Bertolt Brecht : Le « Gestus » : un complexe de gestes qui donnent du sens un rapport social entre les hommes

Publié le par M

 

Bertolt Brecht. 1898-1956 : Le « Gestus » : un complexe de gestes qui donnent du sens un rapport social entre les hommes

 

La gestuelle

 

Traitant de la gestuelle, nous écarterons d’abord la pantomime, car c’est une branche à part des arts d’expression, tels le théâtre, l’opéra et la danse.  Dans la pantomime, tout s’exprime sans paroles, même l’action de parler.  Mais nous traitons de la gestuelle qui se manifeste dans la vie quotidienne et trouve au théâtre sa forme accomplie.

 

Il y a aussi des gestes isolés.  Ceux que l’on fait à la place d’énoncés et dont la compréhension est fournie par la tradition, comme (chez nous) l’inclination affirmative de la tête.  Des gestes illustratifs, comme ceux qui décrivent la grosseur d’un concombre ou le galbe d’une voiture de course.  Puis la multitude des gestes qui manifestent des attitudes psychologiques, le mépris, la nervosité, la perplexité, etc.

 

Nous parlons également de gestus.  Par là nous entendons tout un complexe de gestes isolés les plus divers joints à des propos, qui est à la base d’un processus interhumain isolable et qui concerne l’attitude d’ensemble de tous ceux qui prennent part à ce processus (condamnation d’un homme par d’autres hommes, une délibération un combat, etc.) ou bien un complexe de gestes et de propos qui, lorsqu’il se présente chez un individu isolé, déclenche certains processus (l’attitude indécise d’Hamlet, la profession de foi de Galilée, etc.) ; ou encore simplement une attitude fondamentale d’un homme (comme la satisfaction ou l’attente). Un gestus désigne les rapports entre des hommes.  Par exemple, l’exécution d’un travail n’est pas un gestus quand elle n’implique pas un rapport social comme l’exploitation ou la coopération.

  

 

 

[Bertolt Brecht, Nouvelle technique d’art dramatique, Ecrits sur le théâtre, L’Arche 2 p.95]

 


 

 

 

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