Aristote : L'histoire de Mitys ou comment les drames ne sont pas forcément tragiques

Publié le par Maltern

Aristote : Tout ce qui est dramatique n’est pas forcément tragique… L’histoire de la statue de Mitys d’Argos.

 

[Aristote ayant vu Œdipe roi de Sophocle [- vers 430], est sous le charme de la représentation. Il théorise a posteriori la construction de la tragédie en écrivant sa Poétique]  

 
 
 

« Le représentation a pour objet non seulement une action qui va à son terme, mais des événements qui inspirent la frayeur et la pitié, émotions particulièrement fortes lorsqu’un enchaînement causal d’événements se produit contre toute attente ; la surprise sera alors plus forte que s’ils s’étaient produits d’eux-mêmes [apo tou automatou] ou par hasard [ apo tukhès] , puisque nous trouvons les coups du hasard particulièrement surprenants lorsqu’ils sont arrivés comme à dessein [hôsper epitedès] .

 

Ainsi lorsque la statue de Mitys à Argos tua l’homme qui avait causé la mort de Mitys, en tombant sur lui pendant un spectacle : la vraisemblance exclut que de tels événements soient dus au hasard aveugle [jeu de mots d’Aristote sur eioike/eikos « eoike gar ta toiauta ouk eikei genesthai », mot à mot : il apparaît que de tels événements ne sont pas dus à l’apparence]. Aussi les histoires de ce genre sont-elles nécessairement les plus belles. »

 

[Aristote, Poétique, chap. 9, 1452 a 1-11, trad. Jean Lallot et Roselyne Dupont-Roch, Seuil, 1980; p.67]

 

* Cette curieuse histoire est reprise par Plutarque (50-120 ap.J.-C ; Des délais de la vengeance divine, 553d) Elle précise seulement que Mitys fut tué au cours d’une émeute sans plus.

 

* Distinction entre un événement simplement dramatique et un événement tragique. Observez que le tragique c’est du dramatique mais la causalité n’est pas le hasard, c’est une causalité divine.

 

Un commentaire :

 

« C’est l’histoire que raconte Aristote dans La Poétique : un grec entre dans la cour d’une maison, et passe près de la statue qui se trouve au centre de la cour. A ce moment-là, la statue lui tombe dessus et il est écrasé. Les habitants sortent et plaignent l’homme qui souffre. La situation est alors pathétique (pathos = souffrance). Mais l’homme n’est pas mort et essaie de se soulever : il y a alors action (drama) et les spectateurs se demandent s’il va s’en sortir ou pas : c’est dramatique. Dernier rebondissement : le maître de la maison sort, voit la scène et dit aux autres : vous croyez qu’il s’agit d’un accident, mais vous vous trompez. L’homme qui git, écrasé, est celui qui a tué il y a dix ans l’homme représenté par la statue. C’est donc une vengeance du ciel. La notion de fatalité, de vengeance divine rend alors la scène tragique. »

Publié dans 1- Comique et Tragique

Commenter cet article