Frédérick Lemaître : 1800-1876 : Prince du mélodrame il règne sur le Boulevard du Crime

Publié le par Maltern

Frédérick Lemaître : 1800-1876 : Prince du mélodrame il règne sur le Boulevard du Crime

 

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Sortant du Conservatoire il crée le personnage de Robert Macaire, dans l’Auberge des Adrets, sur le Boulevard du Crime,  - c’est-à-dire du Mélodrame, - à l’Ambigu.  Ne sachant que tirer de son rôle il le joue au second degré et tire le texte vers la parodie.

Hugo voit en lui l’acteur de génie et le distribue dans Ruy Blas en jeune premier sensible

Alexandre Dumas lui fait créer le rôle de Kean

Malgré les efforts de Hugo la Comédie Française le refuse

Retour au Mélodrame quand le drame romantique s’essouffle : son triomphe lui vaut le surnom de

« Talma des boulevards »

 


 

 
Il donne une suite au personnage de bandit truculent, Robert Macaire, à la suite du succès de l’Auberge des Adrets. Révolté, ayant un pouvoir satirique immense Macaire est devenu «l’oeuvre de Frédérick, qui y a répandu tout son génie » dit Hugo. Le drame romantique lui permet d’échapper au rôle. Il donne à Ruy Blas puis à Gennaro dans Lucrèce Borgia, la touche grotesque que veut donner Hugo aux jeunes premiers romantiques. Il joue auprès de lui un véritable rôle d’assistant à la mise en scène. « Il s’occupait des rôles de tout le monde, écrit, il savait la pièce par coeur, rien ne lui échappait. » (Adèle Hugo) Hugo n’arrive pas à le faire entrer au Théâtre-Français. Il enchaîne les succès au Boulevard, dans Trente Ans ou la Vie d’un joueur, mélo. Romantique en particulier.

 
Hugo : « M. Frédérick a réalisé avec génie le Gennaro que l’auteur avait rêvé. M. Frédérick est élégant et familier, il est plein de fatalité et plein de grâce, il est redoutable et doux ; il est enfant et il est homme ; il charme et il épouvante ; il est modeste, sévère et terrible » [Préf. de l’éd. originale de Lucrèce Borgia, 1773].

 




Jules Janin le critique,1804-1874, fait de lui un éloge dithyrambique digne de rester dans les annales à titre d’exemple… :

« C’est toujours le même comédien, il n’a fait que changer de théâtre ; c’est tou-jours le même acteur incisif, jovial, inspiré, procédant par sauts et par bonds, maître de son public ; c’est toujours le comédien du peuple, l’ami du peuple, adopté et créé par le peuple.

Messieurs et Mesdames les comédiens ordinaires du roi des Français, vous rougissez de vous com-promettre avec Frédérick […] Encore une fois tant pis pour vous ! Frédérick se passe de vous, et de votre théâtre, et de vos passions, et de votre élégance, et de votre titre de comédiens du roi. Il a un bien plus beau titre, ma foi ! il est comédien du peuple, comédien des faubourgs, comédien de toutes les passions aux joues rubicondes, aux bras nerveux, aux reins solides, qui vont le voir, l’admirer et l’applaudir !

[…] Vous ne voulez pas de lui, Messieurs ? Mais c’est lui qui ne veut pas de vous ; il a mieux que votre théâtre…

[…] Il a mieux que vos drames, en vers ou en prose, faits par de grands auteurs : il a un drame qu’il s’est fait à lui-même et pour lui tout seul, un drame qu’il a tiré de son génie, un drame magnifique, la Vie et la Résurrection de Robert Macaire, une véritable représentation de la vie des bagnes et des grands chemins, aussi vraie, aussi vraisemblable, aussi admirablement écrite dans son genre que le Mariage de Figaro dans le sien. Quelle annonce vaut celle-là, je vous prie, sur une affiche au coin de la rue : Robert Macaire, paroles de Frédérick-Lemaître, joué par Frédérick-Lemaître au théâtre des Folies-Dramatiques, sur le boulevard ?

 […] Figaro, Macaire, deux hommes qui ont existé, deux hommes révoltés contre la société chacun à sa manière, l’un avec son esprit, l’autre avec son poignard ; deux escrocs tous les deux, l’un dans le salon, l’autre sur le grand chemin ; deux hommes d’esprit et qui font rire tous les deux. Beaumarchais a-t-il plus fait pour Figaro, son fils, que Frédérick-Lemaître pour Robert Macaire, son héros ?

