Qui ? _ Jacques Lecoq 1921-1999 : Les leçons du Mouvement et le théâtre du geste

Publié le par Maltern

Jacques Lecoq 1921-1999 : Les leçons du Mouvement et le théâtre du geste

 

Jacques Lecoq occupe une place singulière  dans le paysage théâtral de l’après guerre. Il fonde en 1956 à Paris une Ecole Internationale de mime et de théâtre, où il explore et enseigne les capacités créatrices du corps humain en mouvement. On le situe dans la lignée des grands découvreurs comme Meyerhold, Copeau et Decroux et sa pédagogie de la création théâtrale qui aura touché plus de 5000 élèves venus du monde entier touchera aussi bien des comédiens que des metteurs en scènes, des écrivains ou des chorégraphes. Le titre du seul ouvrage qu’il écrira, - sa défiance envers l’écrit étant légendaire…- « Le corps poétique » est  significatif, c’est le corps mimeur de la vie qui est à l’origine de la création [qui est « poétique »,  au sens premier] et développe l’imaginaire et les émotions qui ne sont pas à l’origine de l’ordre du verbal est du psychologique.

 

Le retour à l’observation directe du monde, est l’apprentissage initial. C’est le « rejeu » de la vie. Le  terme évite la confusion avec le mime d’imitation à l’identique, forcément limité dans son champ et tendant souvent à des recherches formelles et virtuoses. L’imitation n’est qu’une étape initiale et non une fin en soi. Il s’agit de découvrir les forces et tensions qui animent et sous-tendent les états dramatiques, les passions, les grands territoires dramatiques tels que la tragédie, la bouffonnerie, le mélodrame, le minimalisme du clown personnel etc. Tension vers la découverte de l’état naissant des formes et codes de jeu dans les lois du mouvement, qui aboutit bien entendu à un refus d’une pédagogie d’apprentissage purement technique de formes achevées.  Pédagogie de l’essai, et du constat et non du modèle. On comprend l’immense stimulation produite par cette approche originale qui s’écarte autant de la technique sèche et parfois dépourvue de sens, que des effusions de l’expression corporelle alimentées par les Ego des individus. Le mouvement et les gestes à défaut de suivre des règles tatillonnes, - naïveté de ceux qui veulent établir des typologies ou des dictionnaires, - a cependant des grandes lois où se sont inscrits les codes de jeu de la tradition, et dont la re-connaissance peut favoriser l’invention du neuf.

 

 

 

* formation sportive, éducation physique, athlétisme et kinésithérapie.

 

* 1940 rencontre de Jean-Marie Conty, [E.P.J.D., Éducation par le jeu dramatique] influencé par Artaud et Jean-Louis Barrault.

 

* 1945 : rencontre décisive avec Jean Dasté à Grenoble, découverte du masque et de l’improvisation. Dans mouvance de Jacques Copeau auquel il restera fidèle

 

* 1948 à 1956 : l’Italie : fonde avec Giorgio Strehler l’école du Piccolo Teatro de Milan, travail sur la tragédie, le chœur, la commedia dell’arte avec Amleto Sartori sculpteur de masques.

 

* 1956 : fonde à Paris l’ Ecole internationale de théâtre

 

 

 

ª Une pédagogie à contre-courant : former l’Acteur sans se fonder sur le moi du Comédien. « La pédagogie de Jacques Lecoq a pris le contre-pied de la pensée qui a prédominé dans le monde du théâtre tout au long du XXe siècle : elle ne s’est intéressée que très secondairement au moi du comédien, à ses états d’âme ou à son histoire psychologique. Sans chercher d’accointances avec l’illusion dramatique, elle a prôné la pratique du jeu comme exploration d’une distance, puisque le monde existe en dehors de nous et bouge incessamment : s’il y a de loin en loin des points fixes où se reposer, l’essentiel demeure le parcours, le déplacement, le voyage. Quant à l’œuvre d’art, elle est à construire par surcroît, une fois les élèves libérés de la discipline pédagogique et rendus à la vie du théâtre. Ils auront été entre-temps invités à approfondir le langage du geste en explorant les grands territoires dramatiques (du mélodrame à la tragédie, en passant par la commedia dell’arte), puis à reconnaître les zones d’ombre qui subsistent autour du mouvement et qui mettent en jeu un autre corps, capable d’exprimer ou d’approcher l’indicible. Il s’agit du corps poétique, porteur de son propre clown et de son fantastique intime, apte à dire la bouffonnerie ou le tragique du monde, que tout l’effort du maître a tenté de faire venir au jour à travers la maïeutique qu’il a inventée et qui lui appartient en propre. » [Robert Abirached, in Encyclopedia Universalis]

 

 

 

J. Lecoq,  Le Corps poétique, 1997, Actes sud-Papiers

 

J. Lecoq dir., Le Théâtre du geste. Mimes et acteurs, 1987, Bordas

 

J.-N. Roy et J.G Carasso : Les Deux Voyages de Jacques Lecoq, La Sept-Arte, On Line Productions-Anrat, 1999.

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