatif du monde. Tout homme qui est, n’habite pas l’espace mais fait un trou dedans. Il tient tout son corps hors de lui. (…) Toute pensée qui n’est pas dansée est un faux. Toute pensée sans rythme et qui n’a pas trouvé ses pieds. Toute science sans jambes. L’acteur sait bien que la tête marche, que toutes les pensées montent des jambes et se souviennent qu’elles viennent du corps, qu’elles ont passé par l’épreuve des passions, sont sorties des chairs pour nous prendre, nous faire mourir et mouvoir. Il y a des pensées sans pieds et qui ne dansent pas : elles sont émises par les têtes seules, elles s’épuisent vite, ce sont des idées, il y en a plein les journaux, elles tiennent debout peu de temps. Pour n’avoir pas voulu passer par le corps. Car le corps doit vérifier tout ce que lui dit l’esprit. Il a son mot à dire. C’est pourquoi ce qui est écrit, il est bon de l’éprouver toujours par la bouche du théâtre remâcher, repasser tout au corps révélateur.

 

 

 

Toute bonne pensée se danse, toute pensée vraie doit pouvoir se danser. Parce que le fond du monde est rythmé. Parce que le fond du monde, parce que le socle qui est visible à l’intérieur est un noyau comique de rythmes pulsés. Comique parce que le monde ‑ parce que tout le monde ‑ a été fait par un enfant en riant L’acteur le sait : que tout était rythmique primitivement Lui seul pourrait, s’il le pouvait, dire tout hautement le fond du monde est un son. ( …)

 

sur le théâtre non pour te montrer mais pour refaire publiquement l’esprit sortir du corps. Comme dans l’amour, comme dans la mort. Acteur, toi seul le sais, dis‑le! que la matière n’existe pas... Louis de Funès disait un jour : « L’amour ni la mort n’ont aucune importance. Et certainement que la matière n’existe pas. » Il sortait de scène dégoulinant. Il ajouta : « C’est ici une seule scène vue en vrai. » L’acteur s’aperçoit de tout.

 

 

 

Le théâtre français a du mal à se remettre de trente ans de mécanisation mentale : critico‑positivisme, constricto‑calculisme, pluvalisme psychique, humina­nisme, socio‑nabotisme, terreur du trou, psittacisme néo‑doctien, pessimisme post‑dogmate, sorbonogra­phie, tronquisme petit‑français, haine de soi. On repré­sente l’homme comme un petit pantin à ficelles, raison­neur et capturé ‑ pion de la troupe ou nœud de viscères ‑, coincé toujours entre ses turgescences et ses appétits gros. On exhibe ses rateries quotidiennes, on trouve l’homme bien bas, on n’est pas fier d’en être. Sur scène, à ne s’échange plus que des calculs ou des symptômes entre culs‑de‑jatte sociaux. »

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