[…] Figa-ro a été la gloire, la fortune, l’opposition de Beaumarchais. […] Tout au rebours Macaire pour Frédérick. Si Figaro fait la fortune de Beaumarchais, Macaire a causé la ruine de Frédérick, son père et son tuteur. Macaire a forcé Frédérick à s’enfuir de tous les grands théâtres, il l’a arraché à tous les grands drames, il l’a condamné à ne plus hanter que les grands chemins et les tavernes, il l’a contraint à se précipiter la tête la première dans le trou des Folies-Dramatiques. Macaire a forcé son maître à porter les haillons de la misère, à s’enfuir devant les gendarmes, à vivre d’escroqueries et à ne manger en fait de poulet que du fromage de gruyère. Frédérick a tout sacrifié à Macaire, comme un bon père sacrifie toutes choses au plus mauvais sujet de ses enfants. Frédérick a d’abord joué dix ans de sa vie l’Auberge des Adrets pour faire plaisir à Macaire. Puis il a écrit en quatre volumes in-12 la vie de Macaire. Puis, quand il a été bien tué par Bertrand, bien arrêté par les gendarmes, Frédérick, de son propre gré, a ressuscité Macaire ; il s’est mis dans les haillons de son nouveau Macaire, il a inventé pour son éternel ami de nouvelles scélératesses, et de nouvelles perfidies, et de nouveaux bons mots, et enfin un nouveau théâtre.

Macaire est la seule légitimité que reconnaisse Frédérick. Macaire est mort ! Vive Macaire ! Il l’embrasse, il l’aime, il le caresse, il le choie. M. Orgon ne faisait pas mieux pour Tartuffe. A l’heure qu’il est, Frédérick vient de se condamner lui-même par un nouveau succès à représenter Robert Macaire trois cent soixante-cinq jours pendant trois ans.

  […] Robert Macaire a rendu sourd et aveugle son ami Frédérick-Lemaître. Parlez-lui de ses anciens rôles d’autrefois, où il était si noble et si beau : de la Tour de Nesle ? Buridan vous répondra : Macaire ! de Lucrèce Borgia ? Gennaro vous répondra : Macaire ! de Richard d’Arlington ? d’Arlington vous répondra : Macaire ! Macaire ! Robert Macaire ! Et toujours Robert Macaire ! Il faut le voir quand il arrive dans son fameux pantalon rouge et dans son fabuleux habit vert, se pavanant, faisant le gros dos, joignant ses deux mains en grand seigneur et vous disant de sa voix la plus mélodieuse : Je suis Robert Macaire !

 
Eh bien ! oui, tu es Robert Macaire ! Tu Marcellus eris ! Tu es le brigand, le voleur, l’assassin, l’escroc, le fripon, le spirituel, le goguenard par excellence ! Tu vois le peuple venir à toi, t’applaudir et te comprendre. Tu lui embellis le bagne, tu lui rends l’échafaud supportable, tu fais aimer même le gendarme ! O mon Robert ! ô grand homme ! oui, tu es Macaire, le bohémien, le bandit, le populaire, le facétieux ! Il vaut mieux porter des guenilles avec toi que des habits de velours avec les autres ; il vaut mieux avec toi porter des menottes que des gants jaunes avec les autres. O Macaire ! Macaire ! L’orgueil de Toulon, la joie de Brest, l’espérance de Rochefort ! Le théâtre des Folies-Dramatiques s’incline devant toi !

[…] Il n’y a pas d’indignation à avoir, même à l’aspect de ce voleur, de cet assassin de grand chemin, dont la mission est de faire rire aux éclats depuis le commencement jusqu’à la fin de sa vie et quoi qu’il fasse. D’autre part, il n’y a pas à s’apitoyer sur la vie d’un comédien qui, sous le nom du personnage le plus hideux, tout couvert et tout souillé par les haillons de la misère, dans le dernier des théâtres de Paris, abandonné à son propre talent par tous les auteurs dramatiques, tout seul, force pourtant les plus difficiles à l’admirer et à convenir que cet homme, tout dégradé, tout souillé, tout taché qu’il est, est encore, à tout prendre, le premier ou plutôt le seul comédien de notre temps. »

 
[Jules Janin: Frédérick Lemaître aux Folies-Dramatiques, 1835]

 


 

 

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