DOC - Hernani 1830 comment la censure et l'autocensure s'exerce

Publié le par Maltern

Documentation : Hernani (1830) censures et autocensures

 

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Rapport du Comité du Théâtre Français 23 octobre 1829

« Quelque étendue que j’ai donnée à cette analyse [d’Hernani] elle ne peut donner qu’une idée imparfaite de la bizarrerie de cette conception et des vices de son exécution. Elle m’a semblé être un tissu d’extravagances, auxquelles l’auteur s’efforce vainement de donner un caractère d’élévation et qui ne sont que triviales et souvent grossières. Cette pièce abonde en inconvenances de toute nature. Le roi s’exprime souvent comme un bandit, le bandit traite le roi comme un brigand. La fille d’un grand d’Espagne n’est qu’une dévergondée, sans dignité ni pudeur, etc.





Toutefois, malgré tant de vices capitaux, nous sommes d’avis que, non seulement il n’y a aucun inconvénient à autoriser la représentation de cette pièce, mais qu’il est d’une sage politique de n’en pas retrancher un seul mot.

Il est bon que le public voie jusqu’à quel point d’égarement peut aller l’esprit humain affranchi de toute règle et de toute bienséance. »

[signé par MM. Brifaut, Chéron, Laya et Sauvo]


ª
Note du baron Trouvé, au rapport qui précède, indiquant les corrections ou suppressions demandées par M. Rives.

« Malgré l’avis de la commission qui veut qu’on livre au public cette pièce telle qu’elle est, on pense qu’il convient d’exiger :

1 ° Le retranchement du nom de Jésus partout où il se trouve ;

2° A la page 27 et 28 de substituer aux expressions insolentes et inconvenantes :

Vous êtes un lâche, un insensé… 

adressées au roi, des mots moins durs et moins pénétrants ;

3 ° A la page 28, dans le même sens, ce vers doit être changé :

Crois-tu donc que les rois, à moi, me sont sacrés !

4° Page 59, supprimer ou changer le commencement du vers :

Un mauvais roi...

On peut rester, par réticence, sur la fin du vers pré­cédent:

... Roi don Carlos, vous êtes

Mais on craindrait d’odieuses allusions à ce passage ;

° Remplacement de ces deux vers, page 71 dont le sens est trop amer et l’expression trop dure, en parlant des courtisans :

Basse-cour où le roi, mendié sans pudeur,

A tous ces affamés émiette la grandeur.


6° Pages 73 et 74 commençant par ce vers :

Pauvres fous (les rois) ! qui, l’oeil fier, le front haut, visent droit

A l’empire du monde et disent : J’ai mon droit !

Ils ont force canons rangés en longues files,

Dont le souffle embrasé ferait fondre des villes ;

Ils ont vaisseaux, soldats, chevaux... et vous croyez

Qu’ils vont marcher au but sur les peuples broyés.

Baste !. Au grand carrefour de la nature humaine,

Qui mieux encor qu’au trône à l’échafaud nous mène,

A peine ils font trois pas qu’indécis, incertains,

Tâchant en vain de lire au livre des destins,

Ils hésitent, peu sûrs d’eux-même, et dans le doute

Au nécroman du coin vont demander leur route.

 

Cette paraphrase du mot de Frédéric :

Dieu est du côté des gros bataillons...

semble devoir être retranchée à cause du ton général du couplet du Droit attaqué et de l’Echafaud. Le sens et le commentaire tolérables de cette pensée se trouvent suffisamment dans les vers qui précèdent ceux-ci... »

  

ª  Nouvelle note du baron Trouvé du 11 novembre 1829

 

 « Dans une très longue conversation que M. Trouvé vient d’avoir avec M. Victor Hugo, relativement aux suppressions exigées dans sa pièce d’Hernani, ce littérateur se borne à réclamer contre quatre. Les trois premières lui paraissent purement littéraires, parce que ce sont des mots de situation qui n’ont aucun but politique. Don Carlos, âgé de 19 ans, a enlevé une Espagnole. Un brigand, qui en est aimé, poursuit le prince, etc. »

ª Lettre du baron Trouvé à Victor Hugo, février 1830

 « Monsieur, il m’est agréable d’avoir à vous annoncer que Son Excellence, faisant droit à vos observations que je me suis empressé de mettre sous ses yeux, a bien voulu consentir au rétablissement de quelques passages supprimés dans Hernani. Vous êtes donc autorisé à laisser subsister sur le manuscrit visé les expressions suivantes adressées à Don Carlos : lâche, insensé, mauvais roi. 

Trouvé »

 


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