Lope de Vega 1562-1635 : L’éloge de la « bigarure » et du mélange entre tragique et comique

Publié le par Maltern

Lope de Vega 1562-1635 : L’éloge de la « bigarure » et du mélange entre tragique et comique.

 

Quando he de escribir una comedia, / Encierro los preceptos con seis llaves. » (« Quand il me faut écrire une comédie, / J’enferme les préceptes à six tours de clés).Dans la préface de Cromwell, Hugo cite ces deux vers de Lope de Vega extraits de l’Arte nuevo de hacer comedias en este tiempo, véritable manifeste du théâtre de l’âge d’or espagnol qui préfigure par bien des points celui du théâtre romantique. À plusieurs reprises, les détracteurs d’Hernani reprocheront à Hugo de revenir, sous couvert de modernisme, à cette conception ancienne du théâtre.]

 

 


« Quand il me faut écrire une comédie,

 

J’enferme les préceptes à six tours de clés.

 

[...] Et j’écris selon l’art qu’ont voulu inventer

 

Ceux qui prétendirent aux bravos du commun.

 

Il est juste en effet, puisque paie le vulgaire,

 

De lui parler en sot dans le but de lui plaire.

 

[...] Qu’on choisisse d’abord le sujet, sans se soucier

 

(Pardonnez-nous, préceptes) s’il traite de rois,

 

Encore que je comprenne que le sage

 

Philippe, roi d’Espagne, notre sire,

 

Se fâchât dès qu’il voyait sur le théâtre un roi,

 

Soit qu’il vît là une atteinte à l’art,

 

Soit qu’il refusât que l’autorité royale

 

Figurât au milieu de la plèbe triviale.

 

[...] Le tragique au comique mêlé,

 

Donneront une partie grave, une autre qui fasse rire,

 

Car c’est la variété qui enchante plus que tout :

 

Qui tire sa beauté de telle bigarrure !

 

 

 

Veillez à ce que le sujet ne comporte

 

Qu’une seule action, prenez soin que la fable

 

Ne soit en aucune sorte épisodique

 

Je veux dire par là, que rien ne s’y insère

 

Qui vienne s’écarter de la première visée

 

Ni qu’on puisse lui ôter aucun membre

 

Qui ne détruise aussitôt tout l’ensemble ;

 

Inutile de limiter l’action à la course

 

D’un soleil, même si c’est là le conseil d’Aristote. 

 

[...] Qu’elle ne dure pourtant que le temps le plus court

 

Si ce n’est quand le poète écrit une histoire

 

Qui doit se dérouler sur de longues années,

 

Et qu’il pourra situer dans l’intervalle

 

Entre deux actes, tout comme, s’il le fallait,

 

Le voyage qu’entreprendrait un personnage.

 

[...] L’exemple nous est donné par Aristide le Rhéteur

 

Qui veut que le langage de la comédie

 

Soit pur, clair, facile, et il ajoute

 

Qu’il doit suivre l’usage qu’en font les gens.

 

[...] Si le roi doit parler, imitez si possible

 

La gravité royale ; s’il s’agit du vieillard,

 

Recherchez la modestie sentencieuse ;

 

Et prêtez aux amants des passions

 

Qui émeuvent à l’extrême qui les écoute. »

 

 

 

[ Lope de Vega, De l’art nouveau de faire des comédies,1609, Trad. de Jean-Jacques Préau, Les Belles Lettres, 1992.]

Publié dans 1- Comique et Tragique

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