Yoshi Oïda (1933): Le public devient acteur si le théâtre « est la représentation d’un monde invisible par la présence du visible. »

Publié le par Maltern

Yoshi Oïda (1933): Le public devient acteur si le théâtre « est la représentation d’un monde invisible par la présence du visible. »

 

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uand je dirigeai ces spectacles, je m’inspirai du concept du « théâtre invisible ». J’entends par là un théâtre dont l’essentiel est la communication qui naît entre les acteurs et le public. Je considère que le théâtre qui est pur spectacle, pur étalage de décor, costumes et lumières n’est pas le vrai théâtre. Pour que le rapport acteurs-public soit idéal, il ne faut pas que les acteurs donnent trop d’informations. Cela afin d’éviter que le public ne devienne passif, qu’il ne se contente de recevoir, au fur et à mesure, ce que les acteurs lui proposent. Sa participation dans la communication théâtrale devient alors négligeable.

J’ambitionne de créer un théâtre où le public puisse recréer lui-même, à partir des suggestions des acteurs, l’histoire proposée. Il faut s’adresser à l’imagination des spectateurs, tout faire pour favoriser leur participation active dans le développement des thèmes du spectacle. Le meilleur moyen d’y parvenir est de limiter l’information, d’adopter, à tous les niveaux, une attitude minimaliste dans le jeu, comme dans l’expression des détails, comme dans le décor, les accessoires et les costumes. C’est ainsi seulement qu’on peut créer cette sensation d’« espace vide », qui permet à l’imagination du public de s’épanouir. Il ne faut pas traiter le public comme un groupe de touristes dont la curiosité superficielle est facilement satisfaite.

La finalité dernière du théâtre se situe au-delà du monde des objets et des phénomènes matériels. Afin d’atteindre ce niveau d’universalité, les acteurs et le public doivent coopérer. La technique de l’acteur réside donc dans sa capacité à favoriser chez le public sa participation au processus créateur. Les acteurs doivent, en outre, savoir conduire les spectateurs dans un espace et un temps autres, différents de ceux de l’existence quotidienne. Il s’agit là d’une technique particulière, qui se distingue des autres techniques théâtrales courantes lesquelles visent à l’habileté du jeu ou la beauté des mouvements. Il faut viser plutôt à dépasser le plaisir de courte durée et l’habileté superficielle. Ce n’est qu’alors que le public et les acteurs peuvent s’engager ensemble sur le chemin qui mène à une autre existence. L’énergie qui est transmise aux spectateurs par un tel acte théâtral véritable demeurera avec eux et enrichira leur vie quotidienne. Le jeu idéal est l’expression du monde métaphysique par des actions physiques. Le théâtre idéal est la représentation d’un monde invisible par la présence du visible. »

 

[Yoshi Oida, L’acteur Flottant 1992, p 192 sq.]


